Libre opinion

 

Tortures en Irak : fautifs oui, mais démocrates

 

J'ai longuement regardé, le vendredi 7 mai 2004, la retransmission en direct par CNN de l'audition de MM. Donald Rumsfeld, Richard Myers et d'autres généraux par la commission du Congrès américain chargée de faire la lumière sur les sévices aux prisonniers irakiens. Le ministre Rumsfeld et le chef d'état-major interarmes Myers témoignaient sous serment. Diffusée par CNN, l'émission était visible de toute la Terre.

 

Dès qu'ils ont eu la parole, le ministre et le militaire ont fait une autocritique complète et sans nuances :

§           Oui, ils admettaient qu'il y avait eu des sévices ;

§           Oui, en tant que responsables hiérarchiques, ils en prenaient l'entière responsabilité ;

§           Ces sévices étaient odieux, inacceptables, contraires aux valeurs américaines et aux usages de leur armée ;

§           Ils présentaient leurs excuses aux victimes et allaient leur offrir des dédommagements ;

§           Oui, ils faisaient faire des rapports complémentaires, pour savoir dans quelle mesure ces comportements avaient résulté d'erreurs "systémiques", c'est-à-dire de dysfonctionnements affectant la formation du personnel qui interrogeait ou gardait les détenus, ses pratiques pour faire parler ceux-ci, les méthodes de la CIA ou le recours à du personnel sous-traitant non militaire ;

§           Trois des militaires tortionnaires étaient déjà traduits en cour martiale, et tous les responsables seraient traduits en justice, quel que soit leur rang et la nature de leur participation à ces méfaits ;

§           Le ministre et le général ont affirmé qu'en tout état de cause, l'immense majorité des militaires américains, en Irak ou ailleurs, n'avaient pas participé à ces atrocités et les trouvaient révoltantes ;

§           Sachant que les nouvelles de ces sévices avaient fait le tour du monde et discréditaient les Etats-Unis et leur armée, le ministre et le général ont fait des excuses à leurs militaires et au peuple américain.

 

Je salue cet acte de démocratie exemplaire, auquel des millions de gens ont assisté comme moi.

§           L'autocritique des responsables hiérarchiques était complète, sans nuance ni tentative de rejet de la responsabilité sur d'autres personnes ou sur les circonstances ;

§           La transparence était totale: les militaires rendaient compte aux représentants du peuple, sous serment, dans une audition publique retransmise sur toute la planète ;

§           La réaffirmation des valeurs morales et des droits de l'homme était très claire ;

§           L'engagement à faire toute la lumière, à identifier et corriger les dysfonctionnements, ainsi qu'à punir les coupables a eu lieu devant des millions de témoins.

 

Pour nous, Français, je vois dans cet événement un modèle dont nous devrions nous inspirer. Je regrette qu'il ne me vienne à l'esprit, s'agissant de fautes de hauts fonctionnaires, que des exemples où ceux-ci ont fui leurs responsabilités :

§           Procès du sang contaminé, où est née l'expression « responsable mais pas coupable »;

§           Le Président Chirac refusant que les députés votent sur le lancement des négociations d'adhésion de la Turquie. Non seulement il s'est comporté là en « roi absolu », mais notre démocratie a l'immense défaut d'interdire aux députés de discuter du sujet de leur choix et de voter un texte si le gouvernement ne met pas le sujet à l'ordre du jour !;

§           Corruption à la Mairie de Paris, avec emplois fictifs et entreprises rackettées, participation de partis politiques aux méfaits, prises illégales d'intérêts, sommes d'argent énormes provenant de fonds secrets et dépensées par des élus sans contrôle du contribuable, etc.

 

Dans les pays arabes, cet événement devrait amener les gens à se demander si leur classe politique aurait la même transparence, la même honnêteté intellectuelle, le même engagement à respecter les droits de l'homme. Et comme la réponse ne peut, aujourd'hui, qu'être négative, ce qu'ils doivent faire concrètement pour aller dans cette direction.

 

 

 

Daniel MARTIN

 

 

 

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