Légitimité de l'ONU: la France en fait trop !
Mise à jour: 22/02/05
Ce court texte réagit aux trop nombreuses déclarations de la France insistant sur la légitimité des décisions de l'ONU
Question : "Connaissez-vous les missions de l'ONU ?"
A cette question simple, la plupart de nos concitoyens n'apporteraient qu'une réponse insuffisamment précise. L'Organisation des nations unies, fondée en 1945, regroupe en fait une quinzaine d'institutions autonomes de coopération internationale. C'est d'abord parce que celles-ci sont aussi mal connues que l'ONU elle-même que l'ensemble a, dans le public, une image floue et peu positive. Cette image négative provient ensuite de la vive concurrence que les ONG (organisations non-gouvernementales) font aux institutions de l'ONU, qu'elles critiquent souvent pour mieux se concilier les faveurs du public. Ces associations très influentes sont pourtant dépourvues de légitimité, car elles ne reposent sur aucune élection démocratique.
Régie par une charte, l'ONU proprement dite comprend deux assemblées:
§ L'Assemblée générale, dont les quelques 190 états membres sont sur un pied d'égalité, n'a en réalité que peu de compétences et encore moins de pouvoir.
§ Le Conseil de sécurité de 15 états membres, dont 5 permanents (Etats-Unis, Russie, Chine, Grande Bretagne et France) ont le droit de veto, est chargé du maintien de la paix. A ce titre, il décide de justifier ou de condamner des interventions armées. Ces décisions, appelées "résolutions", sont considérées comme définissant la légitimité internationale: lorsque 9 pays au moins sur 15 ont voté une résolution, et qu'aucun des 5 membres permanents n'y a opposé son veto, la résolution est adoptée et s'impose à tous les pays membres de l'ONU.
Notons ici que la charte des Nations unies ne permet pas à l'organisation de décider une action destinée à faire tomber le gouvernement d'un état membre. C'est ainsi que les Etats-Unis, qui depuis le début de leur demande d'intervention en Irak voulaient faire tomber le régime de Saddam Hussein, ne pouvaient pas demander à l'ONU de voter une résolution en ce sens contre cet état membre; c'est pourquoi ils n'ont demandé qu'une intervention de désarmement.
Qui vote les résolutions du Conseil de sécurité ?
A part les 5 membres permanents, le Conseil de sécurité comprend 10 états qui sont membres pour une période de 2 ans, après laquelle d'autres états les remplaceront. En ce moment, ce sont: l'Allemagne, la Guinée, le Mexique, le Pakistan, l'Espagne, la Syrie, l'Angola, la Bulgarie, le Cameroun et le Chili.
Les états membres dont la démocratie est très critiquable, quand elle n'est pas remplacée par une dictature, sont: la Russie, la Chine, la Guinée, le Pakistan, la Syrie, l'Angola et le Cameroun, c'est-à-dire 7 états sur 15 ou 47%. Sachant qu'une résolution ne peut être adoptée si elle ne recueille pas au moins 9 voix, il apparaît qu'aucune résolution ne peut être adoptée au Conseil de sécurité par les seules voix d'états démocratiques. Comme il n'y a que 8 membres démocratiques, 1 membre au moins serait une dictature.
Lorsqu'une dictature est membre du Conseil de sécurité, son représentant n'est pas le porte-parole de son peuple, mais celui du dictateur et de sa clique.
§ On lui accorde néanmoins une voix, comme à un état démocratique, ce qui est choquant.
§ Les gouvernements des états comme la Guinée, l'Angola et le Cameroun ne disposent pas des spécialistes compétents pour juger de la sécurité internationale. La politique étrangère y est souvent vue d'après l'expérience historique de leurs peuples, dominée par des guerres tribales et le colonialisme. Comment accorder autant de crédit à l'opinion d'un de ces gouvernements qu'à celle d'un grand pays qui a de nombreux spécialistes dans son ministère des affaires étrangères?
§ Les pays pauvres ne sont pas vraiment indépendants: il est facile à un pays riche et puissant d'acheter leur vote ou de l'influencer. Au Conseil de sécurité, comment additionner alors leur voix avec celles de pays indépendants, comme si ces voix avaient la même représentativité, la même valeur démocratique?
Si un parlement démocratique fonctionnait comme le Conseil de sécurité, 47% de ses députés seraient les représentants de clans mafieux. Les dirigeants de ces clans seraient compétents dans leurs trafics, mais pas en matière de gouvernement. Et ils seraient constamment prêts à vendre leur voix au plus offrant! Un tel parlement serait méprisable et aucun citoyen responsable ne lui accorderait la moindre légitimité.
La France insiste trop sur la légitimité de l'ONU
Pourtant, en 2003 la France a beaucoup insisté sur la légitimité de l'ONU, en opposant même cette légitimité multilatérale à l'unilatéralisme des Etats-Unis, illégitime par définition. La France a demandé que ce soit l'ONU qui décide de l'avenir de l'Irak et assume un rôle central dans sa réorganisation. En insistant à ce point sur la légitimité des seules Nations unies, la France en a trop fait: elle a accordé aux décisions du Conseil de sécurité une valeur de loi internationale qu'elles ne peuvent avoir.
Cette même France présidée par M. Chirac a très bien su, en 1999, se moquer de la volonté du Conseil de sécurité, en intervenant au Kosovo malgré le veto Russe, cette fois aux côtés des Américains et dans le cadre de l'OTAN. Sans doute considérait-elle alors que le caractère affreux des souffrances infligées par les Serbes aux Kosovars albanais justifiait un droit d'ingérence. Pourtant, à côté des centaines de milliers d'assassinats de Saddam Hussein, Milosevitch était un amateur. Quatre ans après, la France a voulu faire croire au monde que la volonté du Conseil de sécurité est incontournable et que lui seul garantit la légitimité: quelle comédie!
Ne me faites pas dire que l'ONU est un "machin" inutile: mieux vaut un forum pour discuter des problèmes internationaux que pas de forum du tout. Je dis seulement que vu la composition du Conseil de sécurité et son mode de fonctionnement, il est absurde de lui dresser un piédestal.
Voir aussi : Stratégie de sécurité des Etats-Unis: al Qaida, Irak, Palestine et Corée