Pour vivre longtemps, étudier longtemps
Mise à jour : 14/02/2007
Il est rare de trouver une solution simple à un problème complexe et vieux comme le monde. C'est ce qui m'est arrivé en lisant l'article [1], que je résume ici.
A l'occasion de sa thèse de doctorat en économie à l'université Columbia, Mme Adriana Lleras-Muney analysa la corrélation entre les lois augmentant la durée de la scolarité obligatoire dans divers états américains et le nombre d'années de vie des personnes ayant de ce fait prolongé leur scolarité. Elle découvrit que le simple fait d'aller à l'école une année de plus augmentait leur espérance de vie à 35 ans d'un an et demi.
Sa thèse ayant attiré l'attention, d'autres études furent entreprises sur le même sujet en Suède, au Danemark et en Angleterre, et confirmèrent son résultat : partout l'allongement des études entraînait une meilleure santé.
L'explication trouvée par les chercheurs est simple : les personnes moins instruites sont moins capables de maîtriser leurs envies, et de faire moins d'excès pour vivre plus sainement. C'est ainsi, par exemple, que les gens plus instruits fument moins que ceux qui sont moins instruits, et les non-fumeurs vivent plus longtemps que les fumeurs.
Les gens plus instruits gagnent mieux leur vie, en moyenne, que les gens moins instruits, et il y a une forte corrélation entre le niveau de vie et la santé dans toutes les régions où on l'a étudiée. Mais ces études ont montré que ce n'est pas le niveau de vie qui influe sur la santé, c'est la santé qui influe sur le niveau de vie : les gens plus souvent malades travaillent moins, bénéficient moins de promotions et font une carrière moins brillante ; et leur santé est fortement corrélée à leur aptitude à réfréner leurs envies, parce qu'ils connaissent les conséquences des excès.
Faire attention à sa santé et à son alimentation est nécessaire à tous les âges. C'est ainsi que les bébés dont la mère a surveillé sa santé et sa nourriture pendant sa grossesse en bénéficient toute leur vie, y compris à l'âge adulte et à la vieillesse.
Les économistes suggèrent donc aux gouvernements d'investir davantage dans l'enseignement supérieur, même s'il faut pour cela accorder moins d'argent aux soins médicaux : un niveau d'études plus élevé entraîne une meilleure santé, donc moins de dépenses de soins.
Voir aussi l'impact d'une meilleure qualification sur le niveau de vie, le PIB et l'emploi dans le court texte "La révolution des qualifications".
Enfin, l'étude [2] confirme ce qui précède et fournit les graphiques ci-dessous :

Référence
[1] The New York Times, article "A Surprising Secret to a Long Life: Stay in School", publié le 03/01/2007 dans http://www.nytimes.com/2007/01/03/health/03aging.html?th=&emc=th&pagewanted=print .
[2] INSEE - "Mortalité aux grands âges : encore des écarts selon le diplôme et la catégorie sociale" février 2007 - http://www.insee.fr/fr/ffc/ipweb/ip1122/ip1122.html