Le président Chirac a l'art de se faire détester
Mise à jour : 18/11/2004
Le président Chirac s'est rendu en Angleterre les 18 et 19/11/2004, à l'invitation de S. M. la reine Elisabeth, pour célébrer les cent ans de l'Entente cordiale. Sa visite a été précédée de deux interviews, qu'il a accordées à la presse et la radio anglaises.
Dans ces deux interviews il a déclaré, en substance :
§ Que si, par certains côtés, l'éviction de Saddam Hussein avait été une bonne chose, elle a par ailleurs provoqué un accroissement du terrorisme, de par la mobilisation dans un certain nombre de pays islamiques d'hommes et de femmes qui font que le monde est plus dangereux.
[En somme, avant d'aller rendre une visite d'amitié à nos voisins britanniques, dont beaucoup sont morts pour libérer la France dans les deux guerres mondiales, il leur rappelle qu'avec leurs amis américains ils ont fait une grosse bêtise en Irak, bêtise qui a rendu le monde plus dangereux.
Voilà des « paroles d'amitié » qui ont déclenché un beau lynchage médiatique, aussi bien en Angleterre qu'aux Etats-Unis ! Voilà une prise de position intelligente qui sert les intérêts de la France, déjà copieusement détestée depuis début 2003 à cause des prises de position précédentes de M. Chirac ! Voilà une leçon de politique internationale qui, comme les précédentes, sera traitée par le mépris aux USA, qui voient bien que la France n'a ni la puissance militaire, ni la dimension économique pour se faire écouter, et qui appartient à une Europe désunie et aussi impuissante sur le plan diplomatique que sur le plan militaire.]
§ Qu'il ne voyait pas quel avantage le gouvernement britannique avait obtenu en retour de « ses amis américains » pour son alignement dans l'affaire irakienne.
[Et M. Chirac en rajoute, expliquant à M. Blair qu'il a été bien bête de ne pas avoir négocié son support en Irak contre un avantage concret.
Cette marque de mépris pour le Premier Ministre britannique sous-entend que celui-ci savait - comme tout le monde et notamment lui, Jacques Chirac - que l'intervention en Irak était injustifiée, et que c'est par sottise, suivisme ou incapacité de négocier pour son pays, qu'il a envoyé des soldats anglais mourir dans un guêpier colossal.
Il n'est pas venu à l'esprit du président Chirac que M. Blair puisse considérer l'intervention militaire comme justifiée, et qu'il lui a fallu du courage politique pour l'imposer à ses concitoyens, courage qui prouve qu'il croyait l'intervention justifiée. Il n'est pas non plus venu à l'esprit de M. Chirac que la majorité des Américains approuvent la politique de M. Bush…]
Les déclarations du président Chirac ont provoqué des réactions hostiles de la presse anglo-saxonne, qui a rappelé à ses lecteurs que :
§ M. Chirac avait toujours tenté d'aider Saddam Hussein à rester au pouvoir, au mépris de la terreur et des assassinats qu'il imposait à son peuple, parce que le groupe pétrolier Total espérait concrétiser les juteux contrats signés avec le dictateur.
§ Les amis français de M. Chirac avaient reçu des millions de dollars volés avec le concours de la BNP dans le cadre du programme "Pétrole contre nourriture" des Nations unies, au sujet duquel la commission d'enquête officielle du Congrès américain a de plus en plus de preuves. C'est donc, là aussi pour protéger des intérêts français sordides et inavouables que M. Chirac protégeait Saddam Hussein.
§ Si la justice française fonctionnait correctement, M. Chirac serait en prison pour détournement de fonds lorsqu'il était à la Mairie de Paris.
[Cette dernière accusation préjuge d'un jugement qui n'est pas rendu ; elle est donc particulièrement odieuse. Mais hélas, elle est donnée en pâture à des millions d'Anglais.]
Une semaine avant ces déclarations inamicales de M. Chirac, le ministre des Affaires étrangères français se présentait dans une tribune publiée par le Wall Street Journal le 8 novembre en "ami de l'Amérique", et mettait l'accent sur "toutes les choses qui unissent la France et les Etats-Unis". On appréciera sûrement outre-Atlantique la cohérence du Président et de son Ministre.
Conclusion
Le président Chirac a près de 50 ans d'expérience politique, mais il continue à proférer des paroles qui font du mal à la France. Cette maladresse fait suite à celle qui a déclenché la grande grève de fin 1996, celle qui a dissous l'Assemblée nationale à contretemps en 1997, celle qui a conduit depuis 2002 une politique où chaque pas en avant est suivi d'un pas en arrière.
Voir aussi : "Arbitraire, opacité et mépris des citoyens"