Libre opinion :

Le gouvernement n'a pas le courage d'expliquer la vérité

 

12/03/2004

 

J'ai assisté hier soir au triste débat de "100 minutes pour convaincre", entièrement consacré au chômage alors qu'il devait être question des régions. Comme d'habitude, l'animateur, M. Olivier Mazerolle, avait invité trop de monde pour que chacun puisse s'exprimer, trop de politiciens et trop de citoyens pour les interroger. Et M. Alain Duhamel, présent, était venu pour rien: le temps a manqué pour qu'il puisse poser ses questions. Décidément, M. Mazerolle ne sait toujours pas organiser un débat pour que les Français apprennent quelque chose.

 

Mais le plus triste a été la longue suite de solutions utopiques proposées par M. Noël Mamère (Les Verts), Mme. Arlette Laguiller (LO et LCR) et Mme. Marie-George Buffet (PC): interdire les licenciements, prendre l'argent aux riches pour le donner aux pauvres, augmenter les salaires sans se préoccuper de la concurrence, subventionner et financer à tour de bras, etc.

 

Présents eux aussi, MM. Hollande, Perben et Bayrou, n'ont jamais eu la parole assez longtemps pour faire un peu de pédagogie; ils savaient qu'avec M. Mazerolle aucune prise de parole ne doit dépasser une à deux minutes. Ils n'ont donc pu expliquer aux Français ce qu'ils ne savent pas parce qu'ils ne l'entendent jamais à la télévision: les lois de l'économie.

 

Ils n'ont pu expliquer pourquoi le gouvernement n'a pas les moyens d'accorder de l'argent à ceux qui lui en demandent ces jours-ci: chercheurs (oui, pas même 20 millions pour 500 emplois, alors qu'il a trouvé 1,5 milliards d'euros pour les restaurateurs), enseignants, personnel hospitalier, intermittents du spectacle, etc.

 

Ils n'ont pu expliquer qu'en France le niveau des transferts sociaux (30% des ressources) est un des plus élevés du monde, si élevé que ces aides, prestations et allocations constituent la deuxième source de revenu des ménages, après les salaires qui représentent 60%. Ils n'ont pas osé dire aux Français qu'ils sont devenus un peuple où une minorité de productifs aide et fait vivre une majorité d'improductifs assistés.

 

A deux chômeurs, l'un en Anjou, l'autre en Ardenne, ils n'ont pas osé dire que puisque le travail ne vient pas à eux dans leur région, ils doivent en chercher ailleurs. Ils n'ont pas osé dire que chaque salarié est responsable de sa qualification, condition de son employabilité. Tous ces politiciens ont admis implicitement que c'est aux entreprises et à la collectivité qu'il appartient de faire les efforts de mise à niveau des travailleurs, les encourageant ainsi à se comporter en assistés.

 

Une seule proposition valable a été faite; elle émanait de M. Bayrou, qui veut la mettre en œuvre au niveau de la région: s'occuper individuellement des chômeurs pour leur trouver du travail. Cette proposition de M. Bayrou critique implicitement l'ANPE, sans proposer qu'on renforce ou remplace cette administration, mais tant pis. Elle était bonne parce qu'elle a fait ses preuves en Suède et au Royaume-Uni, où les taux de chômage sont deux fois plus faibles que le nôtre.

 

Tant que la classe politique n'expliquera pas les rudiments de l'économie aux Français, ceux-ci continueront à croire aux remèdes miracles proposés par des politiciens qui exploitent leur ignorance. Tant qu'on ne dira pas aux salariés français que chacun est responsable de sa compétence et que la solidarité publique est nécessairement limitée, ils continueront à avoir une mentalité de fonctionnaire sans initiative ni volonté de se battre.

 

Et lorsqu'un chef d'entreprise du bâtiment a dit que son secteur offrait des dizaines de milliers d'emplois qui ne trouvent pas preneur, bien que ces emplois soient correctement rétribués et que les entreprises assurent la formation, personne n'a osé dire aux Français que cela traduit une paresse, un refus de travailler rendus possibles par le niveau et la durée des prestations de chômage.

 

 

Daniel MARTIN

 

 

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