"Le grand jury RTL - Le Monde - LCI" :
doit mieux faire !
Le dimanche 15/02/2004, j'ai suivi cette émission sur mon écran LCI. Trois journalistes y interviewaient M. Perben, ministre de la Justice, à propos de sa récente loi sur la grande criminalité, votée le 5 février par le Parlement après plus d'un an d'étude et de concertation.
La formule "Le grand jury" est a priori séduisante: il n'y a qu'un seul interviewé et on dispose de près d'une heure pour le faire parler, assez de temps pour qu'on comprenne bien le sujet. Mais les trois journalistes intervieweurs avaient mal préparé leurs questions et ont mal conduit l'interview.
D'abord, s'agissant d'une loi complexe, comprenant beaucoup d'articles et introduisant des changements importants, il fallait poser au ministre quelques questions l'amenant à présenter sa loi: pourquoi cette loi, quel est son domaine d'application, quelles sont ses principales dispositions, qu'est-ce qui change par rapport aux lois précédentes. Mais les journalistes ont attaqué d'entrée avec des critiques en essayant de mettre le ministre en difficulté!
Le ministre a été un interviewé exemplaire: tout en répondant aux critiques pour rassurer les citoyens, il a tenté de prendre quelques minutes pour expliquer sa loi, interrompu de temps en temps par les journalistes qui présentaient une objection de détail. Résultat: les téléspectateurs n'ont pas eu le temps de bien comprendre cette loi, et ont été agacés par les interruptions intempestives des journalistes.
Les questions des journalistes, surtout celle de l'animatrice, Ruth Elkrief, ont montré qu'ils n'avaient pas assez préparé l'émission. Au lieu d'en étudier les points importants à l'avance, à l'aide d'un avocat, pour savoir les faire présenter aux téléspectateurs et déterminer les questions nécessaires, ils se sont contentés de reprendre quelques-unes des innombrables objections qui avaient déjà été formulées dans la presse. Et comme leur formation juridique était nulle, à en juger par leur vocabulaire, leurs questions ont seulement dérangé les téléspectateurs, en empêchant le ministre d'expliquer sa loi, qu'il était trop tard pour contester car déjà votée.
Voici ce qui ressort des débats.
§ La loi va rééquilibrer les droits entre les victimes, qui seront mieux protégées par la police et la justice, et les criminels, qui auront plus de mal à profiter de points de procédure pour échapper au châtiment.
§ Les tribunaux devraient être désengorgés chaque fois que les prévenus plaideront coupable, ce qui accélérera la justice et diminuera le sentiment d'impunité résultant des délais actuels.
§ Sept nouveaux pôles spécialisés dans la grande criminalité permettront de faire rendre la justice de grande criminalité par des magistrats plus compétents, avec des procédures mieux adaptées qu'aujourd'hui.
§ Les objections présentées par les journalistes avaient déjà été débattues et prises en compte dans les débats parlementaires. Leur maintien relève aujourd'hui du procès d'intention, ou d'une volonté d'arriver à une loi tellement précise qu'elle ne laissera plus aux magistrats la liberté d'appréciation indispensable.
A notre époque où la grande criminalité bénéficie de la mondialisation, la protection des citoyens honnêtes demande une légère diminution des droits des criminels, donc de ceux des honnêtes gens, puisque les criminels sont réputés honnêtes avant d'être condamnés.
Le texte intégral de la loi, adoptée le 05/02/2004, peut être consulté sur le site du Sénat à la page http://www.senat.fr/leg/tas03-050.html (téléchargé le 16/02/2004).
Conclusions
§ Les journalistes sans formation spéciale devraient préparer les interviews de cette importance, en prenant plus de temps et en se faisant aider par un spécialiste, ici un avocat;
§ Ils devraient faire présenter le sujet complexe par l'intervenant, avant de commencer à le contester;
§ Pour que les téléspectateurs puissent se faire une opinion au sujet des points contestés de la loi, il aurait fallu organiser, après présentation approfondie de celle-ci par le ministre, un débat avec un avocat contestataire; cela n'aurait pas pris plus de temps et les objections auraient été plus clairement exposées que par des journalistes, en même temps que les réponses correspondantes.
§ LCI devrait respecter les téléspectateurs: à 19h28mn, la chaîne a brusquement décroché pendant que le ministre parlait, pour diffuser de la publicité puis un journal; il n'a pas repris après et il n'y a pas eu présentation d'excuses. Le débat n'a donc pas eu de conclusion pour les téléspectateurs, le décrochage ayant eu lieu sans coordination avec l'animatrice.
16/02/2004