M. Besancenot a désinformé les auditeurs d'Europe midi

 

 

Le 05/02/2004, M. Olivier Besancenot a été interviewé par Yves Calvi dans le journal "Europe midi" à propos de la grève des postiers.

Il a cité la Suède comme exemple de désastre dû à la libéralisation de la poste, en affirmant que cela avait entraîné:

§           La fermeture de 25% des bureaux de poste;

§           La suppression du quart des emplois;

§           L'augmentation des tarifs postaux de 70%.

 

Ces informations de M. Besancenot sont identiques à celles publiés par ATTAC concernant la période 1993 à 2002, dans la page http://www.local.attac.org/finistere/AttacBrest-ServicePublic.pdf.

Voici pourquoi elles constituent un parfait exemple de désinformation.

 

Le prix du timbre est l'argument le plus souvent avancé pour montrer le «danger du libéralisme dans les services publics». En réalité, il n'existe aucune relation de cause à effet entre la hausse du prix du timbre et la fin du monopole de la poste suédoise. Le prix du timbre a été majoré d'abord parce que l'Etat a décidé d'augmenter son taux de TVA de 12% à 25% en 2003. En outre, si on tient compte de l'augmentation du Konsumentprisindex, l'indice du prix à la consommation suédois, la hausse réelle du prix des services postaux sur 10 ans est de 7%; elle correspond au report sur les clients des pertes de 111 millions d'euros par an de la poste suédoise, pertes supportées auparavant par le budget de l'Etat. II s'agit donc de l'effet d'une décision politique de vérité consistant à reporter sur les clients de la poste des dépenses supportées auparavant par les contribuables. La hausse de 70% que dénoncent M. Besancenot et ATTAC en l'attribuant à la libéralisation est donc imaginaire.

 

Quant aux 25% de bureaux de poste fermés, ils correspondent en réalité à un transfert de leur activité à des supérettes, des stations-service et des bureaux de tabac. En 1993, avant la libéralisation de la poste suédoise, il y avait 1800 bureaux de poste et, en moyenne, chaque Suédois se rendait dans un tel bureau 1,8 fois par an. En 2003, après la libéralisation, il y a 4200 points de service postal, dans des locaux commerciaux où les Suédois se rendent en moyenne 1,6 fois par semaine. Les heures d'ouverture de ces locaux sont bien plus nombreuses que celles des postes, leur proximité est meilleure et les gens peuvent s'y rendre pour faire en même temps autre chose. Contrairement à ce que ATTAC laisse entendre, la suppression de 25% des bureaux de poste correspond à un accroissement du nombre de points de service postal, de leur proximité et de leurs heures d'ouverture.

 

L'efficacité de la poste suédoise est un autre argument avancé [par les opposants au libéralisme] pour faire de l'expérience suédoise un modèle à ne pas suivre. Pourtant, les chiffres sont clairs. Une récente étude, réalisée par IBM Business Consulting Services à la demande de Posten AB, montre que 96,2% des courriers envoyés en Suède arrivent au destinataire dans les 24 heures (à comparer avec les 91,7% pour la Grande-Bretagne, les 93,6% pour le Danemark et les 75% de la France) dans ce pays dont la longueur équivaut à la distance de Copenhague à Rome. Ce chiffre était de 95% en 1993, lorsque la poste suédoise n'était pas soumise à la concurrence. L'argument de baisse de qualité du service public postal dénoncé implicitement par M. Besancenot et ATTAC est donc l'exact contraire de la vérité.

 

Enfin, en laissant entendre que la privatisation de la poste suédoise, qui a supprimé des emplois publics, a aussi généré du chômage, M. Besancenot et ATTAC se trompent encore. Les employés licenciés qui n'ont pas choisi de prendre leur retraite ont reçu des propositions d'emploi, la Suède ayant mis en place un système efficace d'aide au reclassement où chaque demandeur d'emploi est pris en charge et aidé individuellement. En matière de chômage, la Suède peut donner des leçons à la France, avec (d'après *), un taux de 5,5% en Suède contre 9,5% en France en septembre 2003.

 

Sources

Ce texte est extrait du paragraphe "Désinformation par Internet" du livre "La démocratie malade des médias - Nous votons sans savoir", qui l'a repris de l'article "Suède: le vrai bilan de la libéralisation postale" - par Anna Stellinger publié dans Le Figaro économie du 01/12/2003 page VII. Mme Stellinger est suédoise… Il tient compte du rapport du gouvernement suédois sur les effets de la libéralisation publié le 15/09/2004, cité par Le Figaro économie du 17/09/2004.

 

(*)    Statistiques internationales d'assurance chômage, harmonisées pour les différents pays en accord avec les critères du Bureau International du Travail (BIT): voir page http://www.assedic.fr/unipublics/index.php?idarticle=10569, téléchargée le 01/12/2003.

 

 

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