Pourquoi sont-ils devenus casseurs ou terroristes ?

Mise à jour : 11/09/2007

Une explication psychologique et sociologique de l'évolution de certains jeunes vers le terrorisme ou la destruction pour la destruction

 

 

Table des matières

1.    Comment expliquer les attentats et agressions ?. 2

1.1  Une logique incompréhensible. 3

1.2  Ce n'est pas la faute de l'islam... 3

1.2.1      La tradition de martyr du chiisme. 4

1.3  Tous les musulmans ne sont pas islamistes ! 4

1.4  Deux impostures à la base du terrorisme islamiste. 5

1.5  Structures tribales, terrorisme et banditisme. 6

2.    Un peu de psychologie. 6

2.1  Les conditions psychologiques du bonheur. 6

2.2  Face à un échec, nier sa réalité ou soutenir l'opposé. 7

2.3  La comparaison de chacun à autrui 8

2.4  Les conséquences de cette comparaison.. 8

2.5  L'envie est source d'inversion de valeurs. 9

2.5.1      L'inversion de valeurs dans les banlieues défavorisées. 9

2.5.2      L'inversion de valeurs chez les terroristes arabes. 10

2.6  Les autres causes de l'inversion des valeurs. 10

2.6.1      Le désenchantement 11

2.6.2      L'imagination.. 11

2.6.3      La fragilité de la personnalité. 11

2.6.4      La baisse de la pression sociale fragilise la personnalité. 12

2.6.5      La gloire par le terrorisme. 14

2.6.6      Rôles de la religion, de la xénophobie, du racisme. 14

2.6.7      Erreur fondamentale à la base du racisme et de la xénophobie. 15

2.7  Religion chrétienne et inversion des valeurs. 16

2.8  Les mécanismes psychiques de choix. 17

3.    Valeurs morales et droits de l'homme. 17

4.    Le contexte social responsable. 18

4.1  L'angélisme. 18

4.1.1      L'idéologie contestataire. 18

4.2  L'impunité. 19

4.3  Le chômage, la misère et l'exclusion sociale. 19

4.3.1      La responsabilité des parents. 20

4.3.2      La responsabilité de l'Education nationale. 20

4.4  L'inculture source de violence. 21

4.5  La responsabilité des cultures hostiles. 21

4.5.1      L'éducation des enfants dans les pays arabes selon les Nations unies. 23

4.5.2      L'attitude face aux problèmes. 24

4.6  La banalisation de la violence. 25

4.7  La déshumanisation.. 26

4.8  Rapport Obin : l'islamisation extrémiste dans l'Education nationale. 27

4.9  Passivité et Complicité. 28

5.    La « guerre sainte » des islamistes. 28

6.    Conclusion. 29

7.    Remerciements. 30

8.    Références. 30

 

1.                    Comment expliquer les attentats et agressions ?

J'ai lu beaucoup d'articles de journaux ou de magazines dont les auteurs se demandaient comment des jeunes hommes, Anglais nés en Angleterre, Américains nés aux Etats-Unis, Français nés en France, Belges nés en Belgique, etc. pouvaient être devenus des terroristes. Aucun de ces journalistes ne pouvait expliquer que des gens au comportement jusque là normal, aux dires de leurs voisins et amis, soient devenus des assassins essayant de faire le plus de mal possible, quittes à y laisser leur vie.

 

Nous avons aussi, chez nous, de nombreux exemples de jeunes d'origine immigrée mais nés en France, qui sont devenus des ennemis de notre société : certains ont sifflé la Marseillaise le 6 octobre 2001, lors du match amical de football France-Algérie ; des centaines d'autres ont brûlé des voitures et incendié des bâtiments en novembre 2005 ; et certains brûlent encore, chaque nuit, des dizaines de voitures sans raison apparente. Faut-il ajouter que des pompiers, des médecins et des infirmières qui viennent dans les quartiers où vivent ces jeunes pour secourir et soigner leurs voisins sont aussi attaqués ?

 

Quelle folie pousse ces jeunes, qui ont profité de l'enseignement gratuit, de la Sécurité sociale, ainsi que des allocations familiales, de logement et autres, à devenir des casseurs, au mépris du devoir de reconnaissance et de respect envers une société qui leur a tant donné ?

 

J'ai lu des commentaires qui attribuaient la révolte de ces jeunes à leur exclusion de la société française, aux contrôles d'identité trop nombreux qu'ils trouvaient vexants, et à leur absence de perspectives professionnelles autres que le choix entre chômage et trafics divers. Je comprends que ce soient là des causes de désespoir, donc de révolte, mais elles n'expliquent ni l'attaque de personnel médical, ni le terrorisme. Et il y a des jeunes gens de famille aisée, parfois de bon niveau d'études, qui sont devenus terroristes : c'est le cas, par exemple, de Mohamed Atta, le chef des terroristes du 11 septembre 2001, et celui de Ben Laden, instruit, riche et de famille richissime.

1.1                 Une logique incompréhensible

Je suis aussi troublé par le manque de logique des Palestiniens qui s'obstinent à commettre des attentats anti-israéliens malgré la répression énorme qu'ils entraînent. C'est ainsi que l'enlèvement d'un soldat israélien leur a coûté plus de 200 morts par bombardements et attaques divers jusqu'à fin août 2006, ainsi que des centaines de bâtiments détruits, et ils s'obstinent à ne pas rendre leur prisonnier et à continuer à envoyer des roquettes bricolées sur les villages israéliens voisins.

        Les Palestiniens donnent l'impression d'être d'autant plus satisfaits de leurs actes que les conséquences de ceux-ci sont désastreuses. Voilà des décennies qu'ils n'ont pas remporté une seule victoire contre Israël, qu'ils ont toujours subi défaites et humiliations, et ils continuent à donner à leur ennemi des raisons de leur infliger d'autres défaites et destructions. Si cette attitude correspond à une logique, ce n'est pas la nôtre : nous essayons de ne pas entreprendre d'actions qui mènent à l'échec, et surtout nous ne persévérons pas dans une voie menant depuis des décennies aux humiliations, à la misère, à la mort et aux destructions.

        Du reste, le gouvernement élu, composé de terroristes du Hamas, raisonne de la même manière. En s'obstinant à refuser à Israël le droit d'exister, il s'est fait couper les vivres. Les 1,4 million de Palestiniens de la bande de Gaza (territoire de 360 km2 désertique et sans industrie ni agriculture susceptibles de faire vivre même le quart de cette population) ne peuvent survivre sans les subventions de la communauté internationale, au premier rang de laquelle il y a l'Union européenne. Malgré ce fait, le gouvernement Hamas préfère laisser mourir de faim sa population plutôt que de reconnaître une réalité qui saute aux yeux : Israël existe, a le soutien des Etats-Unis et de l'Union européenne et possède des armes atomiques, et nul n'a le pouvoir de le faire disparaître.

 

On voit donc qu'il y a de par le monde beaucoup de gens dont le raisonnement aboutit à des conclusions incompréhensibles pour nous et désastreuses pour eux, mais dans lesquelles ils persévèrent au mépris des souffrances de leurs frères et de leurs voisins. Pour ces personnes, Freud parlerait sans doute de pulsion de mort.

1.2                 Ce n'est pas la faute de l'islam

Puisque Ben Laden prétend combattre au nom de l'islam [4], [5] et qu'on a trouvé des chrétiens convertis à l'islam parmi les terroristes anglais, français et américains, certains commentateurs et certains politiciens attribuent les attentats des terroristes à l'islam, qui serait une religion pousse-au-crime. Non seulement l'islam n'est pas une religion de violence, mais l'existence de terroristes islamistes ne suffit pas à mettre en cause cette religion : elle ne permet pas de comprendre le phénomène des casseurs français, qui n'ont jamais invoqué Allah en mettant le feu à l'automne 2005, ni celui des terroristes belges du groupuscule néo-nazi d'extrême droite qui voulait déstabiliser la démocratie en 2006, ni celui du groupe libano-syrien qui voulait dynamiter des trains en Allemagne - pour ne prendre que ces trois exemples-là.

        La grande majorité des musulmans rejettent catégoriquement toute interprétation du Coran qui préconiserait la violence gratuite contre des innocents, fussent-ils infidèles : l'islam est bien une religion de paix et de charité, et son invocation par des terroristes a été condamnée à maintes reprises par les religieux musulmans les plus respectés [2], [3] et [22].

1.2.1             La tradition de martyr du chiisme

Bien que l'islam soit une religion de paix, la secte chiite (qui regroupe une minorité des musulmans et domine notamment en Iran et dans le sud de l'Irak) a une tradition de martyr. Cette tradition remonte au massacre de Hussein, petit-fils du Prophète Mahomet, à Kerbala (Irak) vers 680. Hussein a été massacré avec nombre de ses parents et partisans par les troupes du gouverneur de la province, pour s'être révolté contre la dynastie omeyyade au pouvoir à Damas.

        La révolte portait sur la légitimité de la succession du Prophète. La majorité des musulmans, devenue depuis les sunnites, soutenait que leur chef devait être « le meilleur d'entre les croyants » et les contestataires, devenus depuis les chiites, soutenaient que le chef devait descendre du Prophète. Hussein est donc mort en martyr pour sa foi et, depuis le massacre, Kerbala est devenue une ville sainte du chiisme.

 

Treize siècles plus tard, cette guerre de religion entre musulmans se poursuit, sunnites et chiites se détestant et s'entre-tuant comme ils le font en Irak. La chrétienté a aussi eu des guerres de religion, mais pas aussi longtemps (de 1562 à 1598 en France, si l'on exclut des épisodes de courte durée comme la croisade contre les albigeois et la révolte des Camisards) ; l'histoire montre donc une différence fondamentale entre les mentalités arabe et chrétienne : les premiers ont des haines qui durent des siècles jusqu'à devenir partie intégrante de la culture [23], les seconds finissent par se réconcilier.

 

La guerre civile actuelle en Irak s'explique en grande partie par la tradition des fanatiques chiites de mourir en martyr pour leur foi comme Hussein, surnommé « prince des martyrs ». De nombreux chiites sont prêts à se suicider en faisant exploser une bombe pour tuer des sunnites ou des infidèles chrétiens ou juifs. Par mimétisme et pour montrer qu'eux aussi soutiennent leur foi, une petite minorité de sunnites acceptent aussi de mourir en martyr en se faisant sauter avec une bombe.

1.3                 Tous les musulmans ne sont pas islamistes !

Comme dans le cas des chrétiens, en France la grande majorité des musulmans ne sont pas pratiquants, mais dans les pays musulmans la grande majorité des citoyens le sont. Or les islamistes sont, par définition, des intégristes très pratiquants. On estime qu'en France il n'y a pas plus de 15% de musulmans pratiquants, et la grande majorité de ceux-ci ne sont pas islamistes. Il faut donc éviter tout amalgame, toute tentation d'accuser ou même de soupçonner les musulmans d'islamisme.

 

Il faut aussi se rappeler que toutes les autorités religieuses musulmanes ont à plusieurs reprises condamné le terrorisme islamiste [2].

 

L'enquête mondiale [26], datant du printemps 2007, a montré que :

§           Partout dans le monde, les musulmans rejettent les attentats-suicides et les autres formes de violence contre les civils en tant que méthode pour défendre la religion musulmane. (Et l'enquête n'a pu prendre en compte les événements de septembre 2007 en Algérie, où les attentats d'al Qaida ont entraîné un rejet massif de la population.)

Dans 15 des 16 pays du sondage de fortes majorités de personnes pensent que les attentats-suicides ne sont que rarement ou même jamais justifiés : 81 % au Pakistan, par exemple, où des écoles religieuses sont accusées de former de futurs terroristes et des talibans par milliers… ; 65 % en Turquie (candidate à l'entrée dans l'Union européenne) ; 76 % au Bangladesh ; 90 % en Indonésie. Le seul endroit où le terrorisme est considéré comme justifié par une majorité de la population est la bande de Gaza et la partie de la Cisjordanie sous autorité palestinienne, où 70 % des personnes l'approuvent.

§           L'approbation pour les attentats-suicides et le terrorisme est en chute libre parmi les musulmans depuis 2002 dans 7 pays sur 8 où les données existent, le 8ème pays étant les territoires palestiniens.

§           Parmi les personnes qui justifient le terrorisme la proportion de chiites est bien plus forte que de sunnites, ce qui s'explique par la religion chiite qui glorifie le martyr.

C'est ainsi que la proportion de gens qui approuvent Ben Laden est passée depuis 2002 de 56 % à 20 % en Jordanie ; de 20 % à 1 % au Liban ; de 72 % à 57 % dans les territoires palestiniens ; de 15 % à 5 % en Turquie et de 46 % à 38 % au Pakistan.

Conclusions sur le soutien au terrorisme parmi les musulmans

§           Il y a un rejet massif et croissant du terrorisme. La plupart des musulmans ont fini par comprendre qu'il ne résolvait aucun problème et n'apportait que le malheur, aux terroristes comme à leurs victimes.

§           Il reste encore beaucoup de musulmans, des dizaines de millions, qui approuvent le terrorisme et dans les rangs desquels ceux-ci peuvent recruter. Ce phénomène est particulièrement inquiétant en Turquie, si celle-ci venait à entrer dans l'Union européenne, permettant ainsi à ses citoyens d'aller librement où ils veulent dans les autres pays membres.

1.4                 Deux impostures à la base du terrorisme islamiste

L'article [21] cite deux impostures fondamentales à la base des justifications invoquées par les terroristes islamistes :

"La vision de ces terroristes repose sur deux impostures fondamentales. La première est que l'Occident conduirait une croisade délibérée contre l'islam, à la fois chez lui et dans le monde. C'est absurde. Si l'on considère « l'Occident » comme une entité ayant une quelconque signification, cette entité a, en tout cas, amplement prouvé avoir apporté son aide et son soutien aux musulmans : le Kosovo, le Darfour, le tsunami et le tremblement de terre au Cachemire en sont quelques exemples. Au cours des cinq dernières années, la Grande-Bretagne a accordé plus de 5 milliards de livres (7,40 milliards d'euros) d'assistance humanitaire et d'aide au développement aux pays musulmans.

La deuxième imposture dont se nourrit le terrorisme est de se prétendre le champion des musulmans, quand ce sont des musulmans qui constituent ses principales victimes. Les terroristes ont fait exploser une bombe dans un mariage en Jordanie. Ils tuent des professeurs en Afghanistan. Ils détruisent des mosquées et tuent des innocents partout en Irak. Ils tentent de chasser les touristes et les investissements d'Égypte et d'Indonésie. Ils empoisonnent la vie des musulmans, au lieu de l'améliorer."

1.5                 Structures tribales, terrorisme et banditisme

En Irak et en Afghanistan, comme au Liban et dans beaucoup de pays musulmans, la société reste structurée en tribus. Or beaucoup de chefs de tribu agissent en réalité comme les seigneurs de guerre d'Afghanistan et de Somalie : ils vivent de pillages, d'enlèvements et de trafics divers, dont la drogue en Afghanistan. Ils disposent de groupes d'hommes très jeunes et complètement dénués de repères moraux, qu'ils ont structuré en bandes toujours prêtes à tuer pour voler, quand ce n'est pas sous des prétextes futiles comme la guerre sainte contre les infidèles ou les étrangers à la tribu.

 

Cette division de la société irakienne en tribus hostiles chiites ou sunnites constitue un risque majeur de guerre civile, comme lors de la guerre civile génocidaire au Ruanda, qui a opposé Tutsis et Hutus. Les sociétés assez primitives pour être constituées de tribus hostiles sont incapables de vivre en démocratie, tout simplement parce que la culture dominante d'hostilité empêche la majorité des gens de respecter ceux qui sont différents, par leur tribu, leur religion ou secte, ou simplement leur opinion politique (pour plus de détails, voir "La culture arabe ennemie de la démocratie").

2.                    Un peu de psychologie

2.1                 Les conditions psychologiques du bonheur

Pour être heureux à un instant donné, l'homme a besoin de deux certitudes :

§           Celle de savoir qu'il existe aux yeux des autres, et qu'il se situe de manière enviable ou au moins comparable par rapport à eux ;

§           et celle d'être en harmonie avec le contexte où il vit à cet instant-là.

 

Pour acquérir ces certitudes l'homme a besoin de repères, c'est-à-dire de valeurs qui définissent le bien et le mal, le permis, le défendu et l'obligatoire, le désirable ou l'indifférent, etc. Pour définir sa place dans la société, il a besoin de se représenter celle-ci, avec ses composantes sociales et ses règles de fonctionnement. Il a besoin de se situer par rapport à ces composantes : à quel(s) groupe(s) est-ce que j'appartiens, quelle est ma fonction, mon rôle dans ce(s) groupe(s), et surtout suis-je indispensable ou au moins apprécié ? Il a aussi besoin de se situer par rapport aux règles de fonctionnement de la société : quelles règles de vie ai-je accepté, quels buts me suis-je donné ? Pour être bien dans sa peau, l'homme a besoin de succès reconnu par les autres dans ce qu'il a entrepris ; il en a besoin autant que de santé physique. Le succès est une preuve d'harmonie.

 

Savoir qu'il existe signifie pouvoir affirmer sa personnalité et ses buts, en les situant par rapport aux autres hommes, et voir ces affirmations acceptées par les autres. Cela signifie devoir faire face à des défis et, lorsqu'on l'a fait avec succès, en être fier, se sentir plus grand et voir cette grandeur reconnue par les autres. Chaque homme voudrait voir ses qualités, sa position sociale, son travail, etc. appréciés par les autres, et si possible enviés.

C'est à cause de ce besoin essentiel qu'on voit tant de tags et de dessins sur nos murs : ce sont les signatures de gens qui se sentent exclus de la société et veulent affirmer leur existence ; et aussi, avec certains dessins, leur talent artistique. C'est ainsi que le refus de ces exclus d'être traités de « racaille » et de subir de multiples contrôles d'identité est l'une des causes de la révolte des banlieues de l'automne 2005.

 

Etre en harmonie avec le contexte présente deux cas, par rapport à soi-même et par rapport aux autres :

§           Par rapport à soi-même : l'homme a besoin d'être bien dans sa peau, en ayant une image de soi conforme à celle qu'il voudrait avoir. Il a besoin de sentir qu'il a réussi à atteindre un but qu'il s'était fixé, ou qu'il est en train d'y parvenir.

§           Par rapport aux autres : l'homme a besoin de se sentir bien intégré dans une société où il joue son rôle avec succès, car c'est un être social. Trop de jeunes de nos banlieues se sentent rejetés et empêchés de vivre comme les autres Français, et cette non-intégration les met en fureur.

2.2                 Face à un échec, nier sa réalité ou soutenir l'opposé

Considérons un homme qui subit un échec flagrant, comme de constater qu'il a fait une erreur impardonnable de jugement, ou qu'il a fait à d'autres une promesse qu'il est incapable de tenir, ou qu'il est ridiculisé aux yeux de son entourage par son conjoint, qui le trompe. Supposons en outre que cet homme se rende compte qu'il ne peut pas - et ne pourra jamais - renverser cette situation, pour se remettre en harmonie avec l'image qu'il veut avoir de lui-même en effaçant l'échec.

 

Face à un échec si douloureux la plupart des gens se demandent d'abord si en refusant d'admettre leur échec ou leur erreur ils ont des chances d'empêcher les autres d'avoir une mauvaise image d'eux. S'ils croient pouvoir y parvenir, ils n'hésiteront pas à nier la réalité. C'est le cas, par exemple, de politiciens pris en flagrant délit de promesse non tenue, de prédiction non réalisée ou de jugement de valeur qui s'avère faux. Ils affirmeront alors, par exemple, qu'on les a mal compris. Parfois ils soutiendront même une thèse absurde, en comptant sur le manque de connaissances ou de discernement de leur auditoire pour ne pas relever l'absurdité.

Exemples d'affirmations contraires aux lois de l'économie :

·            L'Etat peut créer des emplois avec une politique volontariste (mythe de la création d'emplois pérennes par investissement public).

·            Il n'y a pas assez de travail pour tous, il faut donc le partager, d'où les lois de type "35 heures" ("la quantité de travail disponible est fixe" est un mythe qui ne survit qu'en France de nos jours, hélas !)

 

Le refus d'admettre une erreur est très fréquent chez les personnages publics. Ce refus est parfois conscient et relève alors de la mauvaise foi ; il est souvent inconscient, l'homme protégeant alors l'image qu'il a de lui-même par une incapacité à voir ou à accepter une réalité qui le dévaluerait à ses propres yeux.

 

Face à l'échec certains iront plus loin, par exemple en soutenant l'opposé de la vérité, pour ne pas reconnaître leur humiliation. Exemple : l'attitude du Président Bush depuis début 2006 face à son échec patent en Irak, où aucune force au monde ne pourra empêcher la haine séculaire entre chiites et sunnites, haine qui se traduit par une guerre civile atroce où les Américains n'ont rien à faire. Les medias américains sont pleins de cette critique de leur Président, qu'ils jugent obstiné à nier la réalité, à refuser de la voir, à s'entêter à chercher une victoire hors de portée en envoyant des soldats à une mort inutile et en gaspillant des centaines de milliards de dollars dans une guerre sans issue.

 

Rares sont les gens qui admettent publiquement leur erreur et en tirent les leçons objectives pour ne pas la refaire.

2.3                 La comparaison de chacun à autrui

Dès qu'un homme en rencontre un autre, il se compare à lui. C'est là une réaction instinctive, automatique. Elle s'explique d'abord par le besoin inné de l'homme de s'approprier ce dont il a besoin pour vivre (nourriture et biens divers), et de triompher d'éventuels rivaux qui voudraient s'en emparer à sa place. L'homme évalue automatiquement ceux qu'il rencontre pour savoir s'ils pourraient l'empêcher d'atteindre ses buts.

 

Notons que ces buts ne sont pas seulement matériels et d'origine physiologique, l'homme a aussi des désirs d'origine purement psychique : dans le domaine social, par exemple, il veut être admiré, voire désiré ; et il veut le pouvoir d'agir comme bon lui semble pour laisser son empreinte dans le monde. Il considère donc comme rivale toute personne qui pourrait s'opposer à la réalisation de ses désirs, et se compare à tout autre qu'il rencontre pour savoir si c'est un rival potentiel.

2.4                 Les conséquences de cette comparaison

Si la comparaison est favorable, l'autre n'est pas un rival potentiel, ou en tout cas pas un rival dangereux. Si elle est défavorable, deux cas peuvent se présenter :

§           L'autre est admiré, je le trouve supérieur sur tel ou tel point. Il peut être plus beau, plus fort, plus sain, plus riche, plus intelligent, plus connu, plus influent…

Je vais alors chercher à m'élever à son niveau, à apprendre de lui, à l'imiter ; c'est l'attitude d'un enfant vis-à-vis de ses parents ou de son grand frère.

Je peux aussi tenter de devenir son ami et le faire savoir, pour faire profiter mon statut social de ses qualités et de sa réputation. C'est ainsi que les fans d'une personnalité du monde artistique ou politique essaient de se faire photographier avec leur idole, et d'obtenir sa signature avec une dédicace sur un objet quelconque.

Je peux aussi en tomber amoureux…

§           L'autre m'est si supérieur que je n'ai aucun espoir de l'égaler, et si inaccessible que je ne peux m'associer à lui pour progresser dans son ombre. Je vois bien alors que je serai toujours inférieur à lui, qu'il prévaudra sur moi dans toute rivalité éventuelle et dans toute comparaison faite par un tiers.

Dans une telle situation d'infériorité sans espoir, la plupart des gens deviennent envieux. Ils ne peuvent accepter l'autre comme il est ; sa supériorité leur est insupportable car elle blesse leur amour-propre.

2.5                 L'envie est source d'inversion de valeurs

L'envie provoque à la fois le chagrin, la haine et le désir de dénigrer. Elle provoque mon désir de rabaisser l'autre pour empêcher le rival qu'il est de me dépasser. C'est une réaction de mauvaise foi, qui m'évite la dépression dans laquelle je pourrais sombrer si je restais dévalué à mes propres yeux sans espoir de m'estimer à nouveau.

 

Le philosophe allemand Nietzsche a étudié ce phénomène à la fin du XIXe siècle [1]. Il a conclu que l'envieux qui cherche à rabaisser son rival ne peut s'empêcher d'être de si mauvaise foi qu'il va adopter un système de valeurs inversé :

§           Si l'autre est plus beau, je vais déclarer la beauté éphémère et sans valeur, et prétendre qu'elle n'est rien à côté de l'intelligence (la mienne, bien sûr !), plus durable et source de comportements vertueux.

§           Si l'autre est plus riche, je vais déclarer que la richesse matérielle est suspecte, voire méprisable, et qu'elle n'est rien à côté de la droiture morale (la mienne, bien entendu !).

§           Si je suis un cancre envieux des bons élèves, je les traiterai de "bouffons", je dirai que le savoir est inutile, qu'il y a dans mon quartier des jeunes diplômés qui ne trouvent pas de travail, et que je gagnerais plus en une semaine en revendant de la drogue qu'eux avec leurs diplômes en un mois… un mois où ils auront trouvé du travail, s'ils en trouvent.

 

L'inversion de valeurs est toujours accompagnée de mauvaise foi : l'envieux sait bien qu'il substitue aux vraies valeurs des valeurs fausses, adoptées voire inventées par lui, mais il justifie la substitution par le besoin de croire en sa propre valeur.

 

Selon les cas, l'inversion de valeurs peut ne concerner qu'une valeur ou plusieurs ; les valeurs concernées peuvent aller de valeurs sans grande conséquence (d'ordre esthétique, par exemple), jusqu'à une préférence pour la mort par rapport à la vie, à une pulsion de mort.

2.5.1             L'inversion de valeurs dans les banlieues défavorisées

Dans nos banlieues où règnent l'exclusion et le chômage, par exemple, l'inversion de valeurs a provoqué chez de nombreux jeunes la haine de notre société. Tout ce que nous apprécions, que nous respectons, est déclaré par eux détestable. Toutes les qualités personnelles comme l'intelligence et le savoir sont considérées comme des défauts ; ceux qui les ont sont rejetés, ceux qui s'en vantent (comme les bons élèves) sont injuriés. Tout ce qui représente la société dans son caractère organisé est détesté et doit être détruit ; d'où les agressions de policiers, de pompiers et d'infirmières, sans oublier les 100 voitures incendiées chaque nuit (oui, environ 40 000 par an en France !) La loi et l'ordre républicain sont remplacés par la loi des bandes, qui trafiquent et violent en groupe, et défendent leur territoire contre les policiers. Les jeunes sont d'autant plus admirés qu'ils violent la loi davantage, en volant, détruisant ou insultant. A chaque fois que la police arrête un délinquant pour protéger les citoyens, ils l'attaquent en bande. Et ils montent des opérations de guérilla urbaine avec guet-apens de pompiers, etc.

 

Aux Etats-Unis aussi…

Ne me faites pas dire que seule la France a un problème de banlieues défavorisées où de forts pourcentages d'immigrés et de chômeurs posent problème. L'article [24] montre que les Etats-Unis ont aussi des jeunes qui rejettent la société majoritaire et ont adopté une sous-culture à base d'inversion de valeurs. L'article cite des statistiques scolaires concernant des jeunes, enfants ou adolescents : dans certains quartiers, 85 à 90 % de ces jeunes réussissent les tests de langue anglaise (lecture et compréhension de textes, écriture) lorsqu'ils sont de race blanche, contre seulement 45 à 50 % des garçons de race noire. Les filles noires réussissent aussi bien que les jeunes blancs, le problème ne concerne que les garçons.

 

Comme en France, un garçon noir qui travaille bien en classe encourt les moqueries et l'exclusion de ses camarades de quartier : il y a la même inversion de valeurs. De nombreuses écoles ont adopté des mesures pour les garçons noirs à problèmes analogues à celles qu'on envisage en France : leçons particulières offertes par la communauté, "grands frères" pour conseiller les jeunes et les aider à s'intégrer, animations culturelles et sportives, etc. Il y a des garçons qui profitent de ces efforts de la communauté, et leurs résultats scolaires s'améliorent en même temps que leur acceptation de la société américaine ; d'autres refusent les cours de soutien et préfèrent - dans l'indifférence de leurs parents - s'enfermer dans leur refus, qui mène à l'illettrisme, au chômage et à la délinquance.

 

Et comme en France, il y a des gens qui critiquent ces efforts de soutien scolaire et d'animation, en prétextant que puisqu'ils sont destinés aux garçons noirs, ils les montrent du doigt et les dévaluent aux yeux des autres enfants et de leurs parents ; ils préfèrent qu'on ne s'occupe pas d'eux, niant ainsi le devoir de solidarité évident de toute société, et oubliant que l'illettrisme et l'inversion de valeurs mènent à la délinquance.

2.5.2             L'inversion de valeurs chez les terroristes arabes

C'est aussi par une inversion de valeurs qu'on explique l'attitude des terroristes arabes, parmi lesquels de nombreux jeunes hommes ou femmes sont prêts à se faire sauter avec une bombe pour tuer d'autres gens, souvent musulmans comme eux. Leur vie pleine de contraintes et d'aliénations leur est devenue insupportable, et ils désespèrent de la changer ; alors le suicide est pour chacun d'eux un moyen de reprendre sa liberté. Aucun ne songe que ce moyen est illusoire, car après la mort sa liberté n'a plus de sens. Et par un acte aussi spectaculaire, à leurs yeux héroïque, ils espèrent obtenir, après leur mort, une admiration qu'on leur refusait de leur vivant, voire une récompense au paradis d'Allah. Un exemple d'inversion des valeurs « vie » et « mort » (« nous aimons la mort autant que vous la vie ») est donné dans [21].

 

Nous allons maintenant analyser cela en détail.

2.6                 Les autres causes de l'inversion des valeurs

Nietzsche a approfondi la notion d'inversion de valeurs en montrant que la négation du réel peut provenir de bien d'autres causes que l'envie. En fait, elle peut provenir de toute comparaison faite par l'homme entre la situation qu'il perçoit et celle qu'il voudrait, c'est-à-dire entre la réalité et l'idéal.

 

Il suffit que l'esprit de l'homme se persuade de l'importance pour lui de substituer de nouvelles valeurs aux anciennes ; cela se produit, par exemple :

§           Dans les cas de paranoïa (délire à prédominance interprétative : de persécution, de grandeur, de jalousie, etc.) ;

§           Dans des cas de lavage de cerveau ou de manipulation par une personne qui a pris de l'ascendant sur le sujet, comme un imam fondamentaliste peut prendre de l'ascendant sur un jeune un peu déprimé et le persuader progressivement de devenir « combattant d'Allah » et d'aller se former au terrorisme au Pakistan ;

§           Chez un jeune homme dont l'imagination a transformé en obsession un fait qui le touche. Exemple : à force de lire dans le Coran et sur Internet que tous les musulmans sont frères dans la communauté de l'umma, que des frères se doivent assistance, et que les frères Palestiniens sont massacrés par Israël avec la complicité des Américains ; à force de sentir en lui-même un vide (pas de projet ou de perspective d'avenir dans la société occidentale où il vit, aucun espoir d'y prendre une place digne de respect), le jeune se persuade peu à peu que pour donner un sens à sa vie il doit combattre les juifs et les Américains, voire même tous les infidèles.

 

Nietzsche a appelé « nihilisme » la négation du réel au nom de l'idéal. Aujourd'hui ce mot désigne aussi la négation de toutes les valeurs morales et sociales, un désenchantement et un pessimisme profonds. Il désigne enfin une doctrine qui n'admet aucune contrainte de la société sur l'individu et aboutit au terrorisme : le nihiliste est un terroriste qui détruit pour détruire, au nom de valeurs inverses de celles de la société. Le nihilisme des terroristes islamistes a été très bien étudié dans [9].

 

Pour moi, le nihilisme (avec son inversion de valeurs) a trois causes essentielles : le désenchantement vécu comme un échec, l'imagination et la fragilité de la personnalité.

2.6.1             Le désenchantement

Le désenchantement provient toujours du désespoir d'atteindre ses buts, de prendre dans la société la place la place à laquelle on aspire ou on estime avoir droit. Comme nous l'avons vu plus haut, c'est la certitude de ne pas atteindre le bonheur, certitude insupportable.

2.6.2             L'imagination

L'imagination amplifie le désenchantement jusqu'à le rendre obsessionnel : l'homme lui accorde de plus en plus d'importance, jusqu'à ce que l'image désenchantée qu'il a de lui-même occupe son esprit à tout moment, ne le laisse plus en repos. La pulsion de mort ou de destruction domine le psychisme.

2.6.3             La fragilité de la personnalité

La fragilité de la personnalité permet à l'imagination de franchir toutes les barrières psychiques - notamment celles de la raison, d'imposer le désir d'agir par tous les moyens, y compris ceux qui sont destructeurs et ceux qui conduisent au suicide.

 

Une personnalité est fragile si les valeurs qu'elle a, depuis l'enfance et l'adolescence, ne sont pas assez fermement installées dans son esprit pour le protéger contre l'imagination. Un jeune fragile est influençable et même manipulable, et capable de se persuader lui-même de commettre les pires folies. Les enquêtes sur le terrorisme au Royaume-Uni après les attentats de Londres en 2005 ont montré que les jeunes Anglais terroristes avaient été endoctrinés et formés au terrorisme au Pakistan.

 

Parfois, le jeune se réfugie dans la religion, avec l'aide d'un imam ou d'un prêtre. Celui-ci lui apporte l'estime de soi, en le persuadant que tout homme qui observe strictement les lois de Dieu est estimable et ira au paradis. Il lui apporte de l'amitié et de la compréhension, voire même une aide matérielle quand il est trop dans le besoin. Avec un peu de chance, le jeune retrouvera des valeurs normales à travers la religion, et le courage de se battre pour s'insérer dans la société.

 

Mais s'il n'a pas la chance d'être sauvé par la religion, voici ce qui peut arriver. Etre social, le jeune homme fragile cherche le réconfort de semblables qui vont le comprendre, l'approuver, l'encourager dans sa démarche, bref lui redonner une place dans leur petit groupe où il comptera et pourra retrouver un peu d'estime de soi. Si les autres jeunes du groupe pensent comme lui, il se sentira conforté dans sa démarche, même si elle est folle.

        Ensemble, ces jeunes vont former un groupe qui a sa propre culture [23]. En fait, celle-ci est une sous-culture qui nie certaines valeurs sociales et peut valoriser la délinquance, la violence, voire le terrorisme, pour s'imposer face à une société qui rejette et méprise ses membres. Il y a ainsi dans des cités des groupuscules dominés par un caïd, qui imposent leur loi à leurs voisins, défendent leur « territoire » contre des groupuscules d'autres cités ou contre des concurrents qui les gênent dans leurs trafics.

2.6.4             La baisse de la pression sociale fragilise la personnalité

Le père de la sociologie est le Français Emile Durkheim. Dans son célèbre ouvrage [17] il a montré à l'aide de statistiques que le suicide est un phénomène social (et pas personnel), puisque les taux de suicide varient considérablement en fonction des milieux sociaux. En considérant les trois facteurs d'intégration sociale que sont la religion, la politique et la famille, Durkheim a démontré ce qui suit.

 

Dans les sociétés occidentales, plus l'intégration sociale est faible, plus il y a de suicides. Voici pourquoi. L'intégration sociale produit des contraintes de la société sur chaque individu, contraintes qui définissent le bien et le mal, le permis et l'interdit, c'est-à-dire des valeurs. Lorsque l'évolution de la société où il vit diminue les contraintes de celle-ci sur l'individu, celui-ci trouve de moins en moins de bornes à ses désirs. Ceux-ci augmentent alors, accroissant l'insatisfaction et les frustrations, parfois jusqu'au désespoir qui conduit au suicide.

C'est ainsi que le relâchement des liens familiaux, la plus grande facilité de divorcer et la multiplication des films et publicités érotiques suppriment les bornes des désirs sexuels, accroissant ainsi le fossé entre ce que l'individu désire et ce qu'il peut satisfaire, donc les frustrations. On constate aussi que le suicide est plus fréquent dans les pays où le taux de divorces est plus élevé.

C'est ainsi qu'il y a plus de suicides dans les pays peu religieux (où les contraintes sociales des pratiques religieuses sont peu importantes) que dans les pays religieux. Et la France est un pays dont la population est de moins en moins croyante et pratiquante.

C'est ainsi qu'il y a plus de suicides à la campagne ou chez les personnes qui vivent seules, qu'à la ville et chez les personnes bien entourées et soumises au jugement de leur entourage.

 

Dans leur étude [20], Znaniecki et Thomas ont montré que la transplantation consécutive à l'émigration provoquait une désorganisation sociale des familles, qui provoquait à son tour la démoralisation des immigrés ; dans leur pays d'accueil ceux-ci ont alors le sentiment que leur vie n'a plus de sens et de but. L'analogie avec l'état d'esprit de nombreuses personnes issues de l'immigration en France est frappante : l'immigration constitue en elle-même une cause de démoralisation, pour les immigrés comme pour leurs enfants. Tant que ces personnes ne se sont pas intégrées pleinement dans la société française, leurs règles de vie sont mal définies, voire contradictoires, d'où leur démoralisation et parfois leur conduite asociale, leur révolte.

 

L'étude [16] présente et explique :

§           La perte d'influence de la religion, dont les règles de comportement social sont de moins en moins suivies de nos jours ;

§           La libération des mœurs après mai 1968 ;

§           La perte de respect pour les lois de la République, pour ses députés, son gouvernement, sa justice et ses forces de l'ordre ;

§           La perte de respect des Français les uns pour les autres ;

§           Et d'autres manifestations de la baisse de pression sociale favorable aux comportements socialement estimables.

 

Il est donc clair que l'intégration sociale des Français est considérablement plus faible qu'il y a quelques décennies ; et que dire de celle des personnes d'origine immigrée…

 

Nous comprenons à présent, au vu des travaux de Durkheim et de ses successeurs, que les conditions sociales de la sinistrose sont particulièrement remplies dans notre pays.

§           D'après [18], il y a eu en 2003, en France, 10 660 suicides (7 940 hommes et 2 720 femmes), et plus probablement 13 000 suicides environ compte tenu des phénomènes de sous-déclaration. En 2001, la France avait le plus fort taux de suicides en Europe des 15 après la Finlande et l'Autriche.

§           D'après [19], la probabilité de se suicider des hommes nés en 1956 correspond à 1,8 fois celle des hommes nés en 1930, augmentation considérable correspondant à une forte baisse d'intégration sociale.

 

Le suicide étant un acte extrême, on conçoit qu'un pays qui compte un fort taux de suicides compte aussi une forte proportion de personnes qui, sans aller jusqu'au suicide, s'estiment désorientées et malheureuses. Cette désorientation est une perte de repères et de barrières morales qui facilite le basculement de certaines personnalités fragiles dans la violence et le terrorisme.

2.6.5             La gloire par le terrorisme

En plus de l'inversion de valeurs qui le rend nihiliste, le terroriste voit dans ses assassinats et destructions des moyens d'obtenir :

§           de l'admiration de la part des personnes qui partagent sa phobie, donc un remède au sentiment d'échec qui le désespère ;

§           de la crainte de la part des populations qu'il terrorise.

 

Dans les deux cas, il pense obtenir ainsi une reconnaissance de sa puissance, de son importance, de sa supériorité, reconnaissance dont il ressent un manque cruel avant son attentat.

 

Il cherche donc à obtenir le maximum de couverture médiatique pour chaque attentat, à la fois pour le faire connaître par le maximum de personnes et pour leur inspirer le maximum d'admiration ou de terreur. Sachant que les media accordent d'autant plus de place à un événement qu'il peut générer de l'émotion, le terroriste va rendre son attentat le plus cruel, le plus inhumain, le plus barbare, le plus révoltant possible.

 

Exemple : certains terroristes du Hezbollah ont placé un camion surmonté d'un lance-missile contre un bâtiment où ils ont envoyé des dizaines d'enfants libanais chercher refuge. Ils ont ensuite lancé leurs missiles vers Israël à partir du camion, certains que celui-ci serait repéré par les drones des Israéliens, qui viendraient ensuite bombarder le camion et le bâtiment adjacent. Les terroristes n'auraient plus, ensuite, qu'à montrer aux journalistes « la barbarie des ennemis sionistes qui bombardent des enfants innocents ». C'est bien ainsi que les choses se sont passées, les journalistes se faisant complices des terroristes en ne signalant pas leur provocation et leur barbarie.

2.6.6             Rôles de la religion, de la xénophobie, du racisme

Tout délinquant, tout casseur, tout terroriste peut citer des raisons (excellentes à ses yeux !) pour justifier son inversion de valeurs et les méfaits qu'elle lui fait commettre.

 

Nous avons vu plus haut que la religion musulmane n'est qu'un prétexte invoqué par les terroristes islamistes qui citent quelques passages du Coran pour justifier leurs assassinats et destructions. En France, du reste, nos casseurs de banlieue ne prétendent jamais faire leurs méfaits au nom d'Allah.

 

La xénophobie et le racisme sont d'abord les motivations de groupuscules néo-nazis et de jeunes musulmans qui taguent les synagogues et insultent leurs camarades d'école juifs. Ces attitudes relèvent d'une inversion de valeurs simpliste :

§           "Les étrangers sont différents des Français, ils nous prennent nos emplois, nous imposent leur culture ; je les déteste parce qu'ils sont étrangers."

Variante d'extrême droite : M. Philippe de Villiers affirme page 7 dans son livre "Les mosquées de Roissy", paru le 26/04/2006 chez Albin Michel :

"La pratique de la religion étant libre, l'islamophobie, c'est-à-dire la peur ou la détestation de la religion islamique, ne relève pas du racisme".

Il justifie donc la phobie des musulmans omniprésente dans son livre par le fait que ce n'est pas du racisme. Ce n'est pas du racisme, en effet, mais c'est une phobie du même ordre, où on a substitué une religion à une race. C'est tout aussi condamnable : on ne peut justifier une attitude par le fait qu'elle échappe à une critique portant sur une autre attitude (je ne peux justifier un excès de vitesse par le fait que je ne suis pas ivre !) La faute de raisonnement de M. de Villiers incite à se demander s'il prend ses lecteurs pour des gens qui manquent de jugeote, ou si c'est lui-même qui en manque.

§           (En paraphrasant Ben Laden [4]) "Les juifs sont si riches qu'ils dominent et dirigent les Etats-Unis, donc je les déteste, les méprise et veux les supprimer pour qu'ils cessent de m'être supérieurs et de me concurrencer. Je les déteste parce qu'ils sont juifs et que de tout temps les chrétiens et les musulmans ont détesté les juifs" (jusqu'à ce que l'Eglise catholique change de position il y a quelques années et fasse amende honorable).

En fait, Ben Laden hait les juifs au nom d'un conflit qui a opposé certains juifs à Mahomet au 7ème siècle. Il fait donc comme si leurs descendants, 1300 ans après, étaient coupables des méfaits de leurs ancêtres ; il justifie ainsi sa volonté de les rayer de la carte : c'est un prétexte qui ne tient pas la route.

§           Les musulmans chiites détestent les musulmans sunnites et vice-versa, au point de commettre des attentats-suicides dans des mosquées, au mépris des principes sacrés du Coran.

Là aussi, il s'agit de la continuation d'une dispute sur la succession du Prophète qui date d'il y a 1300 ans…

§           Les noirs (pour les blancs) ; ou les blancs (pour les noirs) ; ou les arabes (pour les juifs et les chrétiens) ; ou les perses (pour les arabes), etc. sont détestables pour les racistes parce qu'ils sont d'une autre race. Il y a pourtant, dans chaque race, des gens exemplaires dont l'existence et les actes prouvent que leur race n'est ni inférieure ni coupable en tant que race…

2.6.7             Erreur fondamentale à la base du racisme et de la xénophobie

Chaque race ou chaque pays comptant des millions de personnes, aucun qualificatif unique ne peut être appliqué à tous ses membres : ni "les … sont intelligents", ni "les … sont voleurs", etc. Le faire constitue un amalgame, une faute de raisonnement par généralisation abusive. En plus, comme le faisait remarquer Sartre, appliquer un même qualificatif à toutes les personnes d'un groupe nie la liberté de chacun d'agir différemment des autres, ce qui constitue une autre faute de raisonnement, aussi grave que la première.

 

La vérité est que la religion, la xénophobie et le racisme sont des phobies basées sur la peur de l'autre et l'envie. Elles n'expliquent que peu la psychologie des casseurs et des terroristes, pour qui elles ne constituent que des prétextes qui montrent leur niveau moral déplorable et la perte de leurs valeurs.

        Par contre, le faible niveau intellectuel de la plupart de ces casseurs et terroristes fait qu'ils s'appuient sur la religion, la xénophobie ou le racisme pour justifier leurs inversions de valeurs.

2.7                 Religion chrétienne et inversion des valeurs

J'aime mieux être beau, fort, riche et influent dans la société, que laid, faible, pauvre et ignoré des autres ! Les valeurs beauté, force, richesse et puissance paraissent évidentes. La société romaine d'il y a deux mille ans les acceptait comme telles. On admirait la beauté d'une personne, la force d'un lutteur, la puissance et la richesse d'un patricien.

 

Et voilà qu'une nouvelle religion, le christianisme, vient prétendre que la valeur d'un homme ne dépend pas de ce qu'il est par sa beauté, sa force, sa naissance, sa fortune ou sa puissance politique, mais seulement de ce qu'il fait, ses actes étant jugés par Dieu. Ainsi, un pauvre qui a vécu de manière exemplaire sera récompensé en allant au paradis, alors qu'un roi comblé de richesses et d'honneurs pendant sa vie ira en enfer s'il a été injuste et cruel. Jugés sur leurs seuls actes, tous les hommes sont égaux, tous ont la même dignité, c'est-à-dire le même droit au respect. Quelle révolution !

 

Nous avons là une remarquable inversion de valeurs, qui permet à des prolétaires, des plébéiens méprisés et sans perspectives, de devenir meilleurs qu'un roi après leur mort, et même plus estimables que lui pendant leur vie. Au citoyen romain quelconque, le christianisme apportait des satisfactions extraordinaires, inaccessibles avec une autre religion : l'espoir d'être apprécié malgré sa naissance et sa fortune modestes, sa faiblesse et son éventuelle laideur, ainsi que l'égalité avec tous ses contemporains sur le terrain de la valeur morale.

        C'est cette inversion de valeurs qui permet encore à des millions d'hommes, de nos jours, de trouver réconfort dans leur religion. Même si elle est illogique, elle est pour eux une source de paix de l'esprit et de règles de vie.

 

En outre, le christianisme rassure ses fidèles sur leur salut, c'est-à-dire leur sort après la mort : tout homme qui a vécu selon les lois de Dieu est assuré de retrouver après sa mort une vie éternelle, heureuse, en compagnie de ses êtres chers. C'est là une certitude bien plus rassurante que celle de disparaître, de cesser simplement d'exister en perdant tout ce à quoi il tenait.

 

Le prix à payer pour ces inversions de valeurs, si rassurantes pour ceux qui se sentent en bas de l'échelle sociale, est minime : il suffit d'y croire. La religion chrétienne étant une religion révélée, il suffit d'admettre ses règles de vie et ses promesses sans preuve, par un simple acte de foi.

 

Peu à peu, les chrétiens ont dominé l'empire romain. L'empereur Constantin est devenu chrétien vers l'an 312. L'Eglise chrétienne est devenue officielle et s'est installée vers 330 dans une nouvelle capitale, Constantinople, la « nouvelle Rome ».

 

La religion chrétienne, source de la majorité des valeurs morales que nous respectons encore aujourd'hui, s'est donc imposée dans la société antique grâce à une inversion de valeurs. Elle a réussi parce que la majorité des hommes ont préféré une réalité basée sur la foi, c'est-à-dire sur l'imagination par opposition à des faits vérifiables ; quel exemple de la puissance de l'imagination humaine !

 

Nous verrons brièvement ci-dessous de quelles valeurs il s'agit lorsqu'on parle de casseurs et de terroristes.

2.8                 Les mécanismes psychiques de choix

Lorsqu'une personne choisit de faire du mal en détruisant, en faisant souffrir ou en tuant, ses mécanismes mentaux de choix sont altérés. Ce point est développé dans le court texte "Nos mécanismes de choix, de la nourriture au crime".

3.                    Valeurs morales et droits de l'homme

Les Nations unies ont adopté en 1948 une "Déclaration universelle des droits de l'homme" [6]. Universelle signifie valable dans tous les pays, à toutes les époques et pour tous les hommes. Son adoption le 10/12/1948 par les 58 états membres qui constituaient alors l'organisation prouve son universalité, malgré les différences de culture [23] et de religion des peuples.

Les opposants à cette adoption comme l'association [7], qui arguaient du relativisme des cultures et prétendaient que le texte des Nations unies imposait la culture occidentale au reste du monde, se sont avérés si minoritaires que leur opinion a été ignorée.

 

Selon [8] page 9, le consensus mondial permet de nos jours de considérer les vérités et affirmations suivantes (résultant de la Déclaration universelle des droits de l'homme) comme indiscutables :

1.                        La vie vaut mieux que la mort (valeur de vie).

2.                        La santé vaut mieux que la maladie (valeur de santé).

3.                        La liberté vaut mieux que l'esclavage (valeur de liberté).

4.                        La prospérité vaut mieux que la pauvreté (valeur de niveau de vie).

5.                        L'éducation vaut mieux que l'ignorance (valeur d'éducation).

6.                        La justice vaut mieux que l'injustice (valeur de justice).

 

Ces vérités nous paraissent évidentes, mais avec leur inversion de valeurs :

§           Les terroristes nient la 1ère vérité dans chaque attentat-suicide.

§           Les fondamentalistes talibans nient la 2ème et la 5ème pour les femmes, qui n'ont pas le droit de se faire soigner dans un hôpital et d'aller à l'école.

§           Ben Laden, qui veut rétablir un régime de califat comme celui du 7ème siècle dans tous les pays musulmans, puis dans les autres, nie la 3ème vérité car le Califat légitimait l'esclavage.

§           Les fondamentalistes musulmans refusent le prêt contre intérêts [4], ce qui pose aux pays musulmans d'inextricables problèmes de financement de l'économie, et oblige à tourner depuis peu cette loi coranique anti-usure par des mécanismes bancaires parfaitement hypocrites de type participation aux bénéfices.

Le refus de l'usure, donc de la mise des fonds des gens à la disposition de l'économie, explique en partie la misère des pays arabes. Il explique aussi le fait que leurs seigneurs du pétrole placent une grande partie de leurs liquidités dans les banques occidentales, privant ainsi leurs pays de financements précieux : les fondamentalistes musulmans se moquent du niveau de vie de leurs concitoyens (4ème vérité), concitoyens qui restent misérables depuis plus de 800 ans alors que le reste du monde a énormément progressé.

§           Ben Laden et tous les musulman wahhabites refusent aux hommes le droit de se doter de leurs propres lois, donc d'avoir une justice laïque et d'adopter la démocratie avec ses lois électorales (6ème vérité), au motif qu'une seule loi est possible et permise, celle d'Allah, écrite dans le Coran il y a plus de 1000 ans [4].

 

Les terroristes islamistes nient donc toutes les valeurs ci-dessus, et en plus :

§           En voulant nous convertir de force à l'islam, les terroristes islamistes violent la liberté de choisir sa religion, inscrite dans la Déclaration universelle des droits de l'homme.

§           En voulant imposer le gouvernement autoritaire d'une race blanche chrétienne prétendument supérieure à tous les hommes en lieu et place de la démocratie, les néo-nazis violent un autre droit inscrit dans la Déclaration universelle des droits de l'homme, celui pour chaque homme de participer au gouvernement, directement ou par l'intermédiaire de représentants élus.

§           En s'attaquant à tout ce qui à leurs yeux représente la société française, les casseurs…, etc.

4.                    Le contexte social responsable

4.1                 L'angélisme

Beaucoup de gens en France, particulièrement parmi ceux qui votent à gauche, rendent notre société responsable du désespoir des jeunes qui pousse certains à devenir voleurs, casseurs ou même terroristes. Ils accusent les inégalités inhérentes à notre économie de marché de réduire une partie de la société au chômage et à la misère, conditions économiques qui expliqueraient, selon eux, leurs actes délinquants.

        Ils en concluent que les jeunes délinquants sont les victimes de notre société, qu'ils ne sont pas responsables de leurs actes, donc pas coupables, et qu'il ne faut donc pas les punir. Et certains juges qui partagent cette opinion se montrent particulièrement cléments à l'égard des délinquants qui ne sont pas criminels.

 

Cette opinion prévalant dans le gouvernement de gauche de M. Jospin, celui-ci n'a pratiquement rien fait pour combattre la délinquance pendant ses 5 années au pouvoir. Et comme, dans les deux années qui ont précédé les élections de 2002, les media ont parlé tous les jours des problèmes d'insécurité et de délinquance, les Français ont amené l'extrême droite au 2ème tour de l'élection présidentielle de 2002 et ont renvoyé la gauche à ses illusions.

 

L'angélisme fait le lit de la délinquance.

4.1.1             L'idéologie contestataire

Une réflexion plus approfondie montre que l'angélisme fait partie d'une idéologie particulièrement répandue en France depuis 1968 : celle de la contestation de l'autorité, du rejet de la loi parce que c'est la loi. C'est une idéologie basée sur le slogan soixante-huitard « il est interdit d'interdire », mais qui lui ajoute des valeurs de fraternité et de solidarité universelles issue de l'altermondialisme. Cette idéologie d'extrême gauche, analysée dans "Altermondialisme : une analyse critique", est propagée en France par les groupuscules utopistes d'ATTAC et de la Confédération paysanne, mais aussi - et cela touche la plupart des jeunes - par notre Education nationale.

 

Heureusement, cette idéologie est bien moins violente que celle des casseurs de banlieue. Elle se manifeste pour l'essentiel par des associations dont les membres s'opposent, parfois un peu violemment, à l'expulsion de sans-papiers, de locataires ou de squatters. Ils sont aussi partisans de l'accueil en France de tous les miséreux du monde, sans autre condition que leur misère même, et en leur accordant le droit de séjour, un logement, des allocations familiales, la scolarisation des enfants, la Sécurité sociale, etc., sans exiger d'eux aucun effort d'intégration. Ce sont des gens à qui il ne faut pas parler d'argent ou d'économie, qui n'écoutent aucune raison de cet ordre, mais seulement leur cœur. Pour moi, ce sont de sympathiques et généreux utopistes, à qui nos media accordent plus de place qu'ils ne méritent par leur nombre et la crédibilité de leurs propositions.

4.2                 L'impunité

L'angélisme de certains s'inscrit, en France, dans un contexte plus général d'impunité. Globalement, les lois françaises protègent les voyous et ignorent les honnêtes gens. Du coup, les casseurs et autres ennemis de la société en profitent pour agresser les forces de l'ordre, et plus généralement tout ce qui, à leurs yeux, constitue un symbole de notre société qu'ils détestent. Ce sujet est abordé, exemples et propositions à l'appui, dans le court texte "La peur doit changer de camp".

4.3                 Le chômage, la misère et l'exclusion sociale

S'il est clair que le chômage exclut de la société, donc provoque une blessure d'amour-propre si grave qu'elle détruit peu à peu l'identité de la personne, il est certain que ni le chômage ni la misère qui en résulte ne suffisent à expliquer l'inversion de valeurs qui rend certains hommes ennemis de la société. On peut citer, dans les siècles passés comme de nos jours, de nombreuses sociétés où le chômage et la misère furent (ou sont) extrêmes sans pour autant qu'on y trouve des nihilistes, casseurs ou terroristes.

 

Le désespoir dû au chômage, à la misère et à l'exclusion sociale ne suffit pas à créer des nihilistes. Mais les media (télévision et Internet) aidant, ces problèmes sont amplifiés au point de stimuler l'imagination de certains. Nous avons vu plus haut qu'ils sont alors mûrs pour l'inversion de valeurs si leur personnalité n'est pas assez solide pour y résister.

 

La psychologie nous apprend que les valeurs essentielles qui gouvernent la relation d'une personne avec la société s'acquièrent pendant la petite enfance puis l'adolescence, au contact des parents puis à l'école. L'enfant doit apprendre à la maison les premiers interdits, les premières limites à la satisfaction de ses désirs. Il doit les apprendre de ses parents et au contact de ses frères, sœurs, camarades de jeu, camarades d'école et professeurs. Il a besoin d'être rassuré sur le fait que ses parents l'aiment et le respectent, tout en étant forcé de reconnaître les limites de ses droits et l'obligation de respecter ces limites comme il respecte ses parents. Il a aussi besoin d'apprendre qu'il a des devoirs envers lui-même et les autres.

        Si ces valeurs ne sont pas assez solidement installées dans l'esprit du jeune pour qu'il sache distinguer les comportements permis de ceux qui sont défendus, et les efforts obligatoires des actes destinés à se faire plaisir ; et si ces valeurs ne sont pas assez affirmées pour qu'il sache préserver l'estime de soi malgré des désillusions, alors il risque - imagination, media et manipulateurs divers aidant - de sombrer dans l'inversion de valeurs.

4.3.1             La responsabilité des parents

Comme les candidats à l'élection présidentielle de 2007 Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy, qui proposent tous deux des « stages de parentalité », nous constatons qu'il y a dans notre société de plus en plus de parents qui ne savent pas élever leurs enfants :

§           Ils ne leur consacrent pas assez de temps et les laissent passer des heures devant la télévision ou une console de jeu pour ne pas s'en occuper.

§           En général plus égoïstes que les générations précédentes, les parents se donnent moins d'amour entre eux - d'où la forte proportion de divorces - et en donnent moins à leurs enfants, et ceux-ci souffrent du manque d'amour réciproque de leurs parents et de leur éventuelle séparation.

§           Plus égocentriques que les générations précédentes et bien moins prêts à accorder du respect à autrui, chaque parent respecte moins l'autre, ce qui a un effet désastreux sur leurs enfants. Et ils respectent moins l'enfant, qui a comme toute personne besoin de la certitude que ses désirs sont pris en compte par ses parents, même si ceux-ci leur imposent des limites.

 

Ces problèmes de société sont abordés plus en détail dans l'étude [16].

4.3.2             La responsabilité de l'Education nationale

Nous constatons qu'il y a (dans l'enseignement public plus que dans l'enseignement privé) un fort taux d'absentéisme scolaire, preuve que les parents ne surveillent pas assez leurs enfants, n'accordent pas assez d'importance à leurs études.

        Les enseignants se plaignent du manque de respect de leurs élèves, qui a atteint un niveau inconnu des générations précédentes, et qu'il n'est pas question de punir ou d'humilier ; ils doivent passer beaucoup de temps à convaincre leurs élèves de l'importance de l'effort d'apprendre.

        Le niveau d'études a énormément baissé depuis la réforme Jospin de 1989 [11] et l'Education nationale fabrique littéralement de futurs chômeurs, avec chaque année environ 158 000 jeunes sur 745 000, soit 21 %, qui sortent du système éducatif sans diplôme.

        Et en plus, hélas, au lieu de les rendre travailleurs, notre enseignement public rend les jeunes égoïstes, prétentieux, revendicatifs et toujours prêts à se révolter.

 

Ces graves accusations sont explicitées et justifiées en détail, et accompagnées de comparaisons internationales, dans l'étude "L'enseignement victime de l'idéologie". Mais non seulement leur passage dans l'Education nationale prédispose beaucoup de nos jeunes au chômage et à la révolte - terrain favorable à l'inversion de valeurs - mais notre enseignement public est de plus en plus infiltré par des islamistes dangereux, comme le montre le très officiel rapport Obin, que nous abordons ci-dessous.

4.4                 L'inculture source de violence

On constate que la plupart des jeunes d'aujourd'hui lisent moins que ceux de la génération précédente. En fait, ils lisent désormais très peu les textes qui enrichissent la culture [23] et stimulent la réflexion : romans à thèse, essais politiques ou philosophiques, œuvres littéraires sur la société comme celles de Balzac, de Zola ou de Sartre. En outre, l'enseignement qu'ils reçoivent en France ne comprend plus guère d'études d'un ouvrage classique entier, remplacé par de courts extraits entre lesquels on « zappe » ; du coup, la pensée de l'auteur n'est plus assez étudiée et ne sert plus de modèle à celle des élèves. Enfin, comme on n'insiste plus sur la rigueur de l'orthographe et de la grammaire, le vocabulaire de nos jeunes est bien plus réduit qu'autrefois. Parmi les quelques 21 % de jeunes qui quittent chaque année l'Education nationale sans diplôme, beaucoup ont un vocabulaire limité à un millier de mots, à peine plus - hélas - qu'un chimpanzé dressé.

 

La première conséquence de ce vocabulaire limité est l'ignorance des concepts correspondants : il y a beaucoup de concepts que nos jeunes n'ont jamais appris, donc beaucoup de faits, de situations et de réalités qu'ils sont incapables de comprendre. D'autant plus incapables qu'ils n'ont pas assez lu pour apprendre à réfléchir. Comme ils n'apprennent plus les démonstrations en mathématiques, ils n'ont guère l'occasion d'apprendre à raisonner avec rigueur. Et comme ils ne font plus assez de dictées et de grammaire, ils n'apprennent plus à s'exprimer de manière précise et soignée.

 

Lorsqu'il ne comprend pas quelque chose, l'homme a peur. Et lorsque, par manque de vocabulaire, il ne sait ni exprimer ni analyser cette peur, il a tendance à recourir à la violence. Quand il ne sait pas faire partager sa crainte, son mal-être ou simplement son opinion, l'homme a tendance à s'énerver ; l'inculture croissante de nos jeunes est source de violence.

Mon site Internet d'analyse politique reçoit chaque mois des milliers de visiteurs. Je reçois donc beaucoup de réactions sous forme de messages. La quasi-totalité de ces messages comprend de nombreuses fautes de français et d'orthographe. Les textes sont souvent mal structurés, trahissant une pensée insuffisamment organisée et un manque de soin dans la rédaction ; leur contenu révèle un manque de connaissances assez effrayant, d'où on peut conclure que l'auteur ne comprend pas grand-chose au monde où il vit. Enfin, certains internautes sont tellement incapables d'exprimer leur désaccord sous forme de phrases qu'ils m'abreuvent d'injures : leur inculture se traduit par de la violence.

4.5                 La responsabilité des cultures hostiles

Les valeurs morales (celles qui gouvernent les relations sociales) inculquées à l'enfant puis l'adolescent dépendent fortement de la culture traditionnelle de la société d'où proviennent ses parents et de celle(s) de ses camarades de jeu [23].

§           Dans les pays du nord de l'Europe, les sociétés sont ouvertes : chaque individu apprend depuis son plus jeune âge à être honnête, à aimer la vérité et la justice, à respecter les autres et à leur faire confiance ; il apprend tout cela si bien qu'il intériorise ces règles et ne conçoit plus ses rapports avec la société, par la suite, que dans un cadre de vérité et de justice, d'honnêteté, de respect d'autrui et de confiance. C'est pourquoi ces sociétés sont si consensuelles, si démocratiques et si solidaires ; c'est aussi pourquoi ces pays arrivent toujours en tête dans les classements mondiaux de la démocratie et de l'absence de corruption.

§           Dans les pays musulmans, et d'ailleurs dans beaucoup de pays pauvres, les sociétés sont closes : les membres d'un groupe détestent, rejettent violemment et même combattent les individus qui n'appartiennent pas au groupe. Comme l'expliquait M. Antoine Sfeir dans une émission "C dans l'air", la mentalité arabe des relations entre personnes peut se résumer par la règle :

"Moi contre mon frère ; moi et mon frère contre mon cousin ; moi, mon frère et mon cousin contre l'étranger."

Dans ces sociétés, la méfiance et l'hostilité règnent. Il y a des « cercles concentriques de confiance » : famille proche, tribu, secte religieuse, pays, communauté musulmane de l'umma.