Cours de philosophie

de Marie-Line Bretin, agrégée de philosophie
2ème édition, juillet 2006, publié chez Vuibert

 

Compte-rendu de lecture

Mise à jour : 01/12/2006

 

Pourquoi j'avais besoin d'un cours de philosophie

Après une formation exclusivement scientifique et une carrière d'ingénieur informaticien, je ressentais un manque en matière de compréhension du fonctionnement de la pensée humaine et de conduite de ma vie.

 

C'était d'autant plus grave qu'en classe de Math Elém. le cours de philosophie auquel j'avais eu droit avait été incroyablement nul : le professeur détestait les étudiants matheux au point de ne jamais leur mettre une note supérieure à 9¾ ; et pour éviter tout dialogue avec eux il dictait son cours, un texte abscons et soporifique à souhait. Et comme j'ai passé les quarante-deux années suivantes à travailler comme un fou sans jamais avoir le temps de lire autre chose que de l'informatique…

Un premier livre qui m'a donné envie d'en lire d'autres

Voilà pourquoi, une fois à la retraite, j'ai décidé de combler un peu mon ignorance. J'ai donc acheté un livre d'un professeur de philosophie connu, M. Luc Ferry, ancien ministre : "Apprendre à vivre - Traité de philosophie à l'usage des jeunes générations", publié chez Plon. (Comme beaucoup de retraités, je m'estime encore jeune !) J'en ai publié un compte-rendu détaillé sous le titre clin d'œil : "Philosophie : tout ce que vous avez toujours voulu savoir sans jamais oser le demander", à l'adresse http://www.danielmartin.eu/Religion/Philosophie.htm .

        Dans ce livre - excellent, je vous le recommande d'autant plus qu'il est clair, facile et agréable à lire - l'auteur prouve qu'apprendre la philosophie aide à conduire sagement sa vie, à vaincre ses peurs et à se débarrasser des illusions et espoirs infondés. Il m'a convaincu d'en apprendre plus, et c'est pourquoi j'ai acheté le "Cours de philosophie" de Mme Marie-Line Bretin.

Le Cours de philosophie de Mme Bretin

C'est un cours qui couvre le programme de terminale, la 4ème page de couverture en avertit le lecteur. Ayant beaucoup appris avec le livre « pour jeunes générations » de M. Ferry, j'ai décidé d'étudier avec soin les 832 pages de ce livre-ci, 50 ans après mon année de terminale ; comme disait Epicure 300 ans avant J.-C. « il n'est jamais trop tôt ou trop tard pour travailler à la santé de l'âme » (j'ai appris cela page 194, et ma décision s'en est trouvée confortée).

 

Je tiens à rendre hommage à Mme Bretin : son cours est passionnant à lire. Je peux aussi témoigner du fait qu'il permet d'apprendre la philosophie tout seul : il est très clair et bien structuré. Chacune de ses pages mérite d'être lue et méditée, et il faut compter au moins 200 heures de travail pour la totalité du texte. A aucun moment je ne me suis ennuyé, je vous assure !

 

Ce cours tient les promesses de la philosophie, pour apprendre à penser et vivre avec sagesse.

§           Dans la 1ère partie, on y apprend d'abord le fonctionnement de la conscience, c'est-à-dire le processus de compréhension de l'esprit, la manière dont il forme puis manipule les concepts qui représentent la réalité. J'y ai appris comment on se représente le monde, comment on se voit soi-même, et quelles erreurs de représentation il faut éviter.

On y apprend ensuite des rudiments de psychologie, avec le fonctionnement du subconscient et son importance. Puis on y apprend les relations de chacun avec autrui, le désir et ses dangers, ainsi que la différence entre désir et besoin, et enfin les réponses de la philosophie aux questions existentielles qui nous taraudent, notamment sur l'irréversibilité du temps et la mort.

§           Dans la 2ème partie "De la culture à la transcendance", on étudie la relation de l'homme à la nature, la place de la culture et leur opposition : voir l'extrait [1].

On y voit ensuite l'aspect social de l'homme et le rôle du langage dans la pensée. Enfin, on y étudie la place de l'art (oserais-je avouer aujourd'hui que je ne savais pas grand-chose de la beauté avant de lire ce texte ?) et celle de la religion dans notre culture et notre société.

Je me suis rendu compte, en étudiant ce texte, du mal que font les programmes et la pédagogie actuels à nos adolescents en sabotant l'étude des œuvres littéraires et philosophiques. Notre Education nationale forme des jeunes dont le vocabulaire est trop réduit pour qu'ils disposent des concepts nécessaires pour comprendre le monde où ils vont vivre et travailler. Et ils n'apprennent correctement ni à étudier en profondeur un sujet, ni même à travailler dur pour y parvenir. J'ai déploré cette carence et l'idéologie dont elle provient dans l'étude « L'enseignement victime de l'idéologie ».

§           La 3ème partie étudie la notion de vérité ; le fonctionnement et les limites de la raison ; la nature de la science et du travail scientifique ; et enfin, à propos du vivant, la nature du matérialisme et du spiritualisme, avec leurs différences. Après avoir lu ce chapitre, j'ai réfléchi et me suis documenté pour approfondir son enseignement. Cela m'a permis de rédiger le texte « Matérialisme ou spiritualisme ? - La réalité ultime », qui s'écarte sensiblement du cours de Mme Bretin, sans en diminuer la valeur.

§           La 4ème partie traite de la vie politique, économique et sociale. Aussi bien écrite que les autres, cette partie est pourtant celle qui m'a apporté le moins. La raison en est d'abord personnelle : depuis sept ans j'ai beaucoup lu, réfléchi et publié dans ces domaines ; mon site d'analyse politique http://www.danielmartin.eu contient une centaine de textes sur ces sujets.

Il y a ensuite des réserves sur le contenu enseigné dans son 1er chapitre, qui constitue une critique un peu démoralisante de notre société basée sur l'économie de marché. Cette critique me paraît stérile, par son orientation marxiste d'un autre temps et sa nostalgie de la sagesse antique. Elle me paraît de nature à empêcher l'adaptation des jeunes lecteurs au monde dans lequel ils vont vivre. Au lieu d'apporter à ces lecteurs des connaissances, des outils intellectuels et des conseils pour que chacun se réalise dans un monde d'opportunités, ce chapitre les dresse un peu contre ce monde, exactement comme les articles du journal d'extrême gauche "intello" Le Monde Diplomatique, truffé d'analyses partiales destinées aux altermondialistes utopistes que je dénonce dans le texte "Altermondialisme : une analyse critique".

J'ai été surpris que l'auteur, qui a manifesté un si grand souci d'objectivité par rapport aux divers points de vue philosophiques dans les chapitres précédents, se soit laissé aller à un plaidoyer exclusivement à charge contre le libéralisme, manquant ainsi au devoir de neutralité politique des enseignants. Heureusement, la fin de cette partie explique - très brièvement - que Marx s'est trompé dans ses prévisions et que son espoir d'une société d'hommes altruistes vivant dans une économie communiste sans concurrence ne s'est pas réalisé.

§           La 5ème partie, "La morale et les fins" aborde des sujets qui n'ont jamais été plus d'actualité pour des jeunes, et même pour des adultes qui ont un peu perdu leurs repères et se sentent tristes et désabusés. Le texte explique et réhabilite le bonheur, les droits et les devoirs de chacun, toutes choses dont les parents ne parlent plus assez avec leurs jeunes. C'est un texte positif, dont je pense qu'il peut donner envie de vivre et d'être honnête et juste.

Le cours sur le bonheur m'a cependant laissé sur ma faim, parce qu'à part des préceptes utiles remontant aux philosophes grecs, il donne l'impression que la philosophie ne peut guère apporter de règles de conduite utilisables pour aller vers le bonheur. Je recommande donc aux personnes intéressées par ce sujet de lire l'excellent "Vivre, la psychologie du bonheur", rempli de conseils utiles.

Conclusion

Un excellent cours de philosophie, permettant d'étudier ce sujet tout seul. En quelques centaines d'heures, tout de même !

Un exemple de ce que le cours m'a apporté

Après avoir étudié ce cours, je comprends mieux certains phénomènes sociétaux jusque là mystérieux pour moi. C'est ainsi que j'ai pu répondre à la question « Mais quelle est donc la psychologie des terroristes, qui tuent pour tuer et veulent détruire notre société sans rien proposer de crédible à sa place ? Pourquoi dans nos cités y a-t-il des casseurs qui s'attaquent même à des infirmières et des pompiers ? » Si ma réponse basée sur l'inversion de valeurs de Nietzsche vous intéresse, elle est dans le texte "Pourquoi sont-ils devenus casseurs ou terroristes ?" http://www.danielmartin.eu/Religion/Pourquoi-Terroristes.htm .

Comment Mme Bretin a-t-elle fait pour produire un si bon cours ?

En réfléchissant à l'ouvrage de Mme Bretin, je me suis demandé quelles recettes elle a bien pu utiliser pour créer un cours qu'on peut suivre si facilement sans aide extérieure autre qu'un bon dictionnaire, bien qu'il enseigne des choses souvent très abstraites. A part les qualités de clarté et de structure déjà citées, je n'en vois que deux : la compétence professionnelle et beaucoup, beaucoup de travail.

        Je me suis alors demandé si, de mon côté, je pouvais tirer de ma propre expérience professionnelle quelques recettes de clarté supplémentaires. J'en ai trouvé six, que j'ai publiés dans le texte "Pédagogie : comment faire comprendre ce qui est abstrait", http://www.danielmartin.eu/Enseignement/Pedagogie.htm .

 

 

Bonne lecture !

 

 

Daniel MARTIN

 

Références

[1]   Extrait de la partie 2

 

(Une conclusion du texte lu jusqu'à ce point peut s'énoncer ainsi : non seulement l'homme n'a pas de nature sur le plan individuel, il n'en a pas non plus sur le plan collectif et culturel ; c'est ce qui résulte de l'ethnologie, qui décrit un très grand nombre de cultures très diverses.)

 

Voici un extrait de texte, pages 239 et 240, qui éclaire cette conclusion :

"Ce qui, aux yeux des penseurs du XXe siècle, montre bien que l'homme n'a pas de nature, non seulement sur un plan individuel, mais aussi sur un plan collectif et culturel, c'est le fait, mis en valeur par les ethnologues, de l'infinie diversité culturelle. Nous ne résistons pas au plaisir de vous donner un aperçu de cette diversité telle qu'elle est présentée par Lucien Maison et dont l'ethnologie nous a permis de saisir à quel point elle est, chez les hommes, une systématique toujours surprenante :

« L'homme reçoit du milieu, d'abord, la définition du bon et du mauvais, du confortable et de l'inconfortable. Ainsi le Chinois va-t-il vers les œufs pourris et l'Océanien vers le poisson décomposé. Ainsi, pour dormir, le Pygmée recherche-t-il la meurtrissante fourche de bois et le japonais place-t-il sous sa tête le dur billot. L'homme tient aussi, de son environnement culturel, une manière de voir et de penser le monde. Au japon, où il est poli de juger les hommes plus vieux qu'ils ne paraissent, même en situation de test et de bonne foi, les sujets continuent de commettre des erreurs par excès. On a montré que la perception, celle des couleurs, celle des mouvements, celle des sons - les Balinais se montrent très sensibles aux quarts de ton par exemple-, se trouve orientée et structurée selon les modes d'existence. On peut en dire autant de la mémoire - toujours thématique - et de l'ensemble des fonctions cognitives. L'homme emprunte enfin à l'entourage des attitudes affectives typiques. Chez les Maoris, où l'on pleure à volonté, les larmes ne coulent qu'au retour du voyageur, jamais à son départ. Chez les Eskimos, qui pratiquent l'hospitalité conjugale, la jalousie s'évanouit, comme à Samoa ; en revanche, le meurtre d'un ennemi personnel y est considéré normal, alors que la guerre, - combat de tous contre tous, et surtout contre des inconnus - paraît le comble de l'absurde ; la mort ne semble pas cruelle, les vieillards l'acceptent comme un bienfait et l'on s'en réjouit pour eux. Dans les îles d'Alor le mensonge ludique est tenu pour naturel les fausses promesses à l'égard des enfants sont le divertissement courant des adultes. Un même esprit de taquinerie se rencontre dans l'île de Normanby où la mère, par jeu, retire le sein à l'enfant qui tète. La pitié pour les vieillards varie selon les lieux et les conditions économico-sociales : certains indiens, en Californie, les étouffaient, d'autres les abandonnaient sur les routes. Aux îles Fidji, les indigènes les enterraient vivants. Le respect des parents n'est pas moins soumis aux fluctuations géographiques. Le père garde le droit de vie et de mort en certains lieux du Togo, du Cameroun, du Dahomey ou chez les Négritos des Philippines. En revanche, l'autorité paternelle était nulle ou quasi nulle dans le Kamtchatka précommuniste ou chez les aborigènes du Brésil. Les enfants Tarahumara frappent et injurient facilement leurs ascendants. Chez les Eskimos - encore eux - le mariage se fait par achat. Chez les Urabima d'Australie un homme peut avoir des épouses secondaires qui sont les épouses principales d'autres hommes. À Ceylan règne la polyandrie fraternelle : le frère aîné se marie et les cadets entretiennent des rapports avec la femme. La prohibition de l'inceste est un fait de toutes les sociétés mais aucune ne le définit de la même façon et ne fixe identiquement les exclusives. L'amour et l'attention de la mère pour l'enfant s'effaçaient dans les îles du détroit de Torres et dans les îles Andaman où le fils et la fille étaient offerts volontiers aux hâtes de la famille, comme des cadeaux, ou aux voisins, en signe d'amitié. La sensibilité dite "masculine" ici, peut être, ailleurs, une caractéristique "féminine" comme chez les Tchambuli, par exemple, où la femme, dans la famille, domine et assume le rôle de direction. »"

 

 

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