L'UDF propose une rupture
Mise à jour : 13/07/2005
Ce texte commente l'éditorial de François Bayrou « Proposer une alternative » publié dans le bimensuel de l'UDF "Démocratie info" du 04/07/2005 et sur le site de l'UDF à l'adresse (attention aux "espaces soulignés" après démocratie et une) http://www.udf.org/publications/democratie_info/une_di118.pdf .
Ce texte tire aussi les conséquences de la proposition de rupture de M. Bayrou…
Le diagnostic de François Bayrou dans son éditorial
Constatant que les Français sont démoralisés, François Bayrou attribue leur désespoir à la coupure entre les gouvernements successifs et les citoyens, comme il l'avait déjà fait à plusieurs reprises [1]. N'utilisant pas de sondages pour prouver la sinistrose de nos concitoyens, il cite des exemples édifiants :
"… Lors du moment le plus important du débat sur les ordonnances [le gouvernement Villepin a demandé à l'Assemblée de pouvoir légiférer par ordonnances, sans que chaque loi soit votée par les députés], à l'heure qui aurait dû être celle de la fréquentation la plus nombreuse de l'hémicycle, au moment de l'expression des quatre groupes dans ce débat, mercredi après-midi dernier à seize heures trente, nous étions... sept députés en séance (sur 577), même pas deux pour cent.
C'est un cercle vicieux : le parlement pèse de moins en moins, les députés le désertent, les débats n'ont pas d'écho dans le pays. D'ailleurs, la représentation du peuple dans les Assemblées est aussi déformée. Le parti majoritaire a représenté lors de la dernière élection en date, l'élection européenne de juin 2004, quelque 16 % du corps électoral, il occupe 63 % des sièges à l'Assemblée nationale. Les partis qui appelaient à voter pour le oui au référendum (y compris le nôtre) représentent plus de 90 % des sièges dans la même assemblée. Le « non » a recueilli près de 56 % des voix. Et l'on pourrait multiplier les exemples d'aberrations de cet ordre. Tant que le pays qui siège est aussi différent du pays qui vote, qui souffre, qui s'émeut, la politique officielle apparaîtra comme non convaincante et sans substance."
De cette coupure entre gouvernement et citoyens, François Bayrou déduit avec raison un manque de légitimité du gouvernement, qui entraîne
"…l'absence absolue de réforme de l'Etat, d'où la paralysie générale à laquelle les Français sont condamnés. Mais, en revanche, triomphe de l'apparence, triomphe de la communication, triomphe des pages people, triomphe des annonces, des promesses, toutes destinées à se réaliser à court terme (« cent jours », « avant la fin de l'année », « dans les six mois ») etc."
Conclusions et propositions de François Bayrou
Et François Bayrou conclut :
"Il n'y a pas d'issue pour la France tant que ne seront pas apportés les changements profonds que la situation exige et que le pays attend."
"Voilà pourquoi un projet pour la France ne peut être que global. Voilà pourquoi il sera nécessairement un projet de rupture."
"Cela nous dicte notre ligne de conduite : c'est une alternative qu'il faut proposer aux Français. Il faut désormais, avec la vision de l'architecte, rebâtir la maison."
Propositions de Daniel MARTIN
François Bayrou a absolument raison : il faut une rupture, rebâtir la maison. Mais lorsqu'on proposera aux Français un programme de gouvernement pour ce faire, il faudra les convaincre.
Et pour les convaincre il faudra leur parler en passant par les médias, dont la télévision représente le moyen privilégié, voire exclusif, d'information des deux tiers des citoyens. Un excellent livre, comme ceux que François Bayrou a déjà publiés, ne touche que quelques dizaines de milliers de lecteurs ; un bon article dans un quotidien de référence en touche quelques centaines de milliers ; une émission de deux heures comme "100 minutes pour convaincre" en touche des millions. J'ai déjà abordé ce sujet [2].
C'est parce que la classe politique dans son ensemble n'a pas su expliquer l'Union européenne et son Marché commun qu'une majorité de Français a refusé le Traité constitutionnel. Le rapport Herbillon le prouve sans contestation possible et explique en détail comment on convainc les citoyens, comment on doit faire de la communication politique en France au XXIe siècle.
Je pense donc que pour que la reconstruction que François Bayrou appelle de ses vœux puisse être entreprise avec quelques chances de succès il faut absolument obtenir du temps d'antenne. Et il faut l'obtenir suffisamment longtemps et suffisamment de fois pour que les Français comprennent le message et s'approprient ses conclusions. Lors d'une campagne officielle, les citoyens se méfient des discours des politiciens, à qui ils ne font guère confiance : il faut donc commencer à mettre à jour la culture des Français en matière de politique et d'économie bien avant la prochaine campagne, en faisant intervenir des non-politiciens qui parlent bien. Vous rappelez-vous l'extraordinaire impact qu'avait eu Yves Montand lorsqu'il était venu nous expliquer la politique à la télévision [3] ? Avec près de 10 millions de téléspectateurs en 1984 son succès avait été tel, il avait été si convaincant, que certains journaux titraient le lendemain « Montand président ! ».
Je pense aussi qu'il est impossible d'obtenir des Français les sacrifices qu'exige forcément un virage politique tant qu'ils n'ont rien compris à ce qui est économiquement possible, aux limites du pouvoir d'un Etat en matière de création et de protection d'emplois. Je propose donc que la communication télévisée commence par une information très pédagogique sur l'économie. Bien présentée, une telle information peut être assez factuelle pour être raisonnablement neutre politiquement.
Références
[1] Prises de position de François Bayrou pour constater la coupure entre la classe politique française et les citoyens et proposer de profondes réformes :
§ Article "2002, l'année de la relève", publié dans Le Figaro du 27/11/2001 ;
§ Livre "Relève", publié à l'occasion des élections de 2002 ;
§ Article "Proposer une alternative" dont il est question ici ;
§ Plusieurs discours…
[2] Textes sur le site de l'association Médias et Démocratie :
§ "Régionales 2004 : les Français ont encore voté sans savoir"
§ "Régionales : le gouvernement sanctionné pour non-communication"
[3] Emission "Vive la crise" le 22 février 1984, citant le talent pédagogique de Michel Albert et de Jean Boissonnat http://www.asmp.fr/fiches_academiciens/textacad/albert/epee/cluzel.pdf