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Irak : Les tueurs d’otages parlent
«C’est nous qui les avons décapités»

(Le Nouvel Observateur - Semaine du jeudi 5 août 2004 - n°2074)

 

Ce reportage, signé par l'envoyée spéciale Sara Daniel, est le meilleur que j'aie lu dans Le Nouvel Obs. depuis longtemps.

Il fait froid dans le dos. La journaliste a été reçue par les terroristes islamistes de Fallouja, en Irak. Voici quelques extraits, pour vous inciter à vous procurer le Nouvel Obs. du 5/8/2004 et y lire l'impensable, l'inexprimable.

Chapeau de l'article:

"Depuis la fin du siège de Fallouja, le 29 avril, et le retrait de l’armée américaine, remplacée par la «nouvelle» armée irakienne, cette ville de l’incontrôlable triangle sunnite est devenue le quartier général de la lutte contre l’«envahisseur américain». C’est ici que sont imaginés, organisés, coordonnés enlèvements et attentats. Ici que sont détenus certains des otages. Ici que plusieurs d’entre eux ont été égorgés. C’est aussi à Fallouja et dans ses environs que sont préparées les opérations suicides qui sèment la mort, la terreur et la destruction dans les villes irakiennes. Cet «émirat wahhabite», bastion du djihad irakien, a un maître, Abou Rachid, l’un des responsables du mouvement Unification et Guerre sainte. Cet homme, qui revendique la décapitation de plusieurs otages, a reçu notre envoyée spéciale, Sara Daniel"

Extraits:

"Je suis responsable de la décapitation de l’agent américain Nicolas Berg, du Coréen Kim Sun-il et des Irakiens espions à la solde de l’ennemi américain.»

"Mon interprète et moi sommes à Fallouja, premier territoire «libéré» d’Irak, où les soldats américains n’entrent plus. Ici, une récente fatwa autorise les habitants à tuer les journalistes étrangers sans autre forme de procès."

 

"Des contacts noués depuis le siège de Fallouja en avril m’avaient laissé entrevoir cette rencontre avec Abou Rachid (1), le chef de l’assemblée des moudjahidin locaux… Mais Abou Rachid est beaucoup plus que le premier des moudjahidin d’une ville dont le nom glace le sang des Américains. Devant les chefs de guerre de Fallouja, celui que ses hommes ont surnommé «l’homme d’acier» se présente clairement comme un des émirs de Tawid wal Djihad (Unification et Guerre sainte), le mouvement que les Américains lient à Abou Moussab al-Zarkaoui et à la nébuleuse Al-Qaida…

 

Pendant qu’Abou Rachid explique son «devoir de tuer», on se remémore les cris de bête de Nick Berg, l’otage américain, qui agonise pendant que ses bourreaux s’acharnent laborieusement sur son corps recroquevillé: «Vous savez, quand nous décapitons, nous y prenons plaisir», tient à nous faire savoir en anglais l’un des hommes assis à la droite de l’émir. Un murmure de désapprobation. L’atmosphère est glacée. Abou Rachid lui pose la main sur l’épaule et lui ordonne de se taire. Il préfère évoquer devant nous Safia Bint al-Mutailib, cette héroïne de l’islam qui, lors de la bataille de La Mecque contre les juifs, en 627, avait décapité un des hommes venus l’attaquer."

 

«Nous ne kidnappons pas pour effrayer ceux que nous retenons, corrige-t-il, mais pour exercer des pressions sur les pays qui aident ou s’apprêtent à aider les Américains. A quoi pensent-ils, ceux qui viennent dans un pays occupé? Ils pactisent avec les Etats-Unis au nom de leurs intérêts commerciaux. Mais leurs contrats sont tachés du sang des Irakiens. Devons-nous nous croiser les bras pendant qu’on nous assassine? Ce n’est pas une bonne chose que de décapiter. Mais c’est une méthode qui marche. Au cours des combats, les Américains tremblent. Et regardez la juste réaction des Philippines. Grâce à leur attitude, qui nous a permis de libérer notre otage, nous avons pu montrer au monde que nous aussi nous aimions la paix et la clémence... D’ailleurs, j’ai essayé de négocier l’échange de Nick Berg contre des prisonniers. Ce sont les Américains qui ont refusé. Ce sont eux les vrais responsables de sa mort.»

 

Fallouja, «émirat wahhabite» d’Irak... Entre deux bombardements américains, la ville vit à l’heure islamique. Et de l’islam le plus rigoriste. Car pendant le siège les locaux du Parti islamique, jugé trop prompt à vouloir négocier un cessez-le-feu avec les Américains, ont été bombardés par ces moudjahidin qui tiennent aujourd’hui le haut du pavé à Fallouja. Sur les murs poussiéreux, les «décrets d’Allah qui a autorisé la victoire» sont placardés un peu partout: interdiction de boire de l’alcool, de se maquiller, de se couper les cheveux à l’occidentale, invitation à dénoncer les étrangers... Dans les rues, les rares femmes que l’on croise ont le visage recouvert d’un voile de crêpe noir et les mains gantées. Quelques habitants vivent encore dans des tentes devant leurs maisons détruites. D’autres, qui ont reçu des compensations des Américains, reconstruisent les leur. La vie reprend, mais sous haute surveillance. Les moudjahidin sont omniprésents. Et obéis. Même par les «soldats» du nouveau pouvoir irakien, qui devaient en principe, sous le commandement du général Mohamed Latif, assurer avec la police et la garde nationale la sécurité de la ville la plus dangereuse d’Irak.

 

Remarque sur la crédibilité de ce texte:

J'aurais trouvé ce texte impossible à croire, écrit par une journaliste manipulée, si je n'avais pas lu le très officiel et collégial rapport du Sénat des Etats-Unis sur le 11 septembre, téléchargé de  http://www.9-11commission.gov/report/911Report.pdf . Ce rapport présente et explique l'idéologie des terroristes islamistes, les raisons et la nature de la guerre qu'ils font à l'Occident. Il est résumé ici.

 

 

Daniel MARTIN

 

 

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