Commentaires sur la chronique de M. Bernard Guetta, publiée page 65 dans L'Express du 09/02/2004 sous le titre :

"Ecrit, titré, avéré"

 

Sous-titre en milieu d'article :

"Bush et Blair ont choisi d'ignorer les rapports de l'ONU disant que, si Saddam avait eu des armes de destruction massive, il n'en avait plus."

 

M. Guetta écrit (extrait) :

"…entre des présomptions sujettes à caution [des services secrets] et le travail que les inspecteurs de l'ONU faisaient sur place, site après site, George Bush et Tony Blair ont choisi. Ils ont ignoré les conclusions des inspecteurs, leurs rapports d'étape et leur conviction croissante que, si Saddam avait eu des armes de destruction massive, il n'en avait plus. Ils ont dénigré ce qu'il y avait de plus sûr, enjolivé ce qu'ils voulaient croire et, munis des preuves qu'ils avaient ainsi bâties, ils ont fait ce qu'ils avaient décidé de faire : la guerre."

 

Nous avons là un exemple de mauvais journalisme qui désinforme ses lecteurs. Voici pourquoi :

§           La phrase "Ils ont ignoré les conclusions des inspecteurs, leurs rapports d'étape et leur conviction croissante que, si Saddam avait eu des armes de destruction massive, il n'en avait plus" est tout simplement une contrevérité.

Tous les rapports des inspecteurs citaient, au contraire, des listes impressionnantes d'armes de destruction massive dont les Nations unies connaissaient l'existence et dont les Irakiens devaient justifier la disparition.

Exemples :

·            Le rapport du responsable des inspections de l'ONU, M. Hans Blix du 06/03/2003 http ://www.un.org/Depts/unmovic/documents/6mar.pdf ;

·            A la veille de la guerre, le 17 mars 2003, le rapport du même M. Blix http ://www.un.org/Depts/unmovic/documents/draftWP.pdf, citait encore une suite importante d'armes de destruction massive, dont l'existence était prouvée en 1998, lors du renvoi des inspecteurs UNSCOM, et dont l'Irak devait justifier la destruction :

«Following is a list of the issues which UNMOVIC has identified as key disarmament tasks to be completed by Iraq. They are set out in detail in Annex 1. Annex 2 contains the background information relating to each task identified, under a heading relating to that task.

- Scud missiles and associated biological and chemical warheads;

- SA-2 missile technology;

- Research and development on missiles capable of proscribed ranges;

- Munitions for Chemical and Biological agent fill (CBW);

- Spray devices and remotely piloted vehicles/unmanned aerial vehicles (RPVs/UAVs);

- VX and its precursors;

- Mustard gas and its precursors;

- Sarin, Cyclosarin and their precursors;

- Anthrax and its drying;

- Botulinum toxin;

- Undeclared agents, including smallpox; and

- Any proscribed activities post 1998.»

Cette conclusion est confirmée par l'interview du 01/02/2004 sur CNN du docteur David Kay, qui a été pendant 12 ans responsable des inspections en Irak pour les Etats-Unis et a démissionné en janvier 2004. Celui-ci a affirmé que :

·            Jusqu'au début de la guerre en mars 2003 tout le monde (c'est-à-dire les experts des Nations unies, des Etats-Unis, du Royaume-Uni, de la France, de l'Allemagne, de la Russie et lui-même) était persuadé que l'Irak avait des armes de destruction massive et les cachait.

·            La pagaïe et la corruption qui régnaient en Irak rendaient faciles l'obtention de telles armes par des terroristes.

·            La perception du danger par les gouvernements Bush et Blair était donc raisonnable; il n'y avait pas besoin et il n'y a pas eu de pression sur les services secrets pour qu'ils exagèrent la menace, il y a eu mauvaise interprétation par les experts de la qualité des renseignements disponibles.

·            Jusqu'à la veille du conflit il y a eu production de missiles prohibés et recherches sur du poison à base de ricine.

En affirmant que MM. Blair et Bush ont ignoré les rapports d'étape des inspecteurs, M. Guetta contredit un fait, donc désinforme ses lecteurs.

§           M. Guetta écrit ensuite :

"Ils ont dénigré ce qu'il y avait de plus sûr, enjolivé ce qu'ils voulaient croire…"

Pour M. Blair, cette accusation grave de mentir à son peuple en déformant la vérité a déjà été proférée par un journaliste de la BBC. Elle a fait l'objet d'un examen par un des juges les plus respectés du Royaume-Uni, Lord Hutton, dont voici les conclusions, extraites de l'article Report on Iraq Case Clears Blair and Faults BBC, publié dans The New York Times le 29/01/2004 :

"The judge, Lord Hutton, then castigated the BBC for sloppy, inaccurate reporting and «defective» editorial supervision in asserting that Mr. Blair and his aides exaggerated the case for war in Iraq.

In the long-awaited 740-page report, Lord Hutton called «unfounded» the assertion — reported by the BBC on May 29 — that government officials had used intelligence they «probably knew» was wrong.

After Lord Hutton read his conclusions from the bench in the Royal Courts of Justice, the chairman of the BBC's board of governors, Gavyn Davies, resigned in the face of one of the worst journalistic debacles in the 78-year history of the network."

Là aussi, donc, M. Guetta désinforme ses lecteurs par une affirmation dont la fausseté a été prouvée en justice. Sachant que les raisons données aux Américains par M. Bush sont les mêmes, l'affirmation de M. Guetta ne tient pas davantage pour lui.

§           M. Guetta écrit ensuite :

"… quand le chef des inspecteurs américains démissionne en expliquant qu'il n'y a rien à chercher puisqu'il n'y a rien à trouver…"

C'est là une nouvelle déformation de la vérité. M. Kay a démissionné non parce qu'on l'obligeait à chercher des armes qui n'existaient pas, mais parce qu'on lui retirait une partie des inspecteurs alors qu'il voulait continuer à chercher. La preuve qu'il voulait continuer est dans la phrase suivante, extraite de l'article du New York Times du 26/01/2004 Ex-Inspector Says C.I.A. Missed Disarray in Iraqi Arms Program :

"While he [Dr. Kay] urged that the hunt should continue in Iraq, he said he believed "85 percent of the significant things" have already been uncovered.."

Conclusion

M. Bernard Guetta a donc écrit là une chronique où son opinion antiaméricaine prend le pas sur la vérité et l'objectivité qu'il doit à ses lecteurs. C'est du mauvais journalisme, d'où ce texte qui le dénonce et rétablit la vérité.

 

 

Daniel MARTIN

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