L'enseignement victime de l'idéologie
Mise à jour : 16/12/2006
Destiné aux parents, ce texte analyse en détail, nombreux exemples à l'appui, l'impact désastreux sur la formation des jeunes de l'idéologie de gauche qui prévaut dans l'Education nationale française.
Table des matières
1. Quelques faits sur notre Education nationale
1.1.1 La baisse du niveau : des diplômes au rabais
1.2 L'Education nationale a-t-elle les moyens d'être efficace ?
1.3 Comparaison internationale
1.3.1 Comparaison pour l'enseignement secondaire
1.3.2 Comparaison du nombre de diplômés de l'enseignement supérieur
1.3.3 Qu'est-ce qui rend l'enseignement finlandais tellement efficace ?
1.3.4 La Finlande profite de la supériorité de son enseignement
1.3.5 Tous les pays ne réussissent pas aussi bien que la Finlande
1.4 Enseignements public, privé sous contrat et libre
1.5.1 Comparaison internationale
1.5.1.1 Pourcentage de diplômés de l'enseignement supérieur
1.5.1.2 Qualité de l'enseignement universitaire
1.5.2 L'enseignement pour les meilleurs et l'enseignement pour les autres
1.5.3 Des filières sans débouché
1.5.4 L'emploi au sortir de l'enseignement supérieur
2. Comment en est-on arrivé là ?
2.1 L'évolution de notre société
2.2 L'évolution de l'Education nationale depuis 1968
2.2.1 L'égalitarisme d'extrême gauche en France
2.2.2 Les ravages de l'égalitarisme
2.2.2.1 Cogestion et contestation permanente
2.2.2.2 La réforme Haby : le collège unique
2.2.2.4 Faiblesse gouvernementale et obstruction syndicale
2.2.3 La propagande contestataire et antilibérale enseignée aux élèves
2.2.4 Il y a des professeurs de gauche non pédagogistes mais sectaires
2.2.5 Rapport Obin : l'islamisation extrémiste dans l'Education nationale
2.3 Conséquences de l'idéologie gauchisante
2.3.1 La fin du respect et de l'autorité du maître
2.3.2 La perte de valeur de la culture
2.3.3 La culture ne sera plus enseignée
2.3.3.1 Plus de littérature, ou presque plus
2.3.3.2 L'histoire réduite à des parcelles disjointes
2.3.4 La fin du respect du savoir et de l'intelligence
2.3.5 Le sabotage de l'enseignement des mathématiques
2.3.6 Le travail et l'effort remplacés par des jeux
2.3.7 Plus de mauvaises notes, de grammaire, d'orthographe, de soin…
2.3.8 L'expression de soi est encouragée.
2.3.9 Beaucoup de droits et peu de devoirs
2.3.10 Perte du respect de la société et de ses lois, violence
2.3.11 Des réactions velléitaires de l'Education nationale
2.3.12 Les résultats catastrophiques de cet enseignement
2.4 Défense de l'école et politique
Voici l'organisation du service public de l'Education nationale, qui a 15 millions d'élèves et étudiants :

Système scolaire français
Il y a aussi, dans une école maternelle sur quatre, une section pour tout petits qui accueille les enfants à partir de 2 ans ou 2½ ans. Les enfants scolarisés si jeunes ont par la suite moins de mal à s'intégrer dans un groupe.
Selon les enseignants qui s'expriment dans [1], l'enseignement donné en classes de CP, CE et CM [9], apprend mal à « lire, écrire et compter » à une forte proportion des jeunes Français :
"Selon les années, c’est en effet de 20 à 35 % d’élèves arrivant en classe de Sixième qui savent à peine lire et qui savent encore moins écrire."
Ces chiffres sont confirmés et précisés par le rapport officiel [3] :
"Selon les années, ce sont entre 21 et 42 % des élèves qui, au début du cycle 3 (entrée en CE2) paraissent ne pas maîtriser le niveau minimal des compétences dites de base en lecture ou en calcul, ou dans les deux domaines. Ils sont entre 21 et 35 % à l’entrée au collège [c'est-à-dire à l'entrée en classe de sixième]."
Et le rapport [3] en tire les conséquences :
"… les élèves concernés par cette situation ont très peu de chances, quoi qu'il soit fait au collège, d'atteindre le second cycle long des lycées." [qui conduit au baccalauréat].
Voir aussi les statistiques de [6].
Le ministre de l'Education nationale Luc Ferry résume la situation dans [4], en affirmant que chaque année 158 000 jeunes (sur 745 000 d'après [5] page 63, c'est-à-dire 21 %) sortent du système éducatif sans diplôme (ni brevet, ni CAP, ni BEP ni baccalauréat), et 60 000 n'ont aucune qualification (arrêt avant la classe de seconde ou l'année terminale de CAP-BEP).
Non seulement l'Education nationale produit 21 % de jeunes sans diplôme, mais elle produit beaucoup d'illettrés. D'après [6], il y avait en 2002 en France 2.3 millions d'illettrés. D'après [7], 9 % des personnes ayant été scolarisées en France peuvent être considérées comme en situation d’illettrisme : comment pourraient-elles apprendre un métier pour trouver du travail ? Quel travail peut-on leur confier sachant qu'elles sont en concurrence avec des immigrés aussi illettrés qu'elles mais prêts à travailler pour des salaires très bas - et certains même au noir ? Il est intéressant de rapprocher cette proportion de 9 % de celle des chômeurs, 9.5 % fin 2005.
Le graphique ci-dessous montre qu'il y a une relation directe et significative entre niveau d'éducation et taux de chômage des jeunes. Près de la moitié des jeunes sans diplôme ne trouve pas d'emploi, c'est-à-dire environ 70 000 par an. Ce chiffre est à rapprocher des 60 000 ci-dessus qui n'ont aucune qualification.

Taux de chômage selon le diplôme de 1 à 4 ans après la fin des études selon [54]
Selon [8] il y a un fort lien entre avoir un travail et compétences en lecture :
§ 42.3 % seulement des femmes qui ont de graves difficultés à lire et comprendre un texte ont un travail, contre 56 % lorsqu'elles n'ont que des difficultés partielles ;
§ 69.5 % seulement des hommes qui ont de graves difficultés à lire et comprendre un texte ont un travail, contre 87 % lorsqu'ils n'ont que des difficultés partielles.
De nombreuses comparaisons entre les connaissances et aptitudes scolaires des élèves d'aujourd'hui et celles d'élèves d'il y a quelques décennies révèlent une baisse de niveau considérable en vocabulaire, orthographe et grammaire [34] [35] [36].
Selon [4] page 27 :
"Les élèves d’aujourd’hui ont commis, en moyenne, sur les dictées proposées, environ deux fois et demie plus de fautes que ceux des années 1920…"
Selon [19] page 31 :
"…tests d'évaluation de CE2 et de 6ème entre 1992 et 1998 : en 1998 on s'aperçoit que 2 fois plus d'élèves ne maîtrisent pas les compétences de base en lecture. […] En mathématiques, c'est pire : 38 % qui ne maîtrisent pas les compétences de base en techniques opératoires [en 1998] contre 17.5 % en 1992."
Et à une dictée donnée au brevet des collèges de 1988 à 1700 élèves de seconde de l'an 2000, la moyenne des élèves a été de 5,5 / 20, un tiers ayant zéro.
Voir aussi la baisse de niveau introduite en 2005 [70].
Selon [19] page 30 :
"…on fait passer [en 1996] à 6000 élèves le certificat d'études des années 1920 ; il apparaît que les élèves d'aujourd'hui font 2½ fois plus de fautes et qu'ils maîtrisent beaucoup moins la grammaire qu'il y a 75 ans" [34] [35].
Selon [20] page 23 :
"Un employé de banque, recruté il y a quinze ans au niveau Bac, l'est aujourd'hui au niveau licence. Non que la banque ait besoin de compétences nouvelles, mais parce qu'une licence d'aujourd'hui vaut exactement un Bac d'il y a quinze ans."
Non seulement de nos jours le niveau scolaire est une condition importante pour trouver un travail comme pour apprendre un métier, mais plus le temps passe plus il faudra avoir fait des études pour avoir un emploi. C'est ce que montre le graphique ci-dessous, établi pour l'économie américaine [2] : en un demi-siècle la proportion d'emplois offerts aux personnes sans diplôme est passée de près de 70 % à 10 % aux Etats-Unis, alors que la proportion d'emplois offerts à chacune des trois autres catégories a augmenté pour atteindre environ 30 % de nos jours.

Pour dissiper tout doute concernant les moyens en personnel de l'Education nationale, on peut commencer par les statistiques citées dans [3] :
"Alors que l'école primaire a vu ses effectifs régulièrement décroître pendant plus de trente ans, elle a été dotée de moyens supplémentaires et a connu une réelle amélioration de ses conditions de fonctionnement. De 1960-1961 à 1996-1997, le nombre d'emplois du premier degré public est passé de 226 400 à 310 800. Dans le même temps, le nombre des élèves de l'enseignement public a diminué de manière sensible, de 7,1 millions en 1960-1961 à 5,5 millions à la rentrée 1997."
"…le nombre moyen d'élèves par classe : de 1960-1961 à 1994-1995, il est passé de 42,9 à 27,1 en école maternelle et de 29,8 à 22,6 dans les écoles élémentaires."
On peut ensuite consulter dans [50] l'autorisation d'effectif 2006 du Ministère de l'Education nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche : 1 250 605 personnes en équivalent temps plein, chiffre quasiment identique à celui de l'année précédente.
Selon [54] page 100, la France a dépensé en 2004 116.3 milliards d'euros pour l'éducation (7.1 % du PIB), ce qui fait 1870 € par habitant. On peut également étudier l'évolution des dépenses par élève selon [51], qui donne aussi un graphique de comparaison internationale et une évolution en pourcentage du PIB :

Evolution de la dépense moyenne par élève aux prix 2004 en euros
On voit qu'un élève coûte à peu près autant dans l'enseignement supérieur que dans l'enseignement secondaire, ce qui est anormal : à l'évidence, l'enseignement supérieur a été sacrifié, ce qui est d'autant plus grave qu'il doit faire rattraper à ses étudiants les lacunes accumulées dans les cycles précédents.
L'effort insuffisant de la France pour son enseignement supérieur par rapport à la Finlande (pays qui a le meilleur enseignement du monde) se voit clairement dans [52].
En tout cas, les moyens de l'Education nationale ont fortement augmenté pour le primaire et le secondaire depuis un quart de siècle, comme le confirme son Ministre dans [4] page 36 :
"Entre 1975 et 2001, la dépense en francs constants a augmenté de 94 % pour un élève du premier degré, et de 74 % pour un élève du second degré."
Ces conclusions sont confirmées par les rapports 2006 de l'Education nationale [79]. Entre 1990 et 2004, le coût moyen inflation déduite a progressé :
§ de 33% pour un collégien ;
§ de 50% pour un lycéen.
Ces énormes dépenses supplémentaires n'ont pas apporté d'amélioration du niveau de connaissances observé chez les élèves. Elles traduisent seulement la faiblesse des gouvernements successifs, qui ont cédé devant les exigences des professeurs d'avoir moins d'élèves par classe et des parents de disposer de plus d'options enseignées. Les rapports recommandent donc des réductions de coûts pour arrêter le gaspillage de fonds publics.
Les statistiques précédentes donnent une image uniformément négative des résultats de l'Education nationale. Pour relativiser, on peut comparer les compétences des élèves français de 15 ans avec ceux d'autres pays avancés en utilisant les enquêtes [43].

Classement PISA 2000 selon les 3 domaines
On voit que :
§ Les résultats français sont dans la moyenne des pays pour la compréhension de l'écrit et la culture scientifique et au-dessus de la moyenne en culture mathématique ;
§ La Finlande et le Japon sont toujours en tête, le Canada toujours bien placé.

Classement PISA 2000 pour l'aptitude à utiliser l'écrit

Classement PISA 2003 : pourcentage d'élèves à chaque niveau de compréhension de l'écrit
Entre 2000 et 2003 il n'y a guère eu de modifications dans le classement. Le graphique ci-dessus montre que la France a deux fois plus d'élèves en dessous de la moyenne que la Finlande.
Conclusions
La comparaison internationale montre que les compétences des élèves français de 15 ans (âge charnière entre le collège et le lycée) :
§ sont dans la moyenne des 40 pays considérés ;
§ sont très inférieures à celles des Finlandais, surtout du fait du nombre d'élèves de bas niveau. Cette constatation confirme la statistique ci-dessus, selon laquelle 21 % des élèves quittent notre système éducatif sans diplôme et 9 % en situation d'illettrisme. En Finlande, au contraire, ces deux pourcentages sont insignifiants.
Le tableau ci-dessous montre qu'en France la proportion de diplômés de l'enseignement supérieur pour une classe d'âge donnée est très inférieure à celle de quelques autres pays de l'OCDE. La France est donc mal placée dans la compétition internationale pour l'innovation et la modernisation de son économie.
|
|
Proportion
de diplômés de |
|
France |
38 % |
|
Hongrie |
70 % |
|
Pologne |
70 % |
|
Finlande |
73 % |
|
Nouvelle Zélande |
80 % |
|
Suède |
80 % |
Proportion de diplômés de l'enseignement supérieur pour une classe d'âge
Avec une population supérieure à 1 milliard d'habitants, la Chine et l'Inde disposent déjà de centaines de milliers d'ingénieurs et d'universitaires, comme le montre le graphique ci-dessous, issu de [76] :

Formation d'ingénieurs ou équivalents
chaque année
(sources UNESCO, National Science Foundation, Ministère de
l'Education nationale)
La réponse est donnée dans l'enquête PISA [43] et résumée dans l'article [44]. En Finlande :
§ Chaque élève est pris en charge individuellement jusqu'au baccalauréat.
En cas de difficulté dans une matière, les élèves sont aidés gratuitement par un professeur en dehors des cours - un soutien dont bénéficie près de 1 élève sur 6 chaque semaine.
§ L'élève progressant à son rythme, il n'est pas noté, il n'y a pas de classement. (En France le redoublement n'est possible que lorsque c'est trop tard, comme le déplore [24] :
"On ne peut plus faire redoubler un enfant qu'en CE1 et en CM2. Mais on fait faire des tests d'évaluation en CE2 et en 6ème. On fait donc le diagnostic une fois que l'on ne pourra plus rien faire.")
§ Il n'y a pas de programme obligatoire, chaque école étant seule responsable de son enseignement, du recrutement de ses professeurs et de leur rémunération.
§ Il y a des objectifs de compétence imposés, sanctionnés par des examens. Les professeurs doivent atteindre l'objectif pour chaque élève, à eux de s'organiser pour cela ; et leur paie (négociable !) en dépend. En somme, en Finlande l'échec n'est pas admis.
La quasi-totalité des professeurs réussissent à amener la quasi-totalité de leurs élèves au niveau imposé, ce qui contredit l'affirmation du tenant du pédagogisme qu'est M. Philippe Meirieu (directeur d'IUFM et apôtre du pédagogisme), qui écrivait dans [49] :
"l'éducation ne peut être soumise à l'obligation de résultat"
§ L'enseignement finlandais est public pour 99 % des élèves. Il est gratuit, manuels, cantine et transports inclus.
§ L'éducation d'un élève jusqu'au baccalauréat coûte 10 000 € en Finlande contre 12 000 € en France. A l'évidence, le système finlandais est plus efficace et moins cher que le nôtre.
La Finlande a aussi un autre gros avantage sur la France : il n'y a pas, comme dans beaucoup de classes françaises, une forte proportion d'élèves issus de l'immigration d'Afrique du Nord ou d'Afrique subsaharienne. Ces élèves souffrent fréquemment de multiples handicaps : langue maternelle autre que le français, parents incapables d'aider leurs enfants à apprendre et peu motivés par la connaissance, etc.
La Finlande tire parti de la supériorité de son enseignement. Dans le domaine de l'innovation, si important pour la croissance économique, la Finlande est depuis longtemps au 2ème rang mondial, devant les Etats-Unis et le Japon, et très loin devant la France.
La croissance économique de la Finlande est très supérieure à celle de la France : selon [45] page 43, sur la décennie allant de 1994 à 2003 le taux annuel moyen de croissance a été de 3.2 % en Finlande contre 1.7 % en France. Et comme on pourrait s'en douter, d'après [46], mi-2005 :
§ Le taux de chômage en Finlande (7.9 %) était inférieur au taux français (10 %) ;
§ Le PIB par habitant à parité de pouvoir d'achat était de $30 300 en Finlande contre $29 900 en France.
Enfin, d'après le Forum Economique Mondial [47], l'économie de la Finlande était la plus compétitive du monde, en 2005 comme en 2004, c'est-à-dire celle qui avait les plus fortes chances de croître de manière stable dans les années à venir, devant les Etats-Unis et la Suède, la France étant 30ème .
Source : The New York Times du 12 février 2006 "Tutor Program Offered by Law Is Going Unused" http://www.nytimes.com/2006/02/12/education/12tutor.html?_r=1&th=&oref=slogin&emc=th&pagewanted=print
Les Etats-Unis, dont les résultats scolaires peu glorieux sont comparables à ceux de la France, voire même pires, ont mis en place la loi "No Child Left Behind". Cette loi prévoit que chaque enfant qui en a besoin peut recevoir des cours particuliers subventionnés par l'Etat fédéral jusqu'à un plafond généreux de $1800 par an. Mais l'application de la loi laisse tellement à désirer que peu d'enfants en profitent et beaucoup abandonnent en route.
Le système de soutien individualisé, utilisé en Finlande pour 1/6 des enfants, n'arrive donc pas à démarrer aux Etats-Unis. Il n'est donc pas évident qu'il marche en France, mais cela ne nous dispense pas d'essayer.
Il y a en France un enseignement public, avec 860 198 enseignants qui forment 83 % des élèves et étudiants, et un enseignement privé qui forme le reste, 17 %, avec 144 940 enseignants [42]. L'immense majorité des établissements privés est sous contrat, ce qui signifie que :
§ l'enseignement dispensé doit suivre les programmes officiels de l'enseignement public ; il peut ou non y avoir, en plus, un enseignement confessionnel ;
§ les études y sont subventionnées par des fonds publics, au nom du principe que les impôts payés par tous les citoyens donnent droit à des études quel que soit le système d'enseignement choisi ;
§ les postes d'enseignants des établissements privés sont accordés par l'Etat.
Mais il faut savoir que l'enseignement privé français ne peut se développer librement : le nombre de postes qui lui sont accordés par l'Etat évolue strictement comme celui de l'enseignement public. Les fonctionnaires s'arrangent ainsi pour que la proportion d'élèves de l'enseignement privé demeure constante, proche de 17 %. C'est ainsi qu'en 2005 le nombre total d'élèves diminuant en France, le nombre de postes de l'enseignement public a diminué de 5500 et celui des postes de l'enseignement privé a diminué dans les mêmes proportions. L'enseignement privé refuse donc des élèves depuis des années ; beaucoup de parents qui voudraient donner à leurs enfants un enseignement catholique ou simplement un enseignement de meilleure qualité ne peuvent le faire. C'est ainsi que l'Etat protège la « part de marché » de ses fonctionnaires de l'Education nationale, qui serait beaucoup plus faible si la concurrence avec l'enseignement privé était libre.
Il existe aussi un petit nombre d'établissements d'enseignement privé sans contrat, regroupés sous le qualificatif d'« enseignement libre ». Ils se passent de subventions et pratiquent donc des prix beaucoup plus élevés. Ils ont la liberté du choix des professeurs et des programmes.
Pour plus d'exemples de différences entre l'enseignement privé et l'enseignement public voir [68].
Dans la suite du texte il ne sera question que de l'Education nationale.
Selon [74], sur un total de 2 268 400 étudiants inscrits dans l'enseignement supérieur, il y avait en 2005 1 432 200 étudiants inscrits dans les universités françaises, 63 % en licence, 32.3 % en mastère et 4.7 % en doctorat.
Selon [54] page 93, près de 9 bacheliers sur 10 continuent leurs études, et près de 94 % de ceux-ci poursuivent à l'issue de la 1ère année, dont 14 % qui changent de filière.
Selon le texte du Sénat [53] :
"L'échec à l'université concerne essentiellement le premier cycle, principalement la première année, au cours de laquelle abandons et redoublements sont nombreux, illustrant une défaillance manifeste de la politique d'orientation des étudiants : seulement 46,2 % des étudiants passent en deuxième année.
L'échec concerne d'abord les bacheliers professionnels, mal préparés par leurs études antérieures à s'engager dans une formation universitaire générale de premier cycle, et, dans une moindre mesure, les bacheliers technologiques, notamment lorsqu'ils sont issus des séries tertiaires.
En 2002-2003, […] 46,2 % des étudiants entrés en 2001-2002 en première année de premier cycle universitaire (IUT et formations universitaires d'ingénieurs inclus) sont passés en deuxième année ; 29 % ont redoublé leur première année et 24,8 % sont sortis du système universitaire : sortie définitive, temporaire ou orientation vers des filières supérieures non universitaires (STS, formations paramédicales et sociales...).
Le taux de passage dans la même filière le plus élevé se situe en formation d'ingénieur (76,3 %) et en IUT (71,9 %), le taux le plus faible en médecine et en pharmacie (en raison du numerus clausus réglementant le passage en deuxième année)."
"Un quart des entrants quitte l'université après un an."
(Donc sans diplôme, c'est-à-dire après avoir perdu leur temps : il y a là un problème évident d'orientation et de sélection au départ, ainsi qu'une conséquence du niveau trop faible du baccalauréat). Ce niveau trop faible est attesté par la citation suivante, qui est un euphémisme :
"… il apparaît que nombre d'étudiants s'engageant dans les études universitaires manquent de repères solides en matière de culture générale…"
Le taux de réussite en 2ème année est de 76.3 %: une fois passée la 1ère année, qui élimine les 100 - 46.2 = 53.8 % des étudiants trop faibles ou mal orientés, la plupart des autres peuvent poursuivre leurs études normalement.
Le graphique ci-dessous compare le pourcentage de personnes des classes d'âge 25-34 ans et 45-54 ans qui avaient un diplôme de l'enseignement supérieur en 2002 dans les divers pays de l'OCDE (http://www.oecd.org/dataoecd/1/11/35287987.xls ).
On voit que la France a environ 2 fois moins de diplômés de l'enseignement supérieur de 45 à 54 ans que la Finlande : voilà bien longtemps que nombre de Finlandais accèdent à l'enseignement supérieur, alors que chez nous c'est bien plus récent.
On voit aussi que de nos jours, 42 % des Finlandais de 25 à 34 ans accèdent à l'enseignement supérieur, contre seulement 37 % des Français.
Noter la performance du Canada, du Japon et de la Corée. La France est donc mal placée dans la compétition internationale pour ce qui est de la compétence, clé de l'innovation, donc des brevets et des prises de parts de nouveaux marchés (voir "La France obligée d'innover sans cesse")

Pourcentage de personnes ayant un diplôme
de l'enseignement supérieur en 2002
dans les classes d'âge 25-34 ans et 45-54 ans
Exemple : France : 37 % des 25-34 ans et 17 % des 45-54 ans
De plus en plus, les étudiants qui seront demain les managers des grandes entreprises et les leaders politiques cherchent à fréquenter les meilleures universités du monde ; pour ce faire, ils n'hésitent pas à s'expatrier.
Pour les aider à choisir, il existe des classements mondiaux des établissements d'enseignement supérieur, qui notent ceux-ci en fonction du nombre de prix Nobel et médailles Fields, du nombre de citations des publications de leurs chercheurs et de la qualité de l'enseignement et des laboratoires.
La France est systématiquement mal classée dans ces palmarès. C'est ainsi que selon [77], dans le classement des 500 meilleures universités du monde de l'université Jiatong de Shanghai, la France ne compte aucune université dans les 20 premières et 4 seulement dans les 100 premières, dont l'Ecole Normale Supérieure (celle dont le concours d'entrée est le plus difficile !) à la 99ème place.
Ces classements ne tiennent aucun compte de notre système élitiste des Grandes Ecoles : même si les concours d'entrée de ces écoles sélectionnent les meilleurs candidats, ils ne permettent pas de préjuger de la qualité de l'enseignement, ni du rayonnement scientifique du corps enseignant et des chercheurs.
La vérité est que notre enseignement supérieur souffre de la petitesse de nos universités et Grandes Ecoles à côté de leurs concurrentes comme Harvard aux Etats-Unis ou Cambridge au Royaume-Uni. Cette petitesse, aggravée par le manque de notoriété internationale, entraîne la difficulté d'y disposer des meilleurs professeurs et de laboratoires suffisamment modernes et bien équipés.
Notre enseignement supérieur souffre du manque de moyens financiers, dû à la gratuité des études et aux trop rares mécénats industriels. Les entreprises ne font guère confiance aux universitaires, parce que ceux-ci sont trop souvent des anticapitalistes qui ne veulent pas travailler avec eux et se soumettre aux contraintes de recherches orientées vers un but concret et soumises à des délais.
Les Français n'ont jamais accepté que les études universitaires soient payantes, par pure idéologie égalitariste. Gratuites, les études sont trop souvent peu prises au sérieux par les étudiants, alors qu'on pourrait les faire payer comme au Royaume-Uni (environ £3000 par an), quitte à donner des bourses aux étudiants nécessiteux. Et il faudrait ensuite obliger tous les étudiants à rembourser leurs études, pour une simple raison d'équité : comme les diplômés de l'enseignement supérieur gagnent ensuite plus que les autres contribuables, il est injuste qu'ils aient étudié aux frais de gens plus modestes qu'eux.
Il n'y a pas de sélection à l'entrée de l'université, mais les 10 % meilleurs bacheliers vont dans les classes de préparation aux Grandes Ecoles ; les 45 % suivants se répartissent entre les IUT (15 %) et les STS (qui forment des techniciens supérieurs, 30 %) ; et le reste (45 %), en général les moins doués, va à l'université.
Le tableau ci-dessous montre ce que deviennent les étudiants qui entrent en 1ère année d'université.
|
Filières |
Taux de passage (%) |
Taux de redoublement (%) |
Taux de sortie |
Nouveaux inscrits |
|
|||||
|
Même filière |
Autre filière |
Sous-total |
Même filière |
Autre filière |
Sous-total |
Ensemble |
Effectifs |
|
||
|
Droit - Sciences politiques |
36,9 |
0,8 |
37,7 |
27,2 |
9 |
36,2 |
26,1 |
100 |
30 978 |
|
|
Sciences Économiques - Gestion |
43,6 |
1,2 |
44,8 |
18,2 |
9,7 |
27,9 |
27,3 |
100 |
14 659 |
|
|
AES (travail et études sociales) |
30,3 |
1,6 |
31,9 |
20,3 |
11,2 |
31,5 |
36,6 |
100 |
14 566 |
|
|
Lettres - Sc. du langage - Arts |
44,6 |
2,6 |
47,2 |
13,9 |
6,4 |
20,3 |
32,5 |
100 |
22 845 |
|
|
Langues |
38,1 |
2,2 |
40,3 |
19 |
8,3 |
27,3 |
32,4 |
100 |
30 470 |
|
|
Sciences humaines et sociales |
42,2 |
1,3 |
43,5 |
19,5 |
7 |
26,5 |
30 |
100 |
42 090 |
|
|
Sciences et structure de la matière |
44,9 |
2,4 |
47,3 |
18,8 |
10,8 |
29,6 |
23,1 |
100 |
27 539 |
|
|
Sciences & technologie / |
43 |
5,8 |
48,8 |
13 |
11,5 |
24,5 |
26,7 |
100 |
||