Privatisation d'EDF : discussion approfondie

Mise à jour: 24/02/2005

 

Ce texte rappelle les faits et les déclarations importants sur la privatisation d'EDF et rétablit certaines vérités.

Il analyse ensuite les problèmes et indique des conditions de succès de l'ouverture de capital proposée.

 

Table des matières

 

1.    Les faits sur EDF. 2

1.1  Le service actuel est de bonne qualité. 2

1.2  Conséquences de la production d'origine 86% nucléaire. 2

1.2.1      Le prix de l'électricité. 2

1.2.2      Productivité, gaspillages et sureffectifs. 5

1.2.3      L'émission insignifiante de CO2. 7

1.2.4      Indépendance énergétique de la France. 7

1.3  L'ouverture à la concurrence du 1er juillet 2004. 8

1.4  Conséquences de la hausse de la consommation d'électricité. 8

1.5  Les prix de l'électricité devront monter en France. 9

1.6  Les privilèges inouïs du statut des agents. 10

1.7  Situation financière et comptable. 10

1.7.1      Conséquences de l'ouverture en cours des marchés européens. 12

2.    Arguments du gouvernement pour justifier son ouverture du capital d'EDF. 13

2.1  Importance du parc nucléaire pour l'indépendance énergétique du pays. 13

2.2  Durée des investissements dans le nucléaire. 13

2.3  Arguments destinés à apaiser les syndicats. 13

2.3.1      Les 500 millions de recapitalisation.. 14

3.    Arguments de la CGT contre l'ouverture du capital 14

3.1  Quelques détails sur la CGT.. 17

3.2  Les coupures de courant du 7 juin 2004. 19

3.3  Le 8 juin et ensuite. 19

4.    Conclusions. 20

 

 

Sources et références

§           [1]   Le Monde du 27/05/2004 "Forte mobilisation contre le changement de statut d'EDF-GDF - Les agents en grève n'ont pas été convaincus par les "garanties" sur le maintien de leur statut et l'affirmation qu'EDF et GDF "ne seront pas privatisées", martelées ces dernières semaines par le ministre des finances, Nicolas Sarkozy, et le premier ministre." téléchargé le 29/05/2004 de la page http://www.lemonde.fr/web/recherche_articleweb/1,13-0,36-366526,0.html.

§           [2]   France 5, émission "C dans l'air" "Social : la méthode zig-zag" du 28/05/2004, pages téléchargées le 29/05/2004: http://www.france5.fr/cdanslair/006055/185/114198.cfm  et liste des invités http://www.france5.fr/cdanslair/006055/185/114199.cfm.

§           [3]   iFRAP (Institut Français de Recherche sur les Administrations Publiques) pages http://www.ifrap.org/0-ouvrirlesite/brevjanv03.html#edf , http://www.ifrap.org/0-ouvrirlesite/brevnov02.html#roussely , http://www.ifrap.org/2-fromages/edfdgf.html , téléchargées  le 30/05/2004.

§           [4]   Regards du mois N° 70, octobre 2002, publié par la Direction du Personnel et des Relations Sociales d'EDF http://www.fnme-cgt.fr//contenu/doc/8969-fjoint_fnmeCGT.pdf  téléchargé le 31/05/2004.

§           [5]   Chiffres clés d'EDF http://www.edf.fr/index.php4?coe_i_id=10141 , http://www.edf.fr/index.php4?coe_i_id=237 et http://www.edf.fr/index.php4?coe_i_id=39  téléchargés le 31/05/2004.

§           [6]   Rapport annuel 2003 d'EDFtéléchargé le 31/05/2004 de la page http://www.edf.fr/html/ra_2003/pdf/edf_ra2003_full_vf.pdf .

§           [7]   Rapport 194 (98-99) du Sénat: Proposition de loi relative au service minimum en cas de grève dans les services et entreprises publics téléchargé le 05/01/2004 de http://www.senat.fr/rap/l98-194/l98-194.html . Ce rapport contient, dans son Annexe 2 - Contribution de la CGT, les extraits de texte repris au paragraphe "Quelques détails sur la CGT".

 

1.     Les faits sur EDF

1.1                 Le service actuel est de bonne qualité

§           Disponibilité du courant sur tout le territoire et 24h/24, avec très peu de coupures (pour l'essentiel: intempéries et grèves);

§           Tension fournie aux abonnés (voltage contractuel) bien respectée;

§           Capacité de production et de transport correctement dimensionnée;

§           Rétablissement rapide du courant après un une tempête, par des agents dévoués au service public;

 

D'où une bonne image de marque du service public d'EDF auprès des Français.

1.2                 Conséquences de la production d'origine 86% nucléaire

1.2.1             Le prix de l'électricité

La CGT a affirmé dans [2] qu'EDF vend en France son électricité environ 15% moins cher que son prix à l'étranger. On ne voit pas sur quelles bases repose cette affirmation, car dans le rapport annuel [6] on trouve les deux graphiques suivants, pages 35 et 39:

 

 

 

On voit qu'il y a des pays européens où les particuliers payent l'électricité moins cher qu'en France et d'autres où ils la paient plus cher. De toute manière, les prix sont plafonnés par le gouvernement.

Remarquons en passant que ce plafonnement implique un choix constant du gouvernement entre l'intérêt des actionnaires et celui des clients. Sachant que tous les gouvernements de la France ont toujours privilégié l'intérêt des clients particuliers, pour des raisons électoralistes, les actionnaires d'EDF ont toutes les chances de regretter leur investissement.

 


 

 

On voit que les prix moyens payés en Europe par des petites ou moyennes industries:

§           Sont, en France, plutôt en dessous de la moyenne européenne;

§           Ne sont pas systématiquement plus chers dans les pays où le marché a été libéralisé. Ce phénomène s'explique par le fait que, lorsqu'un Etat régule son marché, il est libre de fixer ses prix à sa guise pour subventionner la consommation ou prélever un impôt sur elle.

1.2.2             Productivité, gaspillages et sureffectifs

EDF a un problème de productivité ou de gaspillage: comment se fait-il qu'avec une production 86% nucléaire (la solution la moins chère - et de loin - de l'avis même d'EDF), une taille permettant les économies d'échelle (EDF est le plus gros producteur de l'Union européenne) et des prix dans la moyenne européenne, l'entreprise ne dégage pas des marges suffisantes pour son autofinancement et soit obligée d'emprunter et d'omettre de provisionner les retraites des agents et le démantèlement prévisible de ses centrales nucléaires?

 

La réponse se trouve dans les effectifs surabondants d'EDF. Voici une comparaison citée par l'Assemblée nationale française dans son document http://www.assemblee-nationale.fr/12/rap-enq/r1004.asp du 03/07/2003. Les députés mettent en évidence les sureffectifs manifestes d'EDF par rapport à ceux de ses principaux concurrents européens en 2001 en citant leurs rapports coût salarial total / chiffre d'affaires :

 

 

EDF

Electrabel

British Energy

RWE

E.On

Enel

Endesa

22.2 %

11.8 %

17.5 %

18.3 %

11.2 %

16.0 %

9.4 %

Rapports coût salarial total / chiffre d'affaires en %

 

 

On voit que chez EDF il faut entre 21 % et 136 % plus de salariés que chez ses concurrents pour un même chiffre d'affaires : les sureffectifs sont manifestes, les fonctionnaires français surprotégés travaillent moins et/ou moins bien que les salariés étrangers du privé. Selon [6], en 2003 EDF comptait 110.352 salariés en France (167.309 dans le monde), beaucoup plus que les autres compagnies d’électricité en Europe. Malgré le coût par KWH réduit des 86% de production nucléaire, ces sureffectifs, et les avantages sociaux, expliquent l'incapacité d'EDF à s'autofinancer. Et la générosité des retraites explique son incapacité à les provisionner. Et par faiblesse, par peur des syndicats et pour avoir la paix sociale, le gouvernement a fait annoncer par la direction d'EDF l'embauche de 3500 agents supplémentaires fin 2005!

 

Et l'Assemblée nationale souligne qu'en plus la dette nette d'EDF est passée de 17.6 milliards d'euros en 2000 à 25.8 milliards d'euros en 2002, couvrant 2,3 fois l'excédent brut annuel d'exploitation (EBE).

 

En outre, le comité d'entreprise d'EDF dispose d'un budget fantastique, 400 millions d'euros par an (1 % des factures d'électricité de la quasi-totalité des Français, c'est-à-dire plus de 2000 € par an et par salarié), dont l'utilisation est contestable, notamment le financement du syndicat CGT, donc du Parti Communiste, par mise à disposition de personnel et paiement de factures diverses (voir le livre "EDF un scandale français" éditions Robert Laffont, étude très documentée sur les pratiques du comité d'entreprise d'EDF-GDF.)

 


1.2.3             L'émission insignifiante de CO2

EDF émet très peu de gaz carbonique à effet de serre. Voici ce qu'on trouve dans [6] page 16:

 

 

On voit au passage sur ce graphique l'irresponsabilité des écologistes allemands, qui veulent fermer les centrales nucléaires, dans ce grand pays gros consommateur d'électricité, déjà mal placé sur le plan de la pollution par gaz à effet de serre. La puissance nécessaire au pays ne pourra pas être fournie par des éoliennes ou l'énergie solaire, d'abord lorsqu'il manque du vent ou du soleil, ensuite parce que l'électricité produite à partir de ces sources est beaucoup plus chère que celle produite à partir de charbon, abondant en Allemagne et proche des centrales consommatrices.

1.2.4             Indépendance énergétique de la France

En ce moment et pour tout l'avenir prévisible, les géants que sont la Chine et l'Inde, en croissance rapide, créent une pénurie mondiale de matières premières: pétrole, le charbon, divers minerais et des métaux, dont les prix mondiaux ont fortement augmenté; en outre, leurs importations mobilisent tellement les flottes marchandes que les prix du transport par mer ont explosé. La France, dont la proportion d'énergie d'origine nucléaire produite localement est la plus élevée du monde, souffre moins de ces pénuries et hausses de prix que les autres pays. Ses habitants en tirent un avantage pour leur pouvoir d'achat et ses entreprises un avantage concurrentiel.

 

A terme, toutefois, il peut y avoir un problème: au rythme actuel d'extraction mondiale, l'uranium nécessaire aux centrales peut s'épuiser dans une centaine d'années. Cette menace est d'autant plus sérieuse que les centrales actuelles n'utilisent que l'isotope U235, qui représente seulement 0,7% de l'uranium extrait; le reste, U238, ne serait utilisable que dans d'autres types de centrales, qui ne sont pas encore au point.

1.3                 L'ouverture à la concurrence du 1er juillet 2004

EDF a trois métiers:

§           La production d'électricité, dont 70% du marché s'ouvre à la concurrence le 1er juillet 2004. Parce qu'EDF a déjà des concurrents producteurs raccordés au même réseau de transport d'électricité, elle perdra mécaniquement des parts de marché au profit de ces concurrents. Si, alors, elle garde tout son personnel, comme l'Etat s'y est engagé, la situation de sureffectifs coûteux actuelle (voir ci-dessous) s'aggravera encore; EDF devra donc chercher à se développer dans d'autres métiers (conseil et ingénierie, par exemple) pour profiter de sa compétence et justifier son personnel.

§           Le transport d'électricité, qui sera filialisé pour garantir sa neutralité par rapport aux fournisseurs concurrents, mais ne sera pas privatisé.

§           La distribution d'électricité, qui gère les réseaux de distribution aux abonnés et leurs compteurs; elle ne sera pas privatisée non plus.

 

Le statut actuel d'EDF, en tant qu'EPIC (Etablissement Public Industriel et Commercial) ne lui permet pas de faire d'autres métiers. Pour se développer dans d'autres métiers, EDF doit changer de statut.

1.4                 Conséquences de la hausse de la consommation d'électricité

La consommation d'électricité, qui a crû de 4% en France en 2003 d'après [6] page 47, se développe dans tous les pays. Et le développement de la climatisation accélérera fortement cette croissance. Il faut donc investir constamment en capacités de production et de transport pour pouvoir satisfaire la demande, faute de quoi les coupures de courant entraînent des pertes de production économique, un moindre confort des particuliers et de la pollution par recours à des énergies fossiles (charbon, lignite, pétrole, gaz) au lieu du nucléaire.

Il faut savoir, en effet, que l'énergie solaire et l'énergie éolienne coûtent beaucoup plus cher que l'énergie d'origine fossile, elle-même plus onéreuse que l'énergie nucléaire. Une des raisons de cette cherté est que, pour chaque KW de capacité de production solaire ou éolienne, il faut installer et entretenir 1 KW de capacité fossile ou nucléaire, pour les jours où il n'y a pas de soleil ou de vent, car l'électricité ne se stocke pas; et cette production de remplacement doit être géographiquement assez proche, parce que le transport de l'électricité subit de fortes pertes en ligne: les adversaires du nucléaire oublient en général de le rappeler.

 

C'est parce qu'ils n'ont pas investi suffisamment que certains pays (Italie, Royaume-Uni, Californie, etc.) ont de temps en temps de grosses coupures par manque de capacité de production ou de transport. En Californie, par exemple, les prix de vente de l'électricité étaient plafonnés par les pouvoirs publics à un niveau qui ne permettait pas d'investir pour développer la production; celle-ci ne suffisait donc pas lors des pointes, d'où des coupures.

 

Il faut aussi interconnecter les réseaux des pays voisins, pour:

§           Pouvoir se dépanner mutuellement en cas de surcharge ou panne locale;

§           Profiter des heures de pointe différentes entre pays pour mieux lisser la consommation et les pointes, donc éviter d'investir seul dans de la surcapacité;

§           Vendre l'électricité nucléaire française, moins chère, à nos voisins qui en manquent ou la produisent à coût plus élevé, parce que leur pourcentage de production nucléaire est inférieur.

1.5                 Les prix de l'électricité devront monter en France

Selon [3] et [6], jusqu'à présent, l'Etat a maintenu les prix français d'EDF dans la moyenne des prix européens. Ces prix ne permettaient pas:

§           De financer tout son développement international, pour lequel il a fallu emprunter pour acheter des parts de marché.

§           De financer le développement d'activités de service diverses, en France et ailleurs, où EDF pourrait vendre son savoir-faire; de toute manière, le statut public actuel d'EDF lui interdit de faire autre chose que son métier de producteur, transporteur et distributeur d'électricité, et c'est en partie pour pouvoir développer ces activités nouvelles qu'EDF doit changer de statut.

§           D'investir suffisamment en centrales et réseau de transport, financés aussi en partie par des emprunts.

§           De provisionner le démantèlement des centrales nucléaires (environ 45 milliards d'euros en 2004, qu'il faudra bien payer un jour).

§           De provisionner les retraites des agents, onéreuses parce que généreuses et attribuées souvent dès 55 ans.

 

L'Etat permettra à EDF désormais d'augmenter ses prix français, pour ne pas devoir alourdir le budget national de subventions ou de prêts supplémentaires; EDF pourra ainsi se constituer des marges de profit. En général, dans le monde, les prix de l'électricité et du gaz sont corrélés avec les coûts des autres énergies, notamment avec ceux du pétrole; ils peuvent donc monter fortement à l'occasion.

 

Non seulement l'Etat na pas investi dans EDF depuis 23 ans, mais il y a prélevé des impôts pour boucher les trous de son budget: 1,6 milliards d'euros en 2003 (47% du résultat). Les comptes consolidés 2003 du groupe font aussi apparaître (voir [6] page 29) un impôt différé net de 5,6 milliards d'euros.

 

Désormais, l'Etat devra donc faire payer aux clients d'EDF des prix plus réalistes, donc plus élevés. C'est là une nécessité économique et commerciale, sans rapport avec le changement de statut ou l'ouverture du capital.

La CGT oublie de présenter les raisons objectives de hausse de prix ci-dessus, et attribue les futures hausses à la privatisation capitaliste, où elles serviraient à rétribuer les actionnaires.

1.6                 Les privilèges inouïs du statut des agents

§           D'après [3], le temps de travail ne dépasse pas 32 heures par semaine, payées 35 heures;

§           Le comité d’entreprise a un budget de: 450 millions d’euros en 2003 (1% du chiffre d'affaires, 3500 € par agent). Mais il a réussi l’exploit d’afficher… 200 millions de francs de pertes sur l’exercice 1998-1999. Ce comité d'entreprise fait profiter chaque année plus de 640.000 personnes de vacances bon marché et autres prestations sociales: les agents, les agents en retraites, leurs familles… C'est même la première source de tourisme social en France, au frais du client EDF et du contribuable.

 

Rappelons aussi:

§           La stabilité de l'emploi;

§           La retraite au bout de 37 ans ½, et même à 55 ans pour 60% d'entre eux;

§           Les énormes avantages sociaux:

·            assurance maladie extrêmement généreuse, couvrant même des proches et des retraités;

·            vacances à prix réduit;

·            logement pas cher ou aidé financièrement;

·            électricité et gaz quasi-gratuits pour les résidences primaire et secondaire des agents actifs ou retraités.

Lorsque les manifestants prétendent défendre le service public, ils omettent de dire qu'ils défendent d'abord leur statut de privilégiés.

1.7                 Situation financière et comptable

§           Selon [3]:

·            La Cour des Comptes, dans un rapport de 1994, affirmait qu’EDF avait pu échapper à tout impôt sur les sociétés pendant longtemps par l’application de normes comptables dérogatoires du droit commun;

·            EDF a aussi bénéficié d'une aide de l’Etat versée pour l'aider à passer aux 32 heures;

·            Depuis 1981, EDF ne reçoit plus de dotation directe de l'Etat, mais bénéficie d’une garantie d’emprunt de celui-ci qui lui permet de s’offrir le fameux "AAA" des agences de notation, si convoité.

Voici un passage de [3]:

"Passons en revue ces investissements [d'EDF]:

·            En 2000, signature d’acquisition de 25% (plus d’un milliard d’euros) du capital de la compagnie régionale allemande d’électricité Energie Baden-Wurtemberg, quatrième électricien allemand, avec un chiffre d’affaires de 4,1 Mds d'euros. Cette entreprise a déclaré 173 millions d’euros de pertes pour l’année.

·            EDF a aussi acheté des parts de Montedison (deuxième producteur d’électricité italien) pour 1,1 Mds d’euros et détient 18% du capital d’une société commune créée à cet effet avec Fiat… et seulement 2% des droits de vote de Montedison, c’est-à-dire aucun pouvoir. [Cette limitation des droits de vote résulte d'une loi "anti-EDF", votée à cette occasion par le parlement italien pour se protéger de l'influence d'une société étrangère d'Etat].

·            En Chine, EDF a construit et financé pour 700 millions d’euros la centrale électrique au charbon de Laibin, qui connaît des pannes à répétition se traduisant par de grosses pénalités.

·            EDF contrôle totalement la distribution d’électricité de l’Etat de Rio de Janeiro, par achat de la compagnie Light et exploite une centrale en Argentine (Edenor). Light subit les conséquences de l’effondrement du real, la monnaie brésilienne, et Edenor se trouve dans un pays en faillite. En perdant la moitié de sa valeur, le real a fait mécaniquement doubler la dette de Light à hauteur de 1,6 Mds d’euros. La dette est libellée en dollars et n’était pas couverte contre les risques de change. EDF avait investi 1,5 Mds d’euros et devra assumer une dette de 1,6 milliards.

Au total 4,3 Mds d’euros d’investissement (28 milliards de francs), des pertes de plus d’un milliard et une dette de 1,6 milliards. Et la liste n’est pas finie. Tous ces investissements catastrophiques ont été réalisés par des emprunts sous la tutelle du ministère des Finances, qui couvre ces opérations en les garantissant avec l’argent du contribuable français".

§           En matière de développement international, les prises de participation et les investissements en capacité de production et de transport ont été, pour l'essentiel, financés à crédit. De ce fait, EDF a des engagements financiers hors bilan considérables: plus de 13 milliards d'euros.

§           Les investissements internationaux d'EDF ont parfois été imprudents, comme dans le cas du Crédit Lyonnais, où ils ont généré des pertes de plus de 10 milliards d'euros, et de France Télécom, qui a battu ce record.

Dans les trois entreprises les imprudences ont eu la même origine: une gestion par de hauts fonctionnaires qui n'avaient pas les capacités de management nécessaires, et n'avaient pas fait leurs preuves à la tête de grands groupes privés. Sachant que l'Etat les soutenait, que ses fonctionnaires chargés de contrôler leurs décisions étaient assez tolérants, et qu'il s'agissait d'argent public, pas de leur propre argent, ces dirigeants ont souvent pris des risques énormes qui se sont ensuite avérés catastrophiques. Ils les ont pris d'autant plus facilement qu'en cas de désastre leur statut de fonctionnaire protégeait leur emploi.

§           L'investissement en centrales nucléaires est à très long terme (durée de vie actuellement prévue: 40 à 50 ans), de même que l'investissement en réseau de transport, dont la capacité doit suffire pour éviter des pannes lors des pointes de charge.

Idéalement, les financements correspondants à ces durées doivent provenir du capital même de l'entreprise ou de prêts à très long terme, de l'ordre de 30 ans. Ce genre de prêt, qui existe aux Etats-Unis, n'est pas proposé en France, parce que la tradition d'inflation élevée, qui a prévalu pendant des années, en rendait les conditions inacceptables. Mais aujourd'hui, avec une inflation maîtrisée grâce au contexte européen, de tels prêts ou émissions d'obligations devraient être possibles avec la garantie d'un actionnaire de confiance. Comme l'Etat français a promis à Bruxelles de ne plus garantir les emprunts d'EDF à partir du 1er juillet 2004, il devra soit fournir les fonds lui-même, en capital ou en compte d'actionnaire, soit obliger l'entreprise à emprunter à plus court terme, donc à rembourser plus chaque année, ce qui exige une hausse des prix de l'électricité ou de son transport. De toute manière, Bruxelles veillera à ce que les conditions de prêt consenties à EDF ne lui donnent plus d'avantage concurrentiel, comme c'était le cas jusqu'ici.

§           La comptabilité d'EDF ignore la charge des retraites dues aux agents (environ 50 milliards d'euros) et la provision pour démantèlement des centrales nucléaires (45 milliards d'euros); EDF a, en outre, des engagements hors bilan de 13 milliards d'euros. Si l'entreprise avait une comptabilité de société anonyme, elle serait virtuellement en faillite. Le résultat d'exploitation est sans grande signification, car l'Etat fixe les prix de vente et continuera à le faire après l'ouverture de capital, puisqu'il gardera la majorité absolue.

1.7.1             Conséquences de l'ouverture en cours des marchés européens

§           Selon [6], 70% du marché de l'électricité français est ouvert à la concurrence au 01/07/2004. Désormais EDF est obligée de louer de la capacité de transport ou de production ou de distribution à des concurrents, et éventuellement de leur en acheter, donc:

·            Fin du monopole, c'est-à-dire de l'intégration totale production + transport + distribution, séparation des trois activités, chacune en concurrence avec d'autres fournisseurs;

·            Perte mécanique de parts de marché aux concurrents;

·            Absurdité de justifier le maintien des emplois si le chiffre d'affaires a diminué, par ce que les emplois en surnombre devraient être payés en pure perte, c'est-à-dire pour 70% aux frais de l'Etat et de ses contribuables;

Pour maintenir l'emploi et assurer de bons prix de revient en France par économies d'échelle, en exploitation comme pour les investissements, EDF doit donc se développer:

·            A l'étranger, en achetant des parts de marché, ce qui exige des fonds et un statut d'entreprise privée (exemple: EDF étant une entreprise d'Etat, il y a une loi italienne anti-EDF limitant ses droits de vote à 2% dans l'entreprise italienne Montedison, dont elle détient 18% des actions);

·            En France, en continuant à investir en moyens de production (futurs réacteurs EPR, techniquement et financièrement supérieurs) et de transport;

·            En ajoutant à son offre actuelle de nouveaux services, qui profitent de sa compétence (ex: ingénierie), alors que son statut actuel d'entreprise publique lui interdit de faire autre chose que ce qu'elle fait aujourd'hui.

EDF a donc besoin de financement, alors qu'elle n'a pas assez de capitaux propres. Elle doit donc trouver des financements:

·            Par apports de capital;

·            Par emprunts (solution plus chère).

2.     Arguments du gouvernement pour justifier son ouverture du capital d'EDF

Maîtrise du capital: l'Etat ne descendra pas en dessous de 70% (au lieu de 60 à 66% promis jusqu'au 27 mai). Il aura donc la majorité absolue de la future EDF, et pourra faire ce qu'il voudra en matière d'investissements et de prix de vente.

2.1                 Importance du parc nucléaire pour l'indépendance énergétique du pays

Cet argument est exact. Mais on ne voit pas pourquoi les politiciens français en déduisent l'obligation que la majorité du capital d'EDF reste publique. D'éventuels investisseurs privés, français ou non, n'auraient aucun intérêt à saboter leur investissement en l'empêchant de produire de l'électricité ou en économisant sur la maintenance. En outre, Etat pourrait imposer à EDF un cahier des charges contraignant en matière de permanence du service public, de niveau des prix, de maintenance, et de volume d'investissements nécessaires pour suivre la croissance des besoins.

 

Pour perdre son indépendance en matière d'énergie nucléaire, la France devrait être privée (hypothèse absurde) de son aptitude actuelle à se procurer du combustible nucléaire, approvisionnement sans rapport avec la possession des centrales et du réseau de transport; ou elle devrait être privée de son aptitude à retraiter le combustible usagé, hypothèse tout aussi absurde.

2.2                 Durée des investissements dans le nucléaire

Cet argument, aussi exact que le précédent, est utilisé par le gouvernement de manière aussi peu convaincante. Ce n'est pas parce que son financement doit être à long terme que le parc nucléaire doit appartenir à l'Etat. Pour que des investisseurs acceptent un tel financement, il suffit qu'il soit rémunérateur et que les garanties de remboursement soient sérieuses. Ces conditions sont parfaitement remplies par des centrales nucléaires à l'étranger, pourquoi ne le seraient-elles pas en France? Elles sont aussi remplies par des ouvrages d'art (grands ponts et tunnels, etc.) Enfin, des autoroutes françaises, financées à très long terme, ont été privatisées sans inconvénient.

2.3                 Arguments destinés à apaiser les syndicats

§           Garantie du statut des agents, c'est-à-dire de leurs privilèges.

§           Engagements sur le maintien des effectifs, même lorsque l'ouverture du 1er juillet 2004 produira une perte de parts de marché et un chiffre d'affaires en baisse dans certaines activités, c'est-à-dire une surabondance de salariés. En fait, l'Etat a même promis l'embauche de 3500 agents supplémentaires d'ici fin 2005.

§           Lors de l'ouverture du capital, 15% sera réservé aux agents EDF.

 

Les deux premiers arguments sont des promesses de non-évolution faites par un gouvernement faible, qui a peur des syndicats. Ils prouvent qu'un gouvernement français n'est pas maître de ses propres établissements publics, qu'il doit ménager leurs syndicats. Ceux-ci n'hésitent pas à recourir aux coupures de courant, c'est-à-dire à prendre le public en otage, sûrs de l'impunité de ceux qui sabotent ainsi l'économie et privent leurs concitoyens du droit de disposer d'électricité. Ils manifestent aussi au volant des véhicules de service, aux frais d'EDF, impunément.

 

Dans ces conditions, on ne peut pas garantir que la future EDF sera gérée dans l'intérêt de ses actionnaires, ni même du pays, son principal actionnaire et son client; elle risque d'être gérée d'abord dans l'intérêt de ses salariés, les pertes éventuelles étant aux frais des contribuables.

 

C'est pourquoi, personnellement, je n'investirai jamais dans une EDF où l'Etat est majoritaire absolu et les syndicats ont un tel pouvoir: cette entreprise ne réunit pas les conditions pour qu'un investissement privé y soit raisonnable.

2.3.1             Les 500 millions de recapitalisation

La promesse d'un apport par l'Etat 500 millions d'euros de capital pour le développement d'EDF est une mesure strictement psychologique, destinée à prouver aux syndicats et à leur base que l'Etat a cédé quelque chose après leur manifestation du 27 mai. En effet, cette somme est dérisoire par rapport aux dettes et engagements d'EDF, ou à son besoin de recapitalisation (environ 10 milliards d'euros de fonds propres supplémentaires).

3.     Arguments de la CGT contre l'ouverture du capital

§           "L'opération projetée par l'Etat est une privatisation."

C'est inexact: l'Etat restant majoritaire absolu avec 70% du capital, les investisseurs privés n'auront aucun pouvoir. L'Etat a en outre garanti le maintien du statut des agents et de leurs effectifs. Le qualificatif "privatisation" est donc fallacieux: la CGT utilise un procès d'intention pour effrayer les gens qui ont peur de l'entreprise privée. Le qualificatif exact est "ouverture de capital".

§           "Les privatisations à l'étranger ont entraîné des baisses de qualité de service et des hausses de prix: la privatisation d'EDF est donc une mauvaise solution pour le service public."

La CGT est le principal syndicat d'EDF, et celui qui gère son richissime comité d'entreprise. Une enquête judiciaire est en cours pour savoir si ce comité n'a pas subventionné la CGT, directement ou non. Si une vraie privatisation était à l'ordre du jour, avec perte de privilèges statutaires des agents et baisse des subventions colossales au comité d'entreprise, la CGT serait le premier perdant.

En outre, puisqu'il n'y a pratiquement plus en France, aujourd'hui, de syndicalisme dans le secteur privé, la CGT redoute qu'une privatisation qui transformerait les agents d'EDF en salariés de droit privé, provoque une perte de militants, donc d'influence. On comprend donc la vigueur de sa "défense du service public", argument qui masque en fait l'autodéfense.

La baisse de qualité de service public à l'étranger invoquée par la CGT est réelle. Elle est due aux pannes de courant, consécutives à des capacités de production ou de transport insuffisantes dans les pays en question. Ces capacités insuffisantes résultent d'investissements insuffisants par les propriétaires privés des sociétés d'énergie de ces pays. Il faut bien comprendre que, pour faire le maximum de bénéfices, une telle société privée a intérêt à ce que ses capacités de production soient utilisées à 100% ou presque, quitte à ne pas fournir assez d'électricité lors des fortes pointes. Le problème vient d'un cahier des charges mal conçu, où le gouvernement ne leur a pas imposé de respecter des conditions d'investissement minimum pour anticiper les besoins de capacité. Il provient aussi parfois, comme en Californie, de prix trop bas fixés par le gouvernement, prix qui ne permettent pas d'investir. Une ouverture de capital n'est, par elle-même, ni une bonne ni une mauvaise chose: tout dépend de la manière dont le gouvernement rédige son cahier des charges et de son ingérence dans la politique tarifaire. La comparaison précédente des prix en Europe montre bien qu'une libéralisation n'a pas d'effet systématique de hausse ou de baisse des prix de l'énergie.

§           "EDF fournit un service de qualité depuis 60 ans, et aux prix les plus bas d'Europe depuis l'investissement en nucléaire des années 1970: pourquoi risquer, par des privatisations, de mettre en péril ce service public apprécié des Français?"

Oui le service d'EDF a été de qualité, lorsque ses agents n'ont pas coupé délibérément le courant ou démonté des compteurs pour obtenir par la force des avantages qu'ils n'obtenaient pas par la négociation. Non, le prix n'est pas le plus bas d'Europe, nous l'avons vu. Mais dans sa prise de position, la CGT oublie ce qui a changé:

·            Le marché de l'énergie n'est plus français, il est européen, voire mondial du fait des filiales étrangères d'EDF;

·            Il n'y a plus de monopole pour la production, il y a concurrence en France et dans le reste de l'Union européenne; cette ouverture à la concurrence entraîne mécaniquement des pertes de part de marché pour EDF, donc des sureffectifs. Pour justifier les salaires de ces sureffectifs, ne pas les payer à ne rien faire, ainsi que pour faire profiter les Français d'économies d'échelle, EDF doit se développer; pour se développer l'entreprise a besoin d'argent; pour accéder au marché mondial des capitaux dans les mêmes conditions que ses concurrents, l'entreprise doit être une société privée, où l'Etat peut rester majoritaire. Voilà pourquoi la transformation en société de droit privé est indispensable.

Du reste, même avec son futur capital ouvert à 30%, EDF continuera à bénéficier d'emprunts à des conditions avantageuses, parce que son actionnaire majoritaire est l'Etat français, solide et réputé bon payeur.

·            Le service public ne sera mis en péril par cette future société de droit privé que si l'Etat, actionnaire majoritaire absolu, se comporte mal, en ponctionnant ses fonds, en l'empêchant d'investir ou en omettant d'imposer un cahier des charges de service public. Le risque est le même que pour toute politique de service public, de n'importe quel gouvernement: si elle est mauvaise ou imprévoyante, les citoyens en pâtiront. Ce risque n'est nullement augmenté par l'ouverture de 30% du capital, la CGT a tort de le faire redouter.

·            Il n'y a pas "privatisation" d'EDF, mais ouverture de son capital. Le changement de forme juridique ne change en réalité ni le pouvoir dans l'entreprise, ni son caractère tellement public que l'ensemble des 30% d'actionnaires minoritaires ne pourra jamais s'y opposer à l'Etat.

Toute la protestation contre ce changement de forme juridique est du bruit fait pour rien: non seulement elle n'empêchera pas l'évolution, mais le développement de l'entreprise qu'il permet est dans l'intérêt des agents, dont les privilèges sont préservés.

§           "L'ouverture des marchés entraîne une hausse des prix pour les usagers, qui paient pour rétribuer les actionnaires."

Cet argument de la CGT est aussi faux que les précédents. Les graphiques précédents ont montré l'absence de corrélation entre prix de l'électricité et libéralisation. Et l'Etat restant aussi maître de l'entreprise qu'aujourd'hui, il n'y a rien de changé pour les clients - que la CGT s'obstine à appeler "usagers" parce qu'elle ne peut se faire à l'idée qu'il n'y a plus de monopole, que ses abonnés ne sont plus captifs.

Si des actionnaires doivent être rétribués un jour, grâce à des prix assez élevés pour que l'entreprise fasse des bénéfices substantiels, ce sera parce que l'Etat l'aura décidé, pour s'approprier ces bénéfices, impôt déguisé sur l'énergie.

En fait, l'arrivée d'actionnaires privés ne se conçoit qu'avec un pacte, où l'Etat garantit une rétribution de leur capital en échange des investissements indispensables au développement de l'entreprise, investissements pour le service public dont l'Etat est ainsi déchargé. C'est le même mécanisme que pour le financement des autoroutes.

§           "EDF vend du courant à prix coûtant. Après privatisation les usagers paieront plus cher pour enrichir les actionnaires."

Non, EDF ne vend pas au prix coûtant, aucune entreprise ne peut le faire. Si elle le faisait, elle ne disposerait pas des marges nécessaires pour investir et aurait besoin de subventions incessantes, aux frais des contribuables.

§           "Il faudrait vendre l'électricité plus cher aux multinationales, qui sont riches, et à ceux qui font des profits financiers."

La discrimination commerciale est interdite par les lois de l'Union européenne.

§           "Il faudrait regrouper EDF et GDF en un monopole public de l'énergie, pour que ce monopole reste au service de tous les Français et pour éviter qu'il prenne aux Français de quoi rétribuer des capitalistes."

Ces propositions sont cohérentes avec la politique communiste de lutte des classes et du tout-Etat, à laquelle la CGT n'a jamais renoncé.

·            Malheureusement, elle n'est pas compatible avec les principes d'égalité d'une société libérale et de l'Union européenne.

·            Elle est, en plus, absurde: en décourageant les multinationales d'investir dans la production et le transport d'électricité en France, elle prive les Français d'investissements indispensables et les agents d'EDF du développement qui justifie le maintien de leurs effectifs.

·            Enfin, l'histoire a montré que les solutions collectivistes sont désastreuses en économie, ou au minimum incomparablement moins favorables au niveau de vie que les solutions libérales; c'est pour cette raison que l'Union européenne a adopté des principes libéraux d'économie.

3.1                 Quelques détails sur la CGT

Pour illustrer l'éthique et les pratiques de la CGT, voici un extrait commenté de la contribution qu'elle a fournie par écrit au Sénat au sujet du "service minimum" dont celui-ci étudiait la possibilité. Cet extrait est dans l'annexe 2 du rapport 194 (98-99) du Sénat [7].

"La CGT, respectueuse de ce droit [de grève] fondamental des salariés, s'oppose à toute réglementation et même à (toute) forme de négociation de ce droit…"

Autrement dit, la CGT considère que la souffrance de centaines de milliers d'usagers des transports, les pertes économiques de dizaines de milliers d'entreprises et les centaines de millions de coût pour les contribuables n'entrent pas en ligne de compte devant le droit absolu de faire grève de quelques milliers de salariés des transports. Belle affirmation d'égoïsme et de droit du plus fort !

"… ce droit des salariés qui peut s'exercer même sans concertation préalable."

Autrement dit, la CGT revendique le droit pour les salariés de frapper d'abord, même avant toute tentative de dialogue, pour imposer par la force la satisfaction de leurs revendications.

"C'est au contraire l'interdiction de licencier ou de sanctionner tout salarié exerçant une action revendicative qu'il faut assurer."

Et la CGT réclame l'impunité pour ce genre de grévistes, quel que soit le mal qu'ils ont fait au public.

"Aucun service minimum ne doit être instauré, ni par la voie législative, ni par la voie réglementaire, encore moins par la négociation avec les organisations syndicales…"

Toujours le droit absolu des salariés d'obtenir par la force ce qu'ils réclament, quel qu'en soit le coût pour le public pris en otage.

"Dans la santé, comme dans le secteur de l'énergie, celui des transports, des communications et bien d'autres, les salariés en lutte savent organiser les mouvements de grèves afin que les services vitaux soient assurés; souvent ce savoir-faire était toléré par des directions. Ce savoir-faire a conduit plus récemment à adopter des modalités d'action ne portant aucun préjudice aux usagers, bien au contraire (gratuité des transports, des péages, basculement des compteurs [EDF] en heures de nuit)."

La CGT est donc fière d'un savoir-faire et d'actions parfaitement malhonnêtes et illégales au détriment des entreprises de transport ou d'EDF, donc des contribuables, en affirmant qu'elles bénéficient aux usagers. Elle a exprimé sa fierté par écrit aux sénateurs dans un texte qui constitue une menace de recourir à de telles actions.

 

De telles prises de position montrent le caractère irresponsable de la CGT, qui se comporte ici comme si l'Etat et les entreprises étaient infiniment riches et que les voler n'est pas du vol. Avec de tels propos, la CGT ne peut s'adresser qu'aux salariés incapables de distinguer ce qui est honnête de ce qui ne l'est pas, et ce qui est possible de ce qui ne l'est pas.

 

Il est consternant que, dans son rapport [7], la Commission du Sénat n'ait pas commenté ce texte comme il le mérite. Il est aussi consternant que personne, au Sénat, au gouvernement ou dans les médias, ne l'ait porté à la connaissance du public pour faire éclater le scandale d'une CGT au-dessus des lois!

 

Pour que l'on comprenne bien la CGT, voici des extraits d'une interview au journal l'Humanité donnée le 11 mai 2001 par M. Bernard Thibault, son secrétaire général:

"Dès lors qu’un licenciement pour motif économique réel et sérieux intervient pour un ou plusieurs salariés, les employeurs doivent être solidairement responsables, notamment dans une même branche professionnelle ou un même territoire, pour formuler des propositions concrètes à leurs personnels (nouvel emploi, congé de conversion, reclassement, formation professionnelle…). La validité des propositions doit être suivie par une commission territoriale tripartite (élus locaux, organisations syndicales, patronat)."

"Cette obligation pour l’employeur et cette garantie pour le salarié doivent se matérialiser par le maintien du contrat de travail jusqu’à une solution durable, satisfaisante pour le salarié. Elles doivent également s’appliquer pour les groupes nationaux ou internationaux dont les décisions stratégiques affectent tout autant les effectifs de leur firme que les emplois induits par leur activité, entre autres parmi leurs sous-traitants."

Cette demande de la CGT revient à rendre le licenciement impossible, puisque le contrat de travail serait maintenu jusqu'à ce que le salarié ait reçu une proposition qui lui plaise! Les salariés pourraient ainsi impunément formuler des exigences déraisonnables, comme de trouver exactement le type de travail qu'ils aiment, quelle que soit leur qualification, tout près de chez eux, avec un excellent salaire, etc., et refuser toutes les autres propositions… tout en continuant à toucher leur salaire.

 

En outre, les entreprises concurrentes de celle qui licencie devraient être solidaires avec elle pour payer ses anciens salariés, comme si les entreprises avaient jamais été disposées à épauler un concurrent en difficulté, comme si elles étaient assez riches pour cela.

 

Si une loi rendait obligatoires de telles dispositions, plus aucune entreprise n'embaucherait de salarié avec un contrat à durée indéterminée, toutes les entreprises qui le peuvent délocaliseraient, plus aucune société étrangère n'investirait en créant des emplois en France. Les salariés en souffriraient énormément, ils seraient les premières victimes. Et il est probable que l'Union européenne s'y opposerait fermement en votant des lois contraires, lois qui prévaudraient sur la loi française.

 

Avec des propositions aussi irresponsables, la CGT ne défend pas les travailleurs, elle cherche seulement l'adhésion de ceux qui manquent de discernement.

3.2                 Les coupures de courant du 7 juin 2004

Ce jour-là, la CGT a procédé à d'importantes coupures de courant, qui ont affecté la SNCF et le député UMP de Cahors. Le secrétaire général de la fédération Mines-Energie de la CGT, M. Frédéric Imbrecht, a revendiqué ces actions, destinées selon lui à faire pression sur le gouvernement pour qu'il renonce à sa "privatisation d'EDF". Il a promis d'autres actions spectaculaires si le gouvernement ne capitule pas devant la volonté inébranlable de la CGT, présentée comme nécessaire à la sauvegarde du service public. En d'autres termes, la CGT a recouru à des actions illégales de sabotage économique et à des menaces contre le gouvernement de la France, actions sans rapport avec le droit de grève.

 

Selon la SNCF, les coupures de courant ont affecté plus de 250 trains et 500.000 voyageurs. Le coût élevé pour la SNCF et l'économie française (perte de chiffre d'affaires et d'heures travaillées) s'ajoute à la privation de liberté de voyager des gens pris en otage, liberté qui est un droit constitutionnel.

 

La CGT, qui représente moins de 4% des salariés, c'est-à-dire moins de 2% des Français, a une fois de plus essayé d'imposer par la violence au reste des citoyens sa vision communiste de notre société, et sa volonté de préserver un monopole d'Etat contraire aux engagements européens libéraux de la France. Elle a ainsi réaffirmé son mépris de la démocratie, qui veut que ce soit le Parlement qui accepte ou refuse les propositions du gouvernement, et son mépris du temps perdu des Français qui voyagent et de l'économie du pays.

 

Interviewé le soir même sur LCI, le Premier ministre s'est contenté de déclarer que cette forme de contestation était malheureuse, et que pour défendre le service public il faut lui permettre sa pérennité. Au lieu de faire son devoir, qui est de faire respecter l'état de droit en traduisant en justice les syndicalistes coupables, il a ainsi montré sa faiblesse, ce qui encourage la CGT à recommencer, sûre de l'impunité. Quel scandale que cette preuve qu'en France, en 2004, la CGT communiste est plus forte que le gouvernement démocratiquement élu!

3.3                 Le 8 juin et ensuite

Le lendemain 8 juin, les médias ont constaté qu'une forte majorité de Français, à droite (exemple: M. Patrick Devedjian) comme à gauche (exemple: M. Jack Lang) désapprouvait l'action de la CGT. Si le gouvernement n'était pas aussi faible, il en profiterait pour annoncer un référendum sur l'obligation de continuité dans les services publics essentiels que sont l'énergie et les transports en commun, c'est-à-dire l'interdiction ou la très forte limitation du droit de grève dans ces secteurs.

 

Mais tout le monde a constaté qu'aucune punition n'était envisagée contre les agents ou syndicats qui ont coupé le courtant. Ces derniers en ont conclu que leur impunité était assurée. Force Ouvrière, par la voix de son Secrétaire général Jean-Claude Mailly, s'est associée au mouvement et a aussi revendiqué des coupures. Le Groupe des dix, association de syndicats comprenant la centrale d'extrême gauche SUD, en a fait autant. Chacune de ces organisations a eu peur d'être débordée par les autres et par sa base, dont certains agents voulaient effectuer des coupures jusqu'à ce que l'Etat cède en renonçant au changement de statut. Les coupures de courant sauvages se sont multipliées, sans qu'aucun membre du pouvoir ne parle de sanction ou d'action en justice, sans qu'aucun se préoccupe de défendre l'état de droit et la démocratie.

 

La CGT a lancé une grande manifestation nationale pour le 15 juin, pour protester à la fois contre le changement de statut d'EDF et la réforme de la Sécurité sociale, sujets pourtant sans rapport entre eux. Et elle a invité les autres centrales syndicales à s'y associer. En faisant l'amalgame entre des sujets différents, la CGT, FO, SUD, etc. manifesteront pour manifester, c'est-à-dire pour affirmer leur opposition idéologique aux institutions libérales de la France et à ses engagements européens. Méprisant les réalités économiques, ces organisations vont défiler au nom d'un communisme dépassé, dont l'échec a été prouvé par l'Histoire, mais dont un grand nombre de Français ne voient pas l'absurdité et l'impasse politique.

4.     Conclusions

§           Ni le gouvernement ni la CGT n'énoncent les vraies raisons de leur attitude concernant l'ouverture du capital d'EDF. Le gouvernement n'ose pas avouer sa peur des syndicats du secteur public, qui ont montré leur force dans les grandes grèves de 1995. La CGT prétend défendre le service public pour obtenir le maintien des privilèges de ses agents et son influence.

§           Les privilèges actuels des agents EDF, supérieurs même à ceux des fonctionnaires de l'Etat ou des collectivités locales, en France et à l'étranger, dureront tant que personne n'aura le courage de s'opposer à l'injustice et au coût économique qu'ils représentent.

§           La CGT a une vision communiste de l'économie et de la société:

·            L'Etat doit être propriétaire collectif de tous les moyens de production, d'où la demande de fusion EDF-GDF en tant que monopole national;

·            D'après la "science" du Matérialisme historique de Karl Marx, le capitalisme est voué à sa perte, pour être remplacé par une société communiste. De ce fait, toute action des masses prolétariennes pour accélérer la fin du capitalisme est dans le sens de l'histoire, même si elle est violente. C'est pourquoi les communistes de la CGT considèrent que le sabotage de l'économie française par les grèves et les coupures de courant sont un aspect logique de la lutte des classes pour la fin du capitalisme et l'avènement du communisme;

·            L'Etat doit s'approprier les bénéfices éventuels, pour les redistribuer ou en faire profiter le peuple, d'où le refus de la concurrence et de l'économie libérale, commun à toute l'extrême gauche;

§           Beaucoup de gens manquent de confiance dans les étrangers. Ils ne peuvent supporter l'idée que ceux-ci détiennent des actions d'EDF. Exemple: M. François Bayrou refuse de "céder les centrales nucléaires françaises à des retraités californiens". Mais ces mêmes personnes réclament qu'EDF, entreprise publique, achète des actions d'entreprises étrangères et intervienne dans les marchés d'autres pays. C'est inéquitable, incohérent, contraire au droit européen. Et M. Bayrou se prétend pro-européen!

§           L'ouverture de 30% du capital ne change rien au fond: l'Etat pourra continuer à:

·            fixer les prix d'EDF, artificiellement bas pour subventionner l'économie (hypothèse très peu probable) ou élevés, pour prélever une sorte d'impôt sur l'électricité, ce qu'il fait aujourd'hui;

·            apporter de l'argent à l'entreprise (en capital, en compte d'actionnaire, en prêt ou caution de prêt);

·            privilégier les salariés d'EDF au détriment des fonctionnaires ou du secteur privé, et aux frais des contribuables et des consommateurs d'électricité.

§           L'Etat, qui n'ose l'annoncer aujourd'hui, devra prendre en charge les engagements de retraite d'EDF, en mettant les 50 milliards d'euros correspondants à la charge des contribuables. C'est la seule manière d'en décharger l'entreprise, qui n'aura jamais les moyens de les inclure dans ses comptes. Cela représente une hausse de 5% de la dette nationale de 1000 milliards d'euros en 2004, due à une seule entreprise, à sa générosité excessive et à ses pratiques comptables détestables.

§           M. Frédéric Imbrecht, de la CGT, appelle les abonnés d'EDF des "usagers". Bien que, pendant l'émission "C dans l'air" [2], on lui ait fait remarquer qu'un usager n'a pas de droits face à son fournisseur alors qu'un client en a, il a continué à appeler les abonnés d'EDF des usagers. Cela montre la mentalité des syndicalistes CGT, qui ne peuvent s'habituer à la fin du monopole d'EDF.

§           Le succès de l'ouverture de capital et la santé à long terme d'EDF dépendent de la qualité du cahier des charges de service public qui lui sera imposé: investir au fur et à mesure, en anticipant les besoins, garantir la sécurité des centrales et du réseau, garantir la fourniture de courant sur tout le territoire 24 heures sur 24, etc.

§           Tant que le gouvernement français fera preuve de faiblesse vis-à-vis des syndicats de fonctionnaires, l'économie française progressera moins vite qu'elle pourrait le faire sans le boulet de l'immobilisme et des avantages injustes et coûteux accordés aux privilégiés que ces syndicats défendent.

Tant qu'il ne fera pas respecter l'état de droit, on lui manquera de respect et on votera contre lui à chaque occasion.

 

 

Daniel MARTIN

 

 

Voir aussi le texte sur l'attitude antidémocratique des syndicats à propos de la Sécurité sociale

 

 

 

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