La peur des « plombiers polonais » :
exemple de 2 ans d'immigration au Royaume-Uni

Mise à jour : 04/09/2006

 

 

Comme la France, les Etats-Unis et les autres grandes démocraties, le Royaume-Uni publie régulièrement des statistiques officielles et vérifiables sur son économie. C'est ainsi que le document [1], remarquablement précis et détaillé, permet d'apprécier le résultat de la politique d'immigration à peu près libre au Royaume-Uni de travailleurs d'Europe de l'Est venant de République Tchèque, Estonie, Hongrie, Lettonie, Lituanie, Pologne, Slovaquie et Slovénie. Ces travailleurs ont profité de l'entrée dans le Marché commun de ces pays, le 1er mai 2004, pour venir au Royaume-Uni trouver du travail et des salaires meilleurs que chez eux.

 

Les informations ci-dessous, extraites de ce texte officiel, prouvent que la peur exprimée par beaucoup de Français « d'être envahis par des plombiers polonais qui leur prendraient leur emploi » est si totalement injustifiée qu'elle peut être qualifiée de ridicule.

§           Entre l'adhésion des 8 pays européens au Marché commun le 1er mai 2004 et le 30 juin 2006, le nombre total de demandes de permis de travailler au Royaume-Uni provenant de citoyens de ces pays a été de 447 000.

§           Sur ces 447 000, 427 000 ont reçu leur permis de travail, soit 95.5 %.

§           82 % des travailleurs ainsi acceptés avaient entre 18 et 34 ans, tranche d'âge où la productivité est importante.

§           Ces travailleurs ont permis de satisfaire des offres d'emploi jusque là insatisfaites, principalement dans les 5 secteurs d'activité suivants :

·            Administration, entreprises et leur management (34 %) ;

·            Hôtellerie et restauration (21 %) ;

·            Agriculture (12 %) ;

·            Industrie de fabrication (7 %) ;

·            Industrie alimentaire (5 %).

Non, il n'y a pas eu de plombiers, ou si peu qu'ils n'apparaissent pas dans les statistiques !

§           L'arrivée de 427 000 travailleurs (sans compter les autres pays d'immigration, non cités dans [1]) n'a nullement fait bondir le taux de chômage du Royaume-Uni. Le graphique ci-dessous, issu des statistiques officielles de l'Union européenne, donne l'évolution comparée des taux moyens de chômage des années de 1994 à 2005 du Royaume-Uni et de la France :

 

 

 

 

On voit que le taux de chômage du Royaume-Uni n'a pas changé en 2005 par rapport à 2004 : les immigrés n'ont pas chassé d'Anglais de leur emploi. En revanche, leur travail a augmenté la production de richesses du Royaume-Uni, c'est-à-dire son PIB et le niveau de vie moyen.

§           97 % de ces travailleurs immigrés travaillent à plein temps (c'est-à-dire plus de 16 heures par semaine selon la définition anglaise) ; une moitié a des contrats à durée indéterminée, l'autre moitié des contrats à durée déterminée (CDD).

Avec un taux de chômage de 4.7 %, un CDD ne pose pas de problème et n'effraie personne au Royaume-Uni : en fin de contrat, un salarié retrouve très vite du travail.

§           La majorité (78 %) des travailleurs immigrés gagnent entre 6.55€ et 8.72€ de l'heure, le salaire minimum horaire étant de 7.79€ au 01/10/2006. Donc les Anglais n'exploitent pas les étrangers, contrairement au secteur hospitalier public français où les médecins étrangers sont payés beaucoup moins que les Français tout en travaillant plus d'heures et avec un emploi précaire.

(En France le SMIC brut était de 8.27€ au 30/06/2006.)

§           Le graphique ci-dessous donne la répartition des permis de travail accordés par nationalité d'origine :

 

 

Nationalité des demandeurs ayant reçu un permis de travail au Royaume-Uni
entre mai 2004 et juin 2006

 

On voit que les Polonais représentent 62 % des permis accordés.

 

Conclusion

La France a une « économie sociale de marché », expression qui désigne un modèle économique où l'Etat intervient à tout bout de champ pour fixer les prix et les heures de travail, ainsi que pour subventionner un grand nombre d'emplois (29 % des offres reçues, selon l'ANPE). Le Royaume-Uni, au contraire, a une économie libérale.

 

Le modèle économique français n'a pas permis de réduire le taux de chômage une seule fois en dessous de 8.6 % depuis 1982, il y a près d'un quart de siècle, alors que le modèle libéral anglais l'a réduit continuellement depuis 1993, et le maintient environ 2 fois plus faible de nos jours. En outre, le niveau de vie des Anglais est un peu supérieur au nôtre.

 

Et dire qu'il y a une majorité de Français opposés au libéralisme économique ! Comme disait Jésus sur sa croix : « Pardonnez-leur, Seigneur, car ils ne savent pas ce qu'ils font. »

 

Daniel MARTIN

 

 

Références

[1]   Accession Monitoring Report - May 2004 – June 2006

http://www.ind.homeoffice.gov.uk/6353/aboutus/Revised_data_MT.final.pdf

 

[2]   EUROSTAT (statistiques officielles de l'Union européenne), données téléchargées le 04/09/2006 de la page http://epp.eurostat.ec.europa.eu/portal/page?_pageid=1996,39140985&_dad=portal&_schema=PORTAL&screen=detailref&language=fr&product=STRIND_EMPLOI&root=STRIND_EMPLOI/emploi/em071

 

 

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