Commentaires [entre crochets] sur l'article ci-dessous du Figaro du 21/12/2004
ECONOMIE Le gouvernement et l'emploi, ou interventionnisme musclé pour lutter contre le chômage
« Label » et la bête
Par Sophie de Menthon,
présidente d'honneur du Syndicat du marketing téléphonique, des centres
d'appels et des médias électroniques
[Madame Sophie de Menthon est un chef d'entreprise dynamique proche d'Alain Madelin. Dans cet article, elle se moque des mesures démagogiques et inefficaces envisagées par le gouvernement pour lutter contre les délocalisations et les discriminations à l'embauche.]
« Commission » et « label » sont les deux mamelles du gouvernement. L'enfer étant pavé de bonnes intentions, les ministres « libéraux » en place ont décidé de prendre le déclin français à bras le corps en faisant preuve d'initiative et d'interventionnisme musclé pour lutter contre le chômage. Puisque les entreprises ne savent pas créer des emplois, l'Etat va les y aider. Les Français peuvent RTT tranquilles, on a des solutions à tout.
[Il est bien connu que l'interventionnisme d'Etat ne peut rien faire contre les lois économiques, mais nos politiciens tentent pourtant de le faire depuis 25 ans. Les seules mesures efficaces contre le chômage et les délocalisations sont des mesures à long terme, incompatibles avec les préoccupations électoralistes de nos élus : amélioration de l'enseignement, de la recherche et des infrastructures, baisse des prélèvements, abrogation des lois qui découragent l'embauche : voir :
Cours
d'économie pour citoyens qui votent - Tome 2 : mondialisation et
délocalisations
(20 pages A4) ]
Le CV aveugle, par exemple, nous a tous émus, il va permettre de faire entrer « mine de rien » des « minorités visibles » dans les entreprises. C'est lumineux : puisqu'elles sont visibles, on va les cacher à l'embauche. L'idée était tellement bonne qu'on a failli en faire une loi. Un sursaut parlementaire a réussi à faire échouer le projet ; mais rien ne décourage nos élus : sitôt recalés, sitôt repartis.
[L'idée (abandonnée) du « CV aveugle » était d'interdire que figurent, dans un CV, le nom, la photo, l'âge et l'adresse d'un candidat, pour ne pas qu'on puisse savoir si c'est un fils d'immigrés, un homme ou une femme, et lui donner ainsi plus de chances d'être convoqué pour un entretien d'embauche, sans faire l'objet des discriminations d'aujourd'hui. Cette idée est ridicule, puisqu'il est facile à un recruteur, au vu d'un candidat convoqué, de le trouver inadapté au poste sans pour autant avouer un « délit de sale gueule ».
Eviter les délocalisations ? Qu'à cela ne tienne, un « arrêté » devait dénoncer aux yeux de l'opinion publique ceux qui mettent leurs services clients (centre d'appels) à l'étranger. Il suffisait de décréter que les télé-acteurs devraient se présenter ainsi : « Ici Fatima à Tunis » de façon que l'on sache bien que la réponse apportée n'était pas franco-française donc « forcément » moins bonne, voire fausse. Notons au passage la remarquable logique politique de l'enchaînement : les CV doivent être aveugles mais pas les coups de fil ! ! !
[Cette mesure (abandonnée aussi) était carrément odieuse, puisqu'elle comptait sur une méfiance xénophobe des consommateurs devant entraîner le refus de délocaliser les centres d'appel dans des pays francophones comme la Tunisie. Sachant que les centres d'appel en France coûtent plus cher, surtout le Dimanche, cette mesure aurait fait renoncer à certains centres d'appel, dans des activités qui ne supportent pas des coûts élevés, et fait augmenter le coût des autres, le tout au détriment des consommateurs.]
Devant le tollé général, on a reculé. Il fallait trouver autre chose... Un label ? Mais c'est bien sûr ! Voilà qui allait permettre d'embaucher, de retrouver la croissance, de rester chez nous dans I'Hexagone entre labellisés lobotomisés. Pour avoir le label et être plus performant dans la compétition mondiale des centres d'appels, il fallait renforcer les contraintes des conditions de travail et créer une commission. Pas de label sans commission, et inversement. Evidemment, avoir le label, ça coûte aux entreprises, à l'Etat (il va subventionner) mais ça va créer un peu d'emploi : il faut des gens pour attribuer les labels...
[L'auteur dénonce une autre méthode classique de nos gouvernements successifs pour essayer de contourner les lois économiques : empêcher le libre jeu de la concurrence, en incitant les consommateurs à baser leurs décisions sur des « labels » attribués de manière opaque en fonction de critères « moraux », « socialement responsables », « écologiques », etc.]
Et pourquoi pas envisager un « label de la bêtise économique » avec subvention à vie pour celui qui trouve une mesure avec le plus gros effet pervers ? C'est vrai, ce ne sera pas facile de départager les candidats pour l'attribution mais, avec des normes, on peut y arriver : maximum de prélèvements, encadrement sous surveillance, interdictions de recruter (comme ça on est sûr de ne pas avoir de licenciement). « Et les shadocks pompaient, pompaient, pompaient… »
[L'auteur rappelle que toute mesure qui empêche de jouer un mécanisme économique a des effets pervers : prix plus élevés pour les consommateurs, pérennisation d'emplois improductifs aux frais des contribuables, etc.]
On avait encore oublié les femmes, c'est réparé. Nous sommes sauvées grâce au « label égalité » de Nicole Ameline. Vaches laitières de l'économie, telle la « vache qui rit » avec ses boucles d'oreilles, nous ferons l'objet d'une récompense pour qui nous recrute sans nous harceler.
[Cette mesure (abandonnée, comme les autres) aurait eu pour effet de classer les entreprises en deux catégories : celles réputées « bonnes, car non discriminatrices vis-à-vis des femmes » et les autres. Elle aurait obligé les entreprises soucieuses de leur image (qui ne l'est pas ?) de payer pour se faire labelliser, puis pour se faire contrôler de temps en temps pour conserver son label. Elle aurait institué un « service de contrôle » doté d'un pouvoir exorbitant, donc soumis à des pressions et des tentatives de corruption. Elle aurait ignoré une loi économique simple, celle de la liberté du travail : une entreprise qui brime ses employées subit des démissions et des refus de candidature, et finit par en souffrir. En outre, puisqu'elle viole les lois anti-discrimination en vigueur, elle peut être traduite en justice.]
L'idéal pour un centre d'appels serait quand même de recruter aveuglément une technicienne de surface de minorité visible pour être « labellisé égalité » et « socialement responsable ». Franchement, on ne comprend pas comment, avec des récompenses pareilles, il y en a qui peuvent délocaliser.
Pitié, messieurs ! Charité bien ordonnée commence par soi-même : encadrez-vous, labellisez-vous, interdisez-vous le plus possible d'intervenir et les entreprises seront bien gardées, au chaud, chez nous.
[Sophie de Menthon soumet à son tour une idée au gouvernement : pourquoi pas un « label de bon gouvernant » ? Il permettrait de savoir quel ministre refuse la démagogie, quel ministre respecte les lois économiques en refusant de tricher avec, etc.]