Chômage et emploi : une comparaison européenne
Mise à jour : 12/04/2007
Pourquoi ce texte
Plusieurs internautes m'ont envoyé un message début avril 2007 pour s'étonner de mes comparaisons de taux de chômage entre la France et le Royaume-Uni. Tous m'ont dit que les Anglais calculaient leur taux de chômage autrement que nous Français, donc que mes comparaisons n'étaient pas valables. Mon site étant visité chaque mois par les internautes de quelques 18 000 sites, j'ai pensé que d'autres personnes seraient intéressées par une mise au point concernant les chiffres du chômage.
La vérité concernant les statistiques de chômage est double :
§ D'abord toutes les démocraties fournissent aux organismes internationaux des chiffres de chômage, de population et d'emploi fiables basés sur les mêmes normes, celles du Bureau international du travail (BIT). Voici, par exemple, la définition du taux de chômage donnée par EUROSTAT en haut de la page [1] :
"Le taux de chômage [pendant une semaine donnée] est le pourcentage de chômeurs par rapport à l'ensemble des forces de travail. Les forces de travail sont composées des personnes occupées et des chômeurs. Les chômeurs sont les personnes âgées de 15 à 74 ans qui étaient :
(a) sans travail pendant la semaine de référence ;
(b) disponibles pour travailler, c'est-à-dire pour commencer une activité en tant que salarié ou non- salarié dans un délai de deux semaines suivant la semaine de référence ;
(c) à la recherche active d'un travail, c'est-à-dire qui avaient entrepris des démarches spécifiques en vue de trouver un emploi salarié ou non salarié pendant une période de quatre semaines se terminant à la fin de la semaine de référence, ou qui avaient trouvé un travail à commencer plus tard, c'est-à-dire endéans une période maximale de trois mois."
§ Ensuite, les gouvernements de certains pays publient pour leurs citoyens des chiffres fantaisistes basés sur des méthodes de comptage éphémères, et justifiées seulement par des préoccupations électoralistes. Par exemple, on retire des chômeurs des statistiques en leur offrant une formation.
Lorsque des pays étrangers ont connaissance de ces chiffres, certaines personnes peu sérieuses s'en servent pour prouver quelque chose qui les arrange. C'est ainsi que le bruit court, en France, que les chiffres du gouvernement britannique sont sans valeur et impossibles à comparer aux nôtres.
Il faut savoir qu'en France même, un ministre a cité des chiffres fantaisistes pour faire croire à l'efficacité de sa politique de l'emploi (voir l'exemple et le texte "Les créations d'emploi sans baisse du chômage".)
Les statistiques comparatives
Voici des statistiques téléchargées le 11-04-2007 de [1] et [2]. Elles sont basées sur des méthodes de calcul homogènes et fiables. En ce printemps 2007, l'INSEE (organisme pourtant très sérieux) a des problèmes avec ses chiffres du chômage pour 2006 et 2007, dont il a reporté la publication définitive à l'automne. EUROSTAT a donc pris soin de rectifier le taux de chômage moyen français pour 2006 à 9.4 %, utilisant ainsi les données françaises disponibles avant l'INSEE.
Commençons par une comparaison Royaume-Uni - France, extrêmement intéressante car les deux pays ont pratiquement la même population et sont tous deux des pays avancés et démocratiques.

Evolution des taux de chômage français et britannique de 1995 à 2006
Comme on le voit, la politique économique libérale conduite au Royaume-Uni à partir de 1995 par M. John Major, puis MM. Tony Blair et Gordon Brown, a permis de faire baisser le chômage en 6 ans jusqu'aux environs de 5 %, en profitant notamment de la conjoncture mondiale porteuse entre 1997 et 2001.
Pendant ce temps-là, la France a aussi profité de la conjoncture entre 1997 et 2001, mais sans faire baisser le chômage en dessous de 8.4 %, et en le laissant remonter ensuite malgré une armée de subventions (voir "L'incohérence des subventions aux entreprises").
La validité de la comparaison Royaume-Uni - France est confirmée par l'évolution de leurs populations en âge de travailler :

Evolution des populations en âge de travailler au Royaume-Uni et en France
On voit que sur la période considérée, la population en âge de travailler moyenne a été de 48.2 millions en France contre 46.6 millions au Royaume-Uni, soit 3.3 % d'écart.
Et dans l'Union européenne ?
Pour replacer la comparaison de l'emploi et des taux de chômage dans un cadre élargi :
Voici un graphique comparant les taux d'emploi :

Taux d'emploi en 2000 et 2005 dans l'Union européenne et d'autres pays
On voit que l'objectif de Lisbonne de 70 % de taux d'emploi n'est atteint en 2005, dans l'Union européenne, qu'au Danemark, aux Pays-Bas, en Suède et au Royaume-Uni.
Voici un graphique du chômage comparant davantage de pays :

Evolution des taux de chômage moyens de 1995 à 2006
On voit que :
§ La Finlande a réussi une performance extraordinaire. Depuis quelques années toutes les comparaisons internationales de compétitivité et de niveau d'éducation classent ce pays au 1er rang mondial.
§ L'Irlande a fait encore mieux, en passant en 6 ans de 12.3 à 4.0 % entre 1995 et 2001, et en se maintenant depuis en dessous de 4.7 %. L'économie irlandaise est si bien gouvernée que ce pays a aujourd'hui le même niveau de vie que les Etats-Unis, 50 % supérieur à celui de la France à parité de pouvoir d'achat.
Rappelons aux politiciens comme Mme Royal et M. Sarkozy qui accusent l'euro fort d'être un handicap que la monnaie de l'Irlande est l'euro, comme celle de l'Allemagne, 1er exportateur mondial devant les Etats-Unis, le Japon et la Chine.
Les créations d'emplois, critère meilleur que le taux de chômage
Pour juger de la qualité de la gouvernance économique d'un pays le critère du taux de chômage est critiquable, car il peut baisser naturellement lors de départs massifs en retraite comme ceux dont profite la France depuis 2004. Les seniors partants sont alors remplacés par d'autres travailleurs, remplacés à leur tour par d'autres, etc., une partie des travailleurs trouvant du travail étant des chômeurs.
Il existe un critère de gouvernance économique complémentaire aux taux de chômage, le nombre d'emplois créés. En effet, comme l'explique le "Cours d'économie pour citoyens qui votent", il y a une relation de cause à effet entre croissance du PIB et croissance de l'emploi. Une économie qui crée des emplois est plus saine qu'une qui n'en crée pas et profite de la baisse de la population active pour son taux de chômage.
Voici une comparaison entre le nombre total d'emplois en équivalent plein temps (hors forces armées) du Royaume-Uni et celui de la France :

Evolution de l'emploi total au Royaume-Uni et en France
On voit que :
§ A population en âge de travailler quasi-identique, la proportion de travailleurs est bien plus élevée au Royaume-Uni qu'en France : nous sommes un des peuples qui travaille le moins (moins d'années dans une carrière, moins d'heures dans une année et moins de personnes au travail). Moins de travail implique moins de création de richesse, donc PIB par habitant plus faible et moins d'actifs par retraité ;
§ Seule au monde, la France a cru que les "35 heures" feraient baisser le chômage en prenant du travail à certains pour le donner à d'autres. Ce calcul s'est avéré faux et économiquement désastreux. La comparaison du nombre d'emplois entre la France et le Royaume-Uni est éloquente à cet égard ;
§ Les deux pays ont profité de la forte croissance mondiale entre 1997 et 2001 ;
§ La France a maintenu l'emploi (à coups de subventions génératrices de dette publique) depuis 2001, mais n'a pas réussi à le faire croître : depuis 2001, la France ne crée pratiquement pas d'emplois.
La comparaison avec la création d'emplois aux Etats-Unis est instructive.
Références
[1] Statistiques de l'Union européenne EUROSTAT téléchargées le 11-04-2007 de
[2] Statistiques du Bureau international du travail (BIT) téléchargées le 11-04-2007 de http://laborsta.ilo.org/
[3] Le taux d'emploi (que l'on confond parfois à tort avec le taux d'activité) est le rapport entre le nombre de personnes qui ont un emploi (c'est-à-dire la population active totale moins les chômeurs, 24.434 millions en 2004) et la population qui a au moins 15 ans (49.585 millions). Il est donc 24.434/49.585 = 49.3 %.
Si on rapporte le taux d'emploi à la population des 15-64 ans, alors on trouve un taux d'emploi de 24.434/39.4 = 62 %.
En 2003 :
§ La population totale de la France était de 59.9 millions d'habitants
§ La population en âge de travailler (de 15 à 64 ans) était de 39 millions d'habitants (65 % de la population totale). L'INSEE définit une personne en âge de travailler comme ayant au moins 15 ans, n'acceptant donc pas la limite de 64 ans, comme Eurostat qui admet une limite à 74 ans dans la définition de l'état de chômeur.
[4] Le taux d’activité d'une catégorie de population est le rapport entre sa population active totale (actifs occupés + chômeurs, 27.447 millions) et la population en âge de travailler (toujours définie par les personnes entre 15 et 64 ans : 39.4 millions). Le taux d'activité est donc 27.447/39.4 = 69.6 %