Chômage : savoir et agir
Mise à jour : 03/06/2007
Une étude de Daniel MARTIN
Objectifs
Les Français sont à juste titre fiers de leur culture et de ce qu'ils ont apporté à la démocratie au cours des siècles passés. Mais leur manque de culture économique est aussi énorme et flagrant que leur histoire est admirable. Ne connaissant rien à l'économie, les citoyens ont des attentes irréalistes concernant l'emploi et le niveau de vie, leurs deux principales préoccupations. Et de nombreux politiciens qui sollicitent leurs suffrages en profitent pour faire des promesses irréalistes et proposer des mesures économiquement aberrantes.
Voici quelques exemples de promesses et de mesures que la majorité des Français croyaient valables et qui sont des absurdités économiques dont j'explique le mécanisme dans l'étude :
§ Gagner plus sans travailler plus : la relance à contretemps du Premier ministre Pierre Mauroy en 1981-82, qui s'est terminée par un désastre : 3 dévaluations dont deux en moins d'un an, et la France endettée et ridiculisée. Pourtant n'importe quel économiste pouvait prévoir le résultat, documenté depuis des décennies ;
§ Maintien systématique du pouvoir d'achat quels que soient les progrès de la productivité. Or si un pays augmente le pouvoir d'achat plus que la production, il ne récolte que l'inflation ; et s'il le fait par augmentation des dépenses de l'Etat, c'est-à-dire par déficit budgétaire, il augmente la dette publique à la charge des générations suivantes ;
§ Augmentation annuelle autoritaire du SMIC, c'est-à-dire du salaire minimum de millions de travailleurs, sans se préoccuper de ce qu'ils peuvent rapporter aux entreprises. Beaucoup de salariés deviennent ainsi trop chers. Ces mesures empêchent certaines entreprises d'embaucher et les encouragent à délocaliser.
Aucune économie ne peut se permettre de faire croître les salaires plus vite que la productivité, qui progresse d'environ 1,8 % par an. Or le gouvernement Raffarin a aligné les SMICs vers le haut, avec des augmentations pouvant atteindre 11 %...
§ Création d'emplois pérennes par une politique volontariste du gouvernement, alors que celui-ci ne peut créer que des emplois de fonctionnaire et des emplois aidés, aux frais des contribuables, donc impossibles à pérenniser car ce serait à la fois trop coûteux et injuste pour ceux qui paient.
Les seules mesures favorables à l'emploi qu'un gouvernement peut prendre produisent leurs premiers effets à moyen terme, c'est-à-dire après les élections. Et leur coût politique est élevé, car elles demandent des sacrifices à des groupes de citoyens qui ont du poids électoral. Sachant les électeurs ignorants de ces réalités, les gouvernements successifs ne se sont préoccupés ni de les informer, ni de mesures à moyen terme. Pourtant des pays comme le Canada et la Suède en ont pris et s'en trouvent bien mieux que nous.
Ces erreurs politiques et bien d'autres s'expliquent par la seule ignorance des contraintes économiques, contraintes qu'aucun politicien n'explique jamais. N'ayant jamais vu un membre du gouvernement prendre une heure à la télévision pour expliquer ces problèmes, je comprends que les citoyens les ignorent. Lorsqu'ils parlent, les politiciens au pouvoir ne font que des promesses d'amélioration qui ne se concrétisent jamais.
Exemple : le chômage s'est mis à croître en 1974, au lendemain du 1er choc pétrolier, a atteint 10 % en 1984 et n'est plus jamais redescendu en dessous de 8.6 %; François Mitterrand s'en désolait en disant « On a tout essayé ! » Les Français en déduisent que les gouvernants, droite et gauche confondues, sont incapables de faire baisser le chômage, et ils ne croient plus leurs promesses.
Il est donc temps de parler aux citoyens, de leur exposer les contraintes économiques auxquelles nul pays n'échappe, de leur expliquer pourquoi en 2004 les Etats-Unis ont créé 22 fois plus d'emplois à population égale que la France, et ce que la France peut faire pour s'en sortir si elle veut bien s'en donner la peine. C'est le but de cette contribution, qui est une étude consacrée à la première préoccupation des Français, le chômage.
Cette étude constitue un exposé, très complet mais facile à lire, des raisons du chômage et des fautes de gouvernance qui y ont conduit et y conduisent encore. Ses arguments ne sont ni de gauche ni de droite, ce ne sont que des vérités économiques. Des vérités incontestables, basées exclusivement sur des documents officiels (INSEE, UNEDIC, OCDE, rapports et études demandés par le gouvernement, etc.) accessibles sur Internet avec des liens fournis.
A partir de statistiques officielles et de comparaisons de la France avec d'autres pays avancés, un ensemble de déductions simples permet de définir les actions nécessaires pour redresser la situation. L'étude fait la synthèse des préconisations d'environ 150 textes officiels, tous remarquablement d'accord entre eux.
Je souhaite vivement que les élus à qui je la destine en priorité y trouvent un exposé des faits et un argumentaire, qu'ils pourront utiliser pour leurs propres propositions et pour parler aux Français. C'est le sens de ma contribution.
Fiche descriptive
§ Décrire le chômage, notamment en chiffres ;
§ en expliquer les causes par des erreurs de gouvernance et des comparaisons avec d'autres pays ;
§ suggérer des décisions politiques pour lutter contre le chômage.
Elus et citoyens qui veulent :
§ se faire une opinion de la situation de la France et de sa politique en matière d'emploi, notamment avec des comparaisons internationales ;
§ savoir quelle politique demander à ceux qui sollicitent leur opinion et leurs suffrages.
§ Tous les faits, toutes les statistiques résultent de textes officiels accessibles sur Internet en cliquant sur les liens fournis.
§ Cette étude de plus de 200 pages contient plus de :
· 50 graphiques ;
· 30 tableaux ;
· 160 textes officiels cités.
§ L'étude est une synthèse de ces textes officiels, réalisée par Daniel MARTIN en toute indépendance et sans rémunération.
§ La publication sur Internet permet d'utiliser des liens hypertexte pour compléter ou justifier les affirmations, et facilite les mises à jour. Celles-ci auront lieu approximativement toutes les deux ou trois semaines.
§ La situation de l'emploi en France est mauvaise en comparaison de celles de beaucoup de pays avancés.
§ Analyse qualitative, causale et chiffrée des 3 types de chômage : frictionnel, conjoncturel et structurel.
§ Chômage caché et incitations à l'inactivité.
§ Indemnisation du chômage et minima sociaux.
§ Politique et législation de l'emploi ; comparaison avec d'autres pays.
§ Les chiffres d'un secteur public pléthorique et coûteux.
§ Propositions argumentées :
· Protéger plus l'employabilité, et moins l'emploi.
· Comment augmenter la création d'emplois.
Note de lecture
Dans ce texte, les citations sont en retrait et en italique, leur source est accessible par un lien hypertexte comme celui-ci : [3].
Certains termes et les affirmations justifiées ailleurs sont soit des liens hypertexte comme « population active », soit suivis d'un numéro de référence formant lien comme « INSEE [27] ».
Table des matières
1. Une situation déplorable qui perdure
1.1 Comparaison du chômage français avec celui d'autres pays
1.2 Relation entre croissances du PIB et de l'emploi
1.2.1 La croissance du PIB entraîne celle de l'emploi
1.2.2 Pourquoi la croissance de l'emploi est en retard sur celle du PIB
1.2.3 Santé économique : taux de chômage ou taux d'emploi ?
1.2.4 Consommation et investissements sont les seules sources d'emplois marchands
1.2.5 La croissance du PIB est indispensable à celle de l'emploi
1.2.6 Comment faire baisser le chômage sans croissance du PIB
1.2.7 Les effets pervers des emplois subventionnés
1.2.7.1 La France vit au-dessus de ses moyens depuis des décennies
1.2.8 Une croissance faible ne suffit pas pour faire baisser le chômage
1.2.8.1 Prise en compte de la croissance de la population
1.2.8.2 Prise en compte de la croissance de la productivité
1.2.8.3 Calcul du PIB par habitant d'un pays - Niveau de vie moyen
1.2.8.4 Croissance naturelle de la productivité
1.2.9 PIB par habitant, taux d'emploi et nombre d'heures de travail par an
1.2.9.1 Effet des "35 heures" sur la productivité
1.2.9.2 Evolution de la croissance et de la productivité en 2004 et 2005
1.2.10 Conclusions sur le volume de travail
1.2.10.1 Le nombre annuel d'heures de travail en France est un des plus faibles !
1.2.10.2 Effet sur le PIB de la croissance du nombre total d'heures de travail
1.2.11 La productivité ne tue pas l'emploi, elle le favorise
1.3 Peut-on travailler davantage ?
1.3.1 Les salariés en sous-emploi
1.3.2 Les entreprises qui cherchent des salariés sans en trouver
1.4 La discrimination à l'embauche
2.1 Définition administrative du chômage
2.2.1 Renouvellement naturel des produits et instabilité de l'emploi
2.2.1.1 Création et destruction d'emplois
2.2.1.2 Fins de contrat de travail sans destruction d'emploi
2.2.1.3 L'instabilité de l'emploi progresse, mais pas l'insécurité
2.2.2 Le flux considérable des transitions entre deux emplois
2.2.3 La désinformation des citoyens sur ce phénomène
2.2.4 Créations et disparitions d'entreprises
2.2.5 Conséquence sur la politique de l'emploi
2.2.6 L'importation de main d'œuvre
2.2.7 Cas particulier de chômage frictionnel : le chômage saisonnier ou intermittent
2.3.2 Intérêt d'une économie diversifiée et d'une taille suffisante
2.3.2.1 Secteur des services - Directive Bolkestein
2.3.3.1 Relance par la consommation (dite « keynésienne »)
2.4 L'impuissance de l'Etat à obtenir des résultats rapides
2.5 Relation entre taux de chômage et salaires. Courbe de Phillips. NAIRU
2.5.1 Implications de l'équilibre NAIRU sur la lutte contre le chômage
2.6 Mesures non keynésiennes pour l'emploi
2.7.2 Les causes du chômage structurel français
2.7.2.1 Le manque total de qualification
2.7.2.4 Il y a toujours eu plus de demandes d'emploi que d'offres
2.7.2.5 Le manque de mobilité géographique et professionnelle
2.7.2.7 Une législation et une gouvernance inadéquates créent du chômage
2.7.3 Comment faire baisser le chômage structurel ?
2.7.4 Ce que les travailleurs peuvent faire
2.7.4.1 Le manque de qualification
2.7.4.2 L'obsolescence de plus en plus rapide des qualifications
2.7.4.3 L'indispensable formation scolaire initiale
2.7.5 Apprentissage et effort public d'information sur les métiers
2.7.6 Le contrat de transition professionnelle (CTP)
2.7.7 La répartition par niveau de fin d'études en France est inadéquate
2.7.8 Plus de formation ne suffit pas pour combattre le chômage
2.7.9 Quelle politique face aux inégalités de revenus ?
2.7.10 Interventions de l'Etat dans le secteur marchand
2.7.10.1 Effet d'aubaine : la forte proportion d'offres d'emplois aidés
2.7.10.2 Plus de 1100 entreprises contrôlées par l'Etat
2.7.11 Interventions de l'Etat pour favoriser le développement économique
2.7.12.1 Impôt sur les sociétés et taxe professionnelle
2.7.12.2 Impôts sur le revenu et les stock-options
2.7.12.3 Impôts et services publics
2.7.12.4 Impôts et respect des citoyens
2.7.13 Législation du travail pénalisante
3.1 Les incitations à l'inactivité
3.1.1 Incitation à cesser de travailler pour avoir des enfants
3.1.2 Découragement et incitations à l'inactivité des seniors
3.2 Le poids colossal des préretraites
3.2.1 Un taux d'emploi des seniors particulièrement bas en France
3.2.2 Pourquoi les préretraites
3.2.3 Nombre de personnes en préretraite ou dispensées de recherche d'emploi
3.2.4 Coût annuel des dispositifs de préretraite
3.2.5 Exemples de textes législatifs ou réglementaires favorisant l'inactivité
3.3 Durée annuelle du chômage et stabilité de l'emploi
3.4.1 Commencer à travailler le plus tard possible
3.4.2 Conclusion : les handicaps des jeunes
3.4.4 Parcours d'insertion des jeunes sortant du système éducatif
3.4.5 Probabilité pour un jeune de perdre son emploi
3.4.6 Conclusions sur la sortie des jeunes du chômage
3.4.7 Les jeunes qui ont peur et protestent contre la société libérale
4. Minima sociaux et incitations pécuniaires au travail
4.1 Le Revenu minimum d'insertion (RMI)
4.1.1 Rappels concernant le RMI
4.1.2 Quelques chiffres concernant le RMI
4.1.3 Effets pécuniaires pervers du RMI
4.1.4 Efforts de réduction des trappes à inactivité - Gaspillage de la PPE
4.1.4.1 L'opinion de la Cour des Comptes début 2006
4.2 Le Revenu minimum d'activité (RMA)
4.3 La Prime de retour à l'emploi
4.4 Conclusions sur l'incitation financière à retravailler
4.5 L'Allocation de Parent Isolé (API)
4.6 Allocation de Solidarité Spécifique (ASS)
5. La politique française de l'emploi
5.1 Définition d'une politique de l'emploi
5.2 Classement des mesures pour l'emploi par l'OCDE
5.2.2 Mesures passives - Traitement social du chômage
5.2.2.1 L'indemnisation du chômage
5.3 Coût des mesures actives ou passives
5.3.3 Les coûts, en France et dans le monde
5.3.4 Coût relatif des emplois subventionnés par rapport au chômage
5.3.4.1 Effets pervers des mesures passives contre le chômage
5.3.4.2 Effets pervers de l'indemnisation généreuse du chômage
5.3.4.3 Des allocations qui peuvent durer très, très longtemps
5.3.5 L'économie française : une machine à créer du chômage
5.3.6 Limites d'une politique économique due à la mondialisation
5.4 Accès à la formation professionnelle
5.4.1 Les divers types d'action de formation
5.4.2 Les bilans de compétences et la validation des acquis de l'expérience
5.4.3 La formation permanente.
5.4.3.1 Inégalités d'accès à la formation permanente
5.4.3.2 Le manque de motivation pour la formation permanente
5.4.3.3 Le manque de sérieux de certains stagiaires
6. Secteurs d'activité économique et chômage
6.1 Le poids excessif du secteur public français
6.1.2 Effectifs de la fonction publique et agents assimilés : près de 7 millions
6.1.2.1 Effectifs de la fonction publique d'Etat en 2006
6.1.2.2 Près de 7 millions de fonctionnaires et assimilés
6.1.2.3 Evolution de l'emploi public, sureffectifs et opacité
6.1.3 Les entreprises publiques, ou l'Etat qui fait des affaires
6.2 Emplois privés offerts mais non pourvus
6.2.1 Entreprises qui ne trouvent pas les salariés qu'elles cherchent
6.2.1.1 Il y a et il y aura toujours des embauches
6.2.1.3 La fluidité du marché du travail
6.2.1.4 Fluidité et employabilité
6.2.1.5 Conclusion sur les emplois privés offerts mais non pourvus
6.2.2 Salariés qui n'acceptent pas les emplois offerts
6.2.2.1 Le problème de mobilité géographique et professionnelle
6.2.2.2 Le problème de rémunération
6.3 Pourquoi n'y a-t-il pas davantage d'emplois offerts ?
7.1.1 Investissements étrangers
7.1.1.1 Intérêt des investissements étrangers
7.1.1.2 Point de vue d'un investisseur étranger
7.1.2 Relation entre législation du travail et plein emploi
7.1.2.1 L'indispensable flexibilité
7.1.2.2 Gestion anticipée des emplois : une absurdité colossale !
7.1.3 Comparaison de la France avec les autres pays
7.1.3.1 Relation entre protection de l'emploi et chômage dans les pays de l'OCDE
7.2 La complexité du système d'aide au retour à l'emploi
7.3.1 Deux types de protection de l'emploi : droits individuels et valeur sociale
7.3.1.1 Définitions économiques des valeurs privée et sociale d'un emploi
7.3.1.2 Sources des différences entre valeur privée et sociale de l'emploi
7.3.1.3 La législation ne prend pas en compte le coût social d'un licenciement
7.3.2 Instabilité et insécurité de l'emploi
7.3.3 Licenciements individuels
7.3.4 Emplois surprotégés CDI et emplois précaires CDD et intérim
7.3.6 Tuer l'emploi en le protégeant
7.3.6.1 Définition du licenciement pour motif économique
7.3.6.2 Esprit de la législation française du travail
7.3.6.4 Le préavis, tout le préavis mais rien que le préavis
7.3.6.5 Un seul type de contrat de travail
7.3.6.6 Depuis longtemps, tous les gouvernements de la France ont ignoré les lois de l'économie
7.3.6.7 Des procédures de licenciement économique extrêmement contraignantes
7.3.6.8 L'obligation de réindustrialiser dans le bassin d'emplois
7.3.6.9 Haro sur les entreprises prospères
7.3.6.10 Droite et gauche, même aveuglement idéologique
7.3.6.11 Comment les entreprises contournent les lois anti-licenciements
7.3.6.12 Conclusion sur le licenciement économique
7.3.7 Le mythe de l'emploi créé de toutes pièces
7.3.8 La peur du chômage des Français
7.4.1 Régimes d'assurance chômage et de solidarité
7.4.2 Financement des deux régimes
7.4.3 Durées observées de chômage indemnisé
7.4.4 Critique des durées d'indemnisation du chômage
7.4.4.1 Comparaison des « modèles » scandinave, britannique et français