Mondialisation et stratégie de Lisbonne :
mécanismes et conséquences

Mise à jour : 02/04/2007

 

Cette étude rappelle succinctement les causes et mécanismes de la mondialisation, puis décrit son application à l'Union européenne connue sous le nom de « stratégie de Lisbonne ».

Enfin, elle décrit les problèmes posés par la mondialisation et les solutions proposées.

 

 

Table des matières

1.    Mondialisation : les mécanismes. 3

1.1  On ne peut empêcher le progrès technique. 3

1.2  Développement des échanges commerciaux. 3

1.2.1      La concurrence. 3

1.2.2      Commerce et avantage comparatif 3

1.2.2.1           Principe de l'avantage comparatif 4

1.2.2.2           L'existence d'avantages comparatifs entraîne la spécialisation et les échanges  4

1.2.2.3           L'intensification de la concurrence. 6

1.2.3      L'ouverture des frontières. 7

1.2.4      La concurrence des pays à main d'œuvre moins chère. 7

1.3  Définition de la mondialisation.. 7

1.4  Avantages de la mondialisation pour les entreprises. 7

1.5  L'innovation.. 8

1.5.1      L'évolution des exportations mondiales vers toujours plus de technologie  9

1.5.2      L'économie de la connaissance. 10

1.5.3      Recherche : rentabilité économique ou rentabilité sociale ?.. 11

2.    Le Marché commun de l'Union européenne. 12

2.1  Croissance due à l'intégration européenne. 12

2.2  Croissance des exportations de la zone euro.. 13

2.3  Diagnostic : retard de l'Union européenne par rapport aux Etats-Unis. 15

2.3.1      Nous ne travaillons pas assez. 19

2.3.2      Notre productivité est insuffisante. 19

2.3.3      L'intégration de l'Union européenne est inachevée. 20

2.3.3.1           Le combat d'arrière-garde de la France contre la déréglementation.. 22

2.3.3.2           Les réformes dans le reste de l'Union européenne. 23

2.3.4      Le déficit d'investissements. 24

2.3.5      Problème de compétitivité de la France : conséquences sur le commerce extérieur  25

2.3.5.1           Un manque de présence commerciale. 27

2.3.6      Le modèle social européen est plus efficace que celui des Etats-Unis. 27

2.3.6.1           Le coût de la protection sociale. 27

2.3.6.2           Les transferts sociaux redistribuent les revenus. 29

2.3.6.3           Assurances vieillesse et santé : comparaison avec les Etats-Unis. 31

2.4  La stratégie de Lisbonne. 31

2.4.1      Les deux niveaux de réforme envisagés. 32

2.4.2      Comparaison du Marché commun et de la stratégie de Lisbonne. 33

2.4.3      Les 6 catégories d'objectifs de Lisbonne et leurs indicateurs. 34

2.4.4      Promesses de la stratégie de Lisbonne. 39

2.4.5      Où en est la stratégie de Lisbonne à mi-parcours ?.. 39

2.4.5.1           Les choix de société des Européens. 39

2.4.5.2           Le manque d'objectifs clairs, de communication et de leadership. 40

2.4.5.3           Les 5 domaines dans lesquels l'Union européenne doit progresser 40

2.4.5.4           Les progrès constatés à mi-parcours au niveau européen.. 41

2.4.5.5           Les retards à rattraper au niveau européen.. 41

2.4.5.6           Evaluation du programme national de réforme français à mi-parcours. 45

2.4.5.7           Pourquoi il faut poursuivre la stratégie de Lisbonne. 47

2.4.5.8           Les réactions des pays membres au rapport de mi-parcours. 48

2.4.6      Conclusion sur l'action des pays membres de l'Union.. 49

3.    Problèmes et dangers de la mondialisation. 49

3.1  La mondialisation est source d'inégalités. 49

3.1.1      La générosité de certains. 50

3.1.2      Combattre la fracture sociale. 50

3.2  Plus de taille, ou plus d'agilité ?.. 51

3.2.1      Union européenne : tout sauf l'agilité. 51

3.2.1.1           Trop de protection de l'emploi tue l'emploi 52

3.2.1.2           Trop de réglementation anti-commerciale des marchés tue l'emploi 53

3.3  Entreprises multinationales et prises de participation.. 54

3.4  Protéger la concurrence dans l'intérêt des consommateurs. 55

3.5  L'impossible fermeture des frontières au commerce international 55

3.5.1      Importance de la vitesse d'ouverture à la concurrence. 56

3.6  La surconsommation de produits de base. 56

3.7  Les atteintes à l'environnement 57

3.8  Mondialisation et culture. 57

3.9  Le mythe de l'hégémonie américaine qui écrase la France. 58

3.10       Les scandales financiers qui profitent aux patrons et aux grands actionnaires, au détriment des salariés et des petits épargnants. 61

3.11       Les licenciements « boursiers », qui sacrifient les travailleurs au profit des actionnaires  61

3.12       Responsabilité des media dans la peur de la mondialisation.. 62

3.13       Problèmes de la stratégie de Lisbonne en France. 64

3.13.1    Faciliter la création et le développement d'entreprises. 64

3.13.2    Favoriser la concurrence. 64

3.13.3    Faciliter les financements et en diminuer le coût 65

3.13.4    Diminuer la dépense publique. 65

3.13.5    Réformer la législation et le marché du travail 66

3.13.6    Favoriser l'évolution vers une économie de la connaissance. 66

3.13.7    Favoriser l'évolution vers une économie respectueuse de l'environnement 66

4.    Références. 67

 

 

1.                    Mondialisation : les mécanismes

Ce premier chapitre décrit succinctement les circonstances qui ont amené la mondialisation et ses mécanismes

1.1                 On ne peut empêcher le progrès technique

Depuis que l'homme existe, il invente et perfectionne. On constate de plus en plus les améliorations suivantes, qui constituent les causes techniques de la mondialisation.

§           Transports plus faciles, plus rapides, plus surs et moins chers.

§           Progrès des télécommunications, de plus en plus planétaires, rapides et bon marché : voix, images, textes, services transactionnels commerciaux et financiers assurés à travers des réseaux comme Internet.

§           Diffusion sans précédent des connaissances et des savoir-faire : avec Internet, avec des livres traduits, lors des voyages, des congrès, des achats d'entreprises, des salariés qui passent d'une entreprise à une autre…

1.2                 Développement des échanges commerciaux

1.2.1             La concurrence

Depuis qu'il y a du commerce il y a de la concurrence : entre entreprises, entre organismes financiers, entre salariés et entre pays. Sans concurrence, pas de raison de se donner du mal, de travailler dur, d'améliorer la qualité des produits et services ; certaines entreprises ont alors des rentes de situation : elles font tout ou partie de leurs bénéfices simplement parce qu'elles peuvent - à l'abri de la concurrence - vendre ce qu'elles veulent au prix qu'elles veulent. Les rentes de situation de fournisseurs sont toujours au détriment des consommateurs.

 

En l'absence de concurrence, il se constitue des monopoles (où un seul fournisseur a 100 % du marché). Lorsqu'un petit groupe de fournisseurs se partage un marché et impose sa loi aux consommateurs, on parle d'oligopole ; c'est encore une situation de concurrence insuffisante.

 

Les situations de concurrence insuffisante se constituent souvent à l'abri de barrières tarifaires ou règlementaires, c'est-à-dire par la volonté ou avec l'accord de l'Etat. En France il y avait, jusqu'à leur interdiction par l'Union européenne, des monopoles de la poste, des chemins de fer, de l'électricité, etc.

 

Bien entendu, l'intérêt d'un fournisseur est l'opposé de celui d'un consommateur : le fournisseur voudrait avoir le moins de concurrence possible, pour gagner le plus possible, et le consommateur voudrait le maximum de concurrence, pour bénéficier des prix les plus bas possibles.

1.2.2             Commerce et avantage comparatif

Nous supposerons dans la suite de cette section l'absence de monopole et d'oligopole : il y a alors concurrence et chaque client a le choix entre plusieurs fournisseurs.

1.2.2.1                        Principe de l'avantage comparatif

Considérons deux pays, A et B, qui ne produisent que deux types de biens, X et Y. Supposons que :

§           dans le pays A il faut échanger 3 unités de X contre 1 unité de Y (ou 1/3 d'unité de Y contre 1 unité de X) ;

§           dans le pays B il faut échanger 2 unités de X contre 1 unité de Y (ou ½ unité de Y contre 1 unité de X).

 

Si A et B se mettent à commercer et se spécialisent, A fabriquant seulement du X et B seulement du Y, alors :

§           B peut obtenir entre 2 et 3 unités de X pour chaque unité de Y qu'il produit ;

§           A peut obtenir entre 1/3 et 1/2 unité de Y pour chaque unité de X qu'il produit.

 

Chacun des deux pays y gagne. A terme, le prix d'une unité de Y exprimé en unités de X sera le même dans les deux pays. On dit que A possède un avantage relatif (on dit aussi "comparatif") à produire du X et que B possède un avantage relatif à produire du Y.

        Chaque producteur, personne, entreprise ou Etat, a intérêt à se spécialiser dans ce qu'il fait le mieux, c'est-à-dire ce qui lui rapporte le plus par heure de travail, et à vendre une partie de sa production pour acheter à d'autres spécialistes ce qu'ils ont produit et dont il a besoin. En somme, il vaut mieux se spécialiser et commercer que produire soi-même tout ce qu'on consomme.

 

Exemple trivial : si un boulanger sait aussi fabriquer ses chaussures, et un cordonnier sait aussi fabriquer son pain, ils ont tous deux intérêt à se spécialiser : le boulanger à intérêt à ne fabriquer que du pain, et le cordonnier seulement des chaussures. Les deux échangeront alors du pain contre des chaussures et chacun y trouvera son compte.

 

Pour plus de détails et un exemple chiffré, voir "Résumé de la Théorie de l'avantage relatif".

1.2.2.2                        L'existence d'avantages comparatifs entraîne la spécialisation et les échanges

Le principe de l'avantage comparatif entraîne la spécialisation de pays et d'entreprises, et le développement des échanges. C'est ainsi que dans tous les pays avancés l'industrie manufacturière locale perd des parts de marché au profit d'importations provenant de pays à bas coût de main d'œuvre. Les consommateurs achètent de plus en plus de produits fabriqués à l'étranger (exemples : textile, électronique…) parce qu'ils sont moins chers. Cela se voit, par exemple, pour les industries non agricoles/non alimentaires de la France et de l'Allemagne, sur le graphique ci-dessous, issu de [52] :

 

 

Pertes de part de marché pour l'industrie en France et en Allemagne

 

 

De plus en plus, l'industrie des pays avancés se spécialise dans des produits de haute technologie et ses exportations dans ces domaines croissent. Les secteurs d'activité de basse technologie perdent donc des emplois au profit des secteurs de haute technologie et des services en général. Le résultat de cette spécialisation des pays est une forte croissance du commerce extérieur, comme on le voit sur le graphique ci-dessous, issu aussi de [52] :

 

 

Croissance du commerce extérieur de l'Allemagne et de la France de 2000 à 2005 :
on voit que depuis 2003 les volumes croissent en France et s'envolent en Allemagne

 

1.2.2.3                        L'intensification de la concurrence

Dès qu'il y a commerce et fournisseurs multiples, il y a concurrence, et celle-ci entraîne à son tour la croissance de la productivité [43], donc celle du volume de biens et richesses produits (c'est-à-dire du PIB [41], proportionnel à la productivité), donc celle du niveau de vie moyen (PIB par habitant [42]).

 

La croissance des échanges tire la productivité,
qui tire le PIB, qui tire le niveau de vie et l'emploi

 

Mais les fournisseurs ont intérêt à réduire le plus possible la concurrence. Dans certaines situations, certains fournisseurs obtiennent de l'Etat qu'il les protège avec des barrières douanières et/ou des quotas d'importation. Exemple : les céréaliers français sont protégés des prix Ukrainiens, plus bas, par la PAC (Politique agricole commune de l'Union européenne) ; ils bénéficient d'une rente de situation aux frais des contribuables européens (et en plus de subventions).

1.2.3             L'ouverture des frontières

L'ouverture des frontières consiste à supprimer les obstacles au commerce et aux échanges divers (de services, de technologies, de financements, etc.). On parle alors d'ouverture des barrières réglementaires ou douanières, de suppression de quotas d'importation ou de limites aux transferts de fonds, bref de déréglementation des échanges. Le but est de favoriser la spécialisation, donc la productivité [43] et la concurrence, dans l'intérêt des consommateurs.

 

L'ouverture des frontières aux transports de marchandises, aux voyages, aux transferts de fonds et aux transferts de technologie facilite, amplifie et accélère la spécialisation et les échanges, ainsi que la recherche des financements les plus avantageux.

        La spécialisation peut être tellement poussée que diverses parties, sous-ensembles ou composants d'un même produit commercial, peuvent être fabriqués par des entreprises différentes, toutes spécialisées, éventuellement situées dans des pays différents : il y a alors coopération entre ces entreprises pour la conception et la fabrication du produit final.

1.2.4             La concurrence des pays à main d'œuvre moins chère

Il est important de se rendre compte que des coûts de main d'œuvre bas ne protègent pas nécessairement un pays contre la concurrence d'un pays plus avancé, à main d'œuvre plus chère. C'est ainsi que malgré une main d'œuvre agricole 15 fois moins chère que la nôtre, les producteurs de blé chinois ne peuvent concurrencer les céréaliers français, dont la productivité [43] est environ 100 fois plus forte (un seul homme, en France, peut cultiver près de 200 hectares s'il dispose du matériel nécessaire, et en tirer un excellent rendement).

1.3                 Définition de la mondialisation

On appelle mondialisation (on dit aussi globalisation, par traduction franglaise de l'américain) le développement à l'échelle mondiale des entreprises multinationales, la facilitation et l'accélération du commerce, des transferts de fonds, des transferts de technologies et des communications informatisées.

 

C'est aussi la transformation de notre monde par l'ouverture des frontières et le progrès des échanges de biens, services, technologies et capitaux.

 

La mondialisation est donc le résultat, automatique et inéluctable, du progrès technique et de l'ouverture des frontières.

 

1.4                 Avantages de la mondialisation pour les entreprises

Le texte qui suit n'est qu'un résumé volontairement concis ; pour plus de détails, voir le tome 2 du "Cours d'économie pour citoyens qui votent".

§           Marché plus étendu : une entreprise vend dans tous les pays, directement par l'intermédiaire de filiales ou par Internet, par distributeurs locaux…

§           Fabrication et profits là où c'est le plus rentable (spécialisation due à l'avantage comparatif).

§           Economies d'échelle pour fabriquer et investir.

§           Répartition géographique, donc baisse des risques commerciaux (mévente, cours d'une devise, etc.), moins de risque d'être paralysé par une grève ou une guerre…

§           Accès aux investissements en provenance de tous les pays, donc les plus concurrentiels et les plus avantageux possibles.

Voir à propos de la dimension mondiale des marchés financiers le texte "Capitalisme et marchés financiers : une critique sévère".

 

Les entreprises tendent à acquérir une dimension mondiale, à devenir multinationales. Dans une telle entreprise, un même article peut contenir des sous-ensembles fabriqués dans plusieurs pays, un même service au client final peut faire participer des employés situés dans des pays différents (exemple : centres d'appel téléphoniques au Maroc pour clients français).

 

En plus de cette participation de plusieurs filiales d'une même entreprise à la fabrication d'un article donné ou à la fourniture d'un service donné, la mondialisation facilite les sous-traitances. De plus en plus, donc, une entreprise multinationale doit se demander pour chaque gamme de produits :

§           dans quel pays elle doit les concevoir ;

§           fabriquer tel ou tel sous-ensemble ;

§           effectuer l'assemblage final ;

§           où implanter le centre de support téléphonique ;

§           dans quel pays situer la société qui verra apparaître les bénéfices parce qu'ils y sont moins taxés, etc.

 

Pour beaucoup de produits très connus dont les composants proviennent d'un peu partout, comme les iPods d'Apple et les PC de DELL, on devrait trouver dessus des étiquettes : « Made in World ».

1.5                 L'innovation

Ce qui suit n'est qu'un résumé. Pour plus de détails, voir "La France obligée d'innover sans cesse".

 

Si l'innovation se produit spontanément dans tous les domaines parce que des hommes cherchent toujours à faire mieux ou plus qu'avant, elle constitue le moyen privilégié pour une entreprise d'échapper à la concurrence ou de la battre. Le texte [40] rappelle que la concurrence entraîne inéluctablement l'innovation :

"C’est pour desserrer la pression concurrentielle que les entreprises sont incitées à différencier leurs produits. […] L’innovation se produit parce qu’elle est la seule manière pour l’entrepreneur d’obtenir un profit supérieur à la rémunération normale de son activité : le profit est réduit par la concurrence entre les entrepreneurs dès que le monopole lié à l’innovation disparaît."

 

On distingue :

§           L'innovation technique (produits et services nouveaux, meilleurs, moins chers, plus abondants, plus vite disponibles)

·            Pour échapper à la concurrence, au moins pour un temps.

·            Pour accéder à de nouveaux marchés en satisfaisant de nouveaux besoins.

·            Pour accroître la productivité [43], donc les bénéfices.

·             (Au niveau d'un pays) pour favoriser la croissance de l'économie ou simplement lorsque les pouvoirs publics offrent des services innovants aux ressortissants (exemple : déclaration d'impôts sur Internet).

Les brevets jouent un rôle important, en protégeant le droit des inventeurs de disposer seuls du résultat de leur invention. En l'absence d'une telle protection, une entreprise n'investit pas. Il est donc consternant que l'Union européenne n'ait pas encore réussi à se mettre d'accord sur une législation protégeant les brevets.

L'innovation suppose trois types d'étapes : recherche, développement, production. Ces trois étapes supposent à leur tour une population de plus en plus qualifiée.

§           L'innovation organisationnelle : pour améliorer la productivité [43], la qualité (ISO 9000), le délai, etc.

Concernant l'innovation organisationnelle, il faut insister sur le rôle croissant des TIC (Technologies de l'Information et des Communications). Exemples de domaines d'innovation organisationnelle :

·            Productivité personnelle ou organisationnelle, coopération entre entreprises ou centres de recherche ;

·            Automatisation (coûts, délais, qualité) ;

·            Méthodes de vente ou de promotion innovantes ;

·            Mise sur le marché d'un nouveau produit ou service avec peu de moyens grâce à un serveur Internet ;

·            (Innovation financière) pour mettre à disposition des types de financement nouveaux, plus abondants ou plus avantageux.

·            Commandes de produits ou services par Internet, sans se déplacer, 24h/24 ;

·            Simulations et calculs de structure au lieu de tests sur maquette…

Exemple d'innovation : certaines publications, comptant pourtant des centaines de milliers de lecteurs, cessent de paraître sur papier et ne sont plus disponibles que sur Internet. Ce sera bientôt aussi le cas pour certains morceaux de musique disponibles seulement par téléchargement, etc.

1.5.1             L'évolution des exportations mondiales vers toujours plus de technologie

Le graphique ci-dessous, issu de [51] page 76, montre qu'en répartissant les exportations mondiales en 4 catégories selon leur degré d'intensité technologique, ces exportations comprennent de plus en plus de produits et services de haute et de moyenne-haute technologie, et de moins en moins de produits de moyenne-basse et basse technologie :

 

 

Evolution du contenu technologique des exportations mondiales,
en % pour chaque catégorie

 

 

On voit donc qu'il s'exporte dans le monde de plus en plus de produits et services à forte teneur technologique. C'est ainsi qu'en 36 ans, de 1967 à 2003, la part des produits et services de haute technologie est passée de 8 % à 23 %! En fait, c'est toute l'économie mondiale qui devient de plus en plus une économie de la connaissance, comme nous le verrons ci-dessous.

        La France, la zone euro et l'Union européenne doivent donc faire le nécessaire pour disposer de tels produits et services, ce qui suppose un effort de formation et de R&D. Nous verrons plus bas que cette recommandation fait partie de la stratégie de Lisbonne.

1.5.2             L'économie de la connaissance

Le rapport [40] résume les trois domaines où l'action de l'Etat peut contribuer à une croissance forte et durable de l'économie :

"Il y a 3 facteurs clé du taux de croissance d'une économie : les infrastructures publiques, la recherche et développement et l’accumulation de capital humain."

 

Si l'on considère l'Education nationale comme faisant partie des infrastructures publiques (à côté des voies de communication, des réseaux de transport d'électricité, etc.), ces trois facteurs ont un point commun : la connaissance, sous forme de connaissances scolaires ou universitaires de base, de technologies et de savoir-faire professionnel. Et [40] ajoute, en se basant sur des études publiées :

"L’accumulation et la diffusion de connaissances constituent le moteur de la croissance économique. Et une économie utilisant une forte part de son capital humain à la recherche, aura tendance à croître plus vite qu’une autre."

 

L'activité de la plupart des travailleurs des pays avancés comprend de plus en plus de manipulation d'informations, notamment avec l'aide d'ordinateurs et de réseaux de télécommunications. Les vendeurs qui passent leur temps à parler et à rédiger des propositions commerciales, les administratifs, les gestionnaires de logistique, les journalistes, les services de marketing, les managers, les enseignants… tous passent le plus clair de leur temps à manipuler de l'information, des connaissances :

 

Notre économie est devenue une économie de la connaissance

 

Cette économie de la connaissance, c'est-à-dire de l'information, est celle qui a la plus forte valeur ajoutée. Un exemple des coûts relatifs d'un produit et des manipulations d'information qui l'accompagnent est celui des chaussures Nike, où la manipulation d'informations représente 76 % du prix du produit.

 

Pour plus de détails sur l'impact des délocalisations sur l'emploi et le PIB, voir :

§           "Délocalisations vers la Chine : les chiffres parlent !

§           "La croissance du PIB entraîne celle des inégalités".

1.5.3             Recherche : rentabilité économique ou rentabilité sociale ?

L'innovation coûte cher en formation, puis recherche, développement, mise en production et commercialisation des nouveaux produits. Les investissements correspondants doivent être rentables chaque fois qu'ils sont faits par des entreprises, qui doivent présenter un bilan et faire des bénéfices. Or certains types d'investissements peuvent ne pas être rentables dans un délai compatible avec les contraintes d'une entreprise : la formation scolaire ou universitaire, la recherche fondamentale, la construction d'infrastructures de transport et de télécommunications, etc.

 

On distingue donc deux types de rentabilité : la rentabilité économique, qui permet l'investissement privé, et la rentabilité sociale, qui exige un investissement public. Dans les calculs de rentabilité sociale il faut aussi prendre en compte les effets sur l'environnement, la qualité de la vie, le désenclavement d'une région, le nombre d'emplois résultants à moyen terme, etc.

 

Parfois la rentabilité sociale est considérable, mais à très long terme. Ce fut le cas lorsque la France décida de protéger son indépendance énergétique en construisant un parc de centrales électronucléaires ; c'est le cas lorsque France Télécom entreprend de câbler progressivement tout le pays en fibres optiques permettant des débits considérables pour chaque abonné (100 Mbits/s, par exemple) ; c'est toujours le cas pour les lignes TGV. Dans ces cas-là, le capitalisme d'Etat français présente un avantage certain par rapport au capitalisme exclusivement privé de pays comme les Etats-Unis.

 

Le rapport [40] rappelle que le rendement privé de la recherche est inférieur à son rendement social :

Le rendement privé de la recherche est inférieur à son rendement social : ces dépenses ont des « effets externes » importants pour les producteurs. Comme leur rendement privé est négatif elles ne sauraient être mises en œuvre par les entreprises privées. Il faut donc que l’État mette en place cet environnement favorable à la croissance par l’intermédiaire des dépenses publiques d’équipement, de formation et par une politique de soutien à la recherche-développement."

2.                    Le Marché commun de l'Union européenne

Ce chapitre décrit le Marché commun de l'Union européenne, qui constitue l'essentiel de son processus de mondialisation, et la décision volontariste de progresser connue sous le nom de « stratégie de Lisbonne ».

2.1                 Croissance due à l'intégration européenne

L'intégration commerciale de l'Union européenne dans le cadre de son Marché commun a eu d'importantes retombées économiques favorables. En voici des exemples extraits de [6] :

§           Page 5 :

"Depuis l’abolition de nos frontières intérieures, il y a dix ans, le marché intérieur a amplifié la croissance économique de l’UE d’au moins 1,8 %, en ajoutant près de 900 milliards d’euros à notre prospérité collective, ainsi qu’en contribuant à créer 2,5 millions d’emplois supplémentaires."

§           Page 9 :

"Le commerce entre l’UE-15 et les pays adhérents a déjà été multiplié par 8 entre 1995 et 2000 – dans une large mesure en raison de l’impact des accords européens. Et, malgré ces augmentations, les exportations de ces pays vers l'UE-15 pourraient encore presque doubler, même aux niveaux de développement actuels. En effet, l’adhésion à l’UE conduira à une nouvelle réduction des barrières commerciales pour ces pays."

 

Extrait de [2] page 22 :

"Concernant les services, la création d’un marché unique en Europe augmenterait le PIB [41] de près d’un point par an à moyen terme."

 

Extrait de [7] page 19 :

"A l'heure actuelle, les services représentent 70 % de la valeur ajoutée [PIB [41]] de l'Union européenne. La libéralisation du marché des services stimulera la croissance et créera de l'emploi. Une augmentation nette de 600 000 emplois pourrait être envisagée si le secteur des services était libéralisé."

Et dire que la grande majorité des Français, président Chirac en tête, se sont opposés à la directive Bolkestein par peur de mythes comme le « plombier polonais » ! Les Anglais et les Irlandais, au contraire, ont ouvert leurs frontières aux services et travailleurs venus d'Europe de l'Est et, comme prévu, leur PIB a augmenté et loin de détruire des emplois, ils en ont créé !

 

Extrait de [8] page 38 (traduction) :

"La croissance des investissements en matière de connaissances prévus dans la stratégie de Lisbonne [voir ci-dessous] pourrait produire une croissance du PIB [41] pouvant atteindre 7 à 8 % en 10 ans."

 

Malgré ce qui précède, nous allons voir que l'économie de l'Union européenne n'est pas aussi ouverte et bien gérée que celle des Etats-Unis, si l'on considère ses résultats en matière de croissance et de chômage.

2.2                 Croissance des exportations de la zone euro

Plus l'Union européenne exporte, plus elle fait travailler de salariés. Il est donc important que ses exportations croissent, et même qu'elles croissent aussi vite que la demande mondiale de produits et services qui lui est adressée.

 

Le graphique ci-dessous, issu de [51] page 70, montre que de 1992 à 2005 :

§           Les exportations en volume (c'est-à-dire hausse des prix déduite) de la zone euro ont été multipliées par 2,2 ;

§           La demande de biens et services adressée à la zone euro a été multipliée par 2,3.

 

 

Zone euro : exportations en volume et demande extérieure, base 100 en 1992

 

 

On voit que le marché mondial pour nos produits croît très vite : la mondialisation nous est extrêmement bénéfique. En outre, nous avons maintenu nos parts de marché jusqu'en début 2004, puis perdu un peu de parts de marché au profit de la Chine et des autres économies émergentes.

 

Le graphique ci-dessous, issu lui aussi de [51] page 70, montre que de 1992 à 2005 les Etats-Unis et le Japon ont perdu plus de parts de marché que la zone euro, qui reste donc un exportateur performant :

 

 

Parts de marché en volume à l'exportation, base 100 en 1992

 

2.3                 Diagnostic : retard de l'Union européenne par rapport aux Etats-Unis

La Banque de France a publié dans son bulletin de juillet 2006 [2], pages 20 et suivantes, une comparaison des économies de la France, des Etats-Unis et de l'Union européenne à 15 (UE15). En voici deux graphiques qui reprennent l'historique depuis 1992 et le projettent jusqu'à 2007 :

 

 

Evolution comparée de la croissance annuelle moyenne du PIB [41] de 1992 à 2007 :
à part en 2000, 2001 et 2002, la croissance américaine a toujours été nettement supérieure

 

 

Evolution comparée du taux de chômage [39] de 1992 à 2007 :
le taux de chômage américain a toujours été très inférieur aux taux européens

 

 

Le graphique ci-dessous montre l'érosion, lente mais continue, des pouvoirs d'achat de l'UE15 et de la France par rapport aux Etats-Unis :

 

 

 

 

Le graphique ci-dessous, issu de [42], illustre la stagnation depuis 36 ans du PIB par habitant, à parité de pouvoir d'achat et prix constants de 1995, par rapport à une base Etats-Unis = 100. Le niveau de vie de Union européenne, qui rattrapait celui des Etats-Unis jusqu'au 1er choc pétrolier (fin 1973), progresse depuis à la même vitesse et reste à 70 % du niveau de vie américain.

 

 

Evolution du PIB par habitant de l'Union européenne
en pourcentage de celui des Etats-Unis
(en SPA [42] et aux prix constants de 1995)

 

 

Il ne faut pas accuser l'Europe ou l'euro de ces résultats inférieurs à ceux de Etats-Unis, c'est-à-dire croire que tous les pays de l'UE15 ou ceux de la zone euro ont perdu du niveau de vie par rapport aux Etats-Unis. Le graphique ci-dessous, issu des statistiques des Nations unies [28], montre la formidable croissance du niveau de vie des Irlandais (membres de la zone euro) à partir de 1994 : ils ont rattrapé la France, l'ont dépassée et sont en train de rattraper les Etats-Unis ! Et comme une forte croissance du PIB [41] entraîne une forte croissance de l'emploi, le taux de chômage [39] irlandais était de 4.3 % en 2005. Il ne faut donc accuser ni l'UE ni l'euro.

 

 

 

 

2.3.1             Nous ne travaillons pas assez

L'une des raisons du PIB par habitant [42] bien plus faible en France qu'aux Etats-Unis est toute simple : nous ne travaillons pas assez ! Non seulement, chez nous, la proportion de personnes en âge de travailler qui ont un emploi (c'est-à-dire le taux d'emploi [39]) est plus faible, mais nous travaillons moins d'heures dans l'année. (Voir les détails).

        En fait, l'écart de croissance entre la France et les Etats-Unis ou le Royaume-Uni depuis 1980 s'explique presque entièrement par l'écart de croissance du nombre d'heures travaillées.

2.3.2             Notre productivité est insuffisante

Depuis 1996, la productivité [43] croissant plus vite aux Etats-Unis qu'en Europe et notamment en France, le retard de niveau de vie de notre pays s'accroît. Le rapport du Sénat [29] parle même de « décrochage » de la France par rapport aux Etats-Unis, en donnant le tableau comparatif suivant :

 

 

 

1983-1990

1990-1995

1995-2000

1995-2001

France

2.48

1.01

0.91

0.65

Etats-Unis

1.24

1.58

2.16

1.99

Evolution comparée des croissances annuelles de la productivité par tête [43] en %

 

 

Pour combattre cette perte progressive de compétitivité, les rapports Camdessus [16] et Beffa [17] préconisent d'investir en R&D et en Technologies de l'Information et des Communications (TIC) ; voir "La France obligée d'innover sans cesse". Voir aussi "L'incomparable contribution des TIC à la croissance".

 

La stratégie de Lisbonne, que nous examinerons plus bas en tant que réponse au retard croissant sur les Etats-Unis, prend bien en compte les problèmes de productivité et de quantité de travail.

2.3.3             L'intégration de l'Union européenne est inachevée

Selon [6], l'une des raisons du retard croissant de l'Union européenne sur les Etats-Unis est la différence d'intégration : les Etats-Unis ont achevé leur intégration économique, fiscale, juridique, politique, etc. depuis longtemps, alors que l'Union européenne est très loin d'y être arrivée. Et après le rejet du Traité constitutionnel par la France et les Pays-Bas, l'intégration de l'Union européenne ne progresse plus.

 

En effet, selon le rapport [40] :

"Les effets positifs du marché unique s’essouffleraient car l’approfondissement de l’intégration fait face à des obstacles croissants dans plusieurs domaines : infrastructures (électricité), droit (société européenne), langue (brevet), sphère publique (enseignement)" (et on pourrait ajouter la fiscalité)…

 

Le graphique ci-dessous, extrait de la page 5 de [6], montre que dans l'Union européenne le commerce des produits manufacturés croît de plus en plus lentement, voire décroît :

 

 

Dans l'Union européenne le commerce des produits manufacturés croît de plus en plus lentement, voire décroît

 

 

Comme le commerce permet la spécialisation, source de productivité, et avive la concurrence, celle-ci décroît et les prix dans l'Union européenne ont arrêté de converger depuis une dizaine d'années, comme le montre le graphique suivant, issu de la page 6 de [6] :

 

 

Les indices des prix nationaux (compris entre le plus cher et le moins cher)
ont arrêté de converger

 

 

L'Union européenne souffre donc d'une concurrence insuffisante, qui provient de réglementations nationales anticoncurrentielles : prix planchers fixés par l'Etat, par exemple (comme le prix des livres en France, dont la remise ne peut dépasser 5 %), ou prix minimaux dans la grande distribution…

 

La stratégie de Lisbonne a prévu de combattre vigoureusement le manque de liberté du commerce dans tous les pays de l'Union.

2.3.3.1                        Le combat d'arrière-garde de la France contre la déréglementation

L'absence de transposition de certaines règles fragmente le marché intra-européen, donc limite la concurrence, crée pour certaines entreprises des rentes de situation et pénalise donc les consommateurs. En France, la limitation de la concurrence est demandée par les syndicats et l'extrême gauche, car elle permet le maintien d'activités insuffisamment concurrentielles - donc d'emplois - aux frais des consommateurs, et les gouvernements cèdent pour éviter grèves et manifestations.

 

Le graphique ci-dessous montre les pourcentages de règles du Marché commun que les divers Etats n'ont pas encore traduites en législation interne :

 

 

Déficit de transposition de règles du marché intérieur par Etat membre au 30/11/2003

 

 

On voit que la France fait partie des plus mauvais élèves, et que dans l'Association Européenne de Libre Echange (AELE) regroupant l'Islande, le Liechtenstein, la Norvège et la Suisse, les 3 pays cités ont des taux de transposition bien meilleurs.

 

La Commission européenne engage des procédures d'infraction contre les pays qui ne respectent pas les règles de fonctionnement du marché intérieur ; ces pays risquent de lourdes pénalités La France est le pays de l'Union européenne dont la situation s'est le plus dégradée, comme le montre le graphique suivant :

 

 

 

 

2.3.3.2                        Les réformes dans le reste de l'Union européenne

La France n'est pas seule coupable de retard dans l'appropriation des réformes européennes, loin de là. Le rapport [45] a évalué les efforts d'appropriation des réformes européennes par les divers pays membres selon 4 critères :

§           Le niveau de suivi des procédures d'appropriation par les gouvernements des pays ;

§           L'implication de la société civile (existence de campagnes d'information, de débats…) ;

§           L'implication des partenaires sociaux (ont-ils débattu de la stratégie de Lisbonne et fait quelque chose pour la mettre en pratique…) ;

§           L'implication des parlements nationaux (ont-ils fait des propositions de loi, ont-ils débattu de projets de loi soumis par les gouvernements…)

 

Le degré d'appropriation des réformes par les divers pays est résumé dans le graphique ci-dessous :

 

 

Degré d'appropriation des programmes de réforme

 

 

On constate que, sur 25 pays de l'Union européenne :

§           11 (dont la France) n'ont pas organisé de débat dans la société civile : ils n'ont pas informé leurs citoyens des enjeux et des actions de leur gouvernement. Comment s'étonner, alors, que les Français aient refusé le Traité constitutionnel, alors que l'intérêt de l'approfondissement de l'Union ne leur avait pas été expliqué par les politiciens ?

§           18 ont un niveau de suivi nul : ils n'ont tout simplement pas donné de suite à leurs engagements de Lisbonne !

 

En somme - et c'est affligeant - la majorité des gouvernements européens ont à peu près ignoré leurs engagements de Lisbonne. Sans doute ces engagements - et les promesses de progrès économiques, sociaux et environnementaux - coûtaient-ils trop cher en efforts à faire par rapport à ce qu'ils pouvaient rapporter à des politiciens soucieux de leur réélection. Sans doute une échéance à 10 ans étant plus lointaine que celle des prochaines élections, ne mérite pas aux yeux des politiciens qu'on demande aux citoyens des efforts impopulaires.

2.3.4             Le déficit d'investissements

L'Union européenne investit davantage dans le reste du monde que l'inverse. Les investisseurs préfèrent de plus en plus les opportunités hors d'Europe, du fait des réglementations trop strictes, de l'intégration imparfaite des marchés européens et de la croissance européenne plus faible que celles des Etats-Unis ou des « tigres » d'Asie. C'est inquiétant, parce qu'il y a une forte corrélation entre investissements et PIB. Le graphique ci-dessous, extrait de la page 7 de [6], montre :

§           Que depuis très longtemps les investissements sortant de l'Union européenne sont supérieurs à ceux qui y entrent ;

§           Que le solde négatif s'accroît de plus en plus, les investissements préférant de plus en plus investir hors d'Europe.

 

 

Flux d'investissements étrangers en milliards d'euros :
les investisseurs préfèrent de plus en plus investir hors d'Europe qu'en Europe

 

 

Selon [19] page 5, pendant la décennie de 1994 à 2003 :

§           Les étrangers ont investi en France 351.6 milliards de dollars, somme considérable ;