La France obligée d'innover sans cesse

Mise à jour : 30/12/2006

Le mot « innovation » recouvre bien des promesses et des exigences auxquelles on ne s'attend pas. Il recouvre surtout désormais une obligation pour la France : innover pour s'adapter à l'économie de la connaissance ou décliner.

 

 

Objectifs

 

La mondialisation a pour conséquence une concurrence toujours plus dure. Les pays à main d'œuvre bon marché concurrencent nos fabrications traditionnelles, alors que l'industrie représente environ 20 % de nos emplois ; et les pays avancés concurrencent nos activités de haute technicité. Cette concurrence est une menace directe pour nos travailleurs, même si elle est bénéfique pour nos consommateurs.

 

Synthèse d'une dizaine de rapports officiels accessibles par des liens Internet, l'étude montre d'abord que nous ne pouvons nous isoler derrière des frontières protectrices et que la seule solution pour la France est de produire des biens et services que d'autres pays ne peuvent produire, ou plus mal que nous. Ces autres biens et services, il faut les créer : c'est l'innovation.

 

L'étude montre, exemples à l'appui, qu'il y a beaucoup d'autres domaines que la fabrication dans lesquels on peut et il faut innover.

 

A la base de l'innovation, il y a la recherche et développement, la R&D comme on dit, qui elle-même repose sur un socle de connaissances que notre Education nationale ne fournit pas parfaitement. L'étude décrit les articulations entre ces connaissances et les divers niveaux de recherche et de développement sur lesquels se fonde l'innovation.

 

L'étude détaille la dimension économique de l'innovation : son impact sur l'économie, exemples chiffrés à l'appui, son besoin de financement et son impact sur la qualification des travailleurs. Elle rassure sur le fait que la France offre et offrira de plus en plus d'emplois, même si les travailleurs les plus qualifiés seront les plus demandés.

 

L'étude se termine par des suggestions pour une politique favorable à l'innovation dans les domaines de l'enseignement, de la recherche, des diverses formes de coopération, de l'intelligence économique, des incitations fiscales, etc.

 

Cette étude est une contribution aux réflexions et aux programmes politiques des élus qui sollicitent les suffrages des électeurs.

 

 


Fiche descriptive

 

Buts de l'étude

§           Montrer - chiffres à l'appui - que l'innovation est importante dans beaucoup d'activités économiques et indispensable à la croissance de l'économie française, donc de ses emplois ;

§           suggérer des décisions politiques pour favoriser l'innovation.

 

Personnes concernées

Elus et citoyens qui veulent :

§           se faire une opinion de la situation de la France et de sa politique actuelle en matière d'innovation, notamment avec des comparaisons internationales ;

§           savoir quelle politique demander à ceux qui sollicitent leurs suffrages.

 

Caractéristiques de l'étude

§           Tous les faits, toutes les statistiques chiffrées résultent de textes officiels accessibles sur Internet en cliquant sur les liens fournis.

§           L'étude est une synthèse d'une dizaine de rapports officiels (cités), réalisée par Daniel MARTIN en toute indépendance et sans rémunération.

§           La publication sur Internet permet d'utiliser des liens hypertexte pour compléter ou justifier les affirmations, et facilite les mises à jour. Celles-ci auront lieu approximativement toutes les deux ou trois semaines.

 

Résume des principaux points du texte

§           Pour la croissance de l'économie française l'innovation n'est pas un choix politique parmi d'autres, c'est une obligation du fait de la concurrence internationale croissante.

§           Son impact prévisible est connu et chiffré, comparaisons internationales à l'appui. Il conduit à une réorientation en profondeur de notre économie.

§           La capacité d'innovation du pays repose sur la formation, la R&D et l'investissement, tant public que privé.

§           Innover sous-entend une volonté politique et un effort pendant des années. Il faut aussi une campagne de communication pour faire accepter l'investissement, attirer des talents et donner espoir.

 

 

Daniel MARTIN

 

 

Table des matières

 

Une concurrence de plus en plus redoutable. 4

La stratégie défensive de repli sur l'hexagone. 4

La seule stratégie offensive : l'innovation.. 5

L'économie de l'information.. 6

Les produits de luxe et la mode. 7

L'exemple des « alicaments ». 8

La fausse innovation.. 8

L'innovation technologique. 8

Les techniques innovantes de fabrication.. 8

L'innovation organisationnelle - Internet 9

Importance des divers types d'innovations par secteur d'activité. 11

Les services innovants. 12

Moderniser les services publics. 13

L'innovation financière. 14

Le délai de mise sur le marché. 14

L'agilité  15

Les méthodes de vente ou de promotion innovantes. 16

Le dynamisme des entreprises innovantes. 16

Classement des activités de fabrication selon leurs budgets de R&D.. 16

Classement des activités de services selon leurs budgets de R&D.. 17

Recherche et développement sont la base de l'innovation.. 18

Lien entre recherche et croissance. 19

La France dépose moins de brevets que ses concurrents. 20

Ne pas oublier l'intelligence économique. 20

Conséquence politique : évoluer vers la haute technologie. 21

L'explosion des demandes de brevet international 21

La capacité d'innovation de la France recule. 22

Un problème de moyens financiers dû aux gaspillages de l'Etat 24

L'Union (européenne) fait la force. 25

Conclusions sur l'importance de l'innovation.. 25

L'adaptation de la main d'œuvre. 26

De plus en plus d'emplois menacés de délocalisation.. 27

Que faire des travailleurs peu qualifiés ?.. 28

Oui, on peut et on pourra travailler davantage ! 33

Conclusion : priorité à l'innovation.. 33

Suggestions pour une politique en faveur de l'innovation.. 34

Références  35

 

 

Une concurrence de plus en plus redoutable

Chaque jour qui passe apporte des nouvelles qui vont dans le même sens : les pays à bas salaires nous concurrencent de plus en plus. La plupart de ces nouvelles concernent des industries et des services. Des concurrents étrangers fabriquent moins cher que nous des appareils électroniques, des textiles, etc. D'autres transportent des marchandises par mer ou par la route pour une fraction du prix de leurs concurrents français.

 

Mais aussi et de plus en plus, le savoir-faire des ingénieurs et scientifiques indiens et chinois concurrence notre propre recherche et développement (R&D) [10]. Les Indiens disent qu'ils forment près d'un million d'informaticiens par an, plus que les Etats-Unis et l'Union européenne réunis. La Chine a lancé des astronautes dans l'espace, ce que l'Union européenne ne peut pas faire. Des médecins Indiens reçoivent par Internet des électrocardiogrammes pour les interpréter aux heures où nos propres médecins dorment, et à un prix qui ne paierait pas une aide-soignante chez nous.

 

Nous allons d'abord montrer que notre seule défense contre cette concurrence est l'innovation, et que celle-ci prend de multiples formes.

La stratégie défensive de repli sur l'hexagone

Face à cette concurrence certains voudraient fermer nos frontières en utilisant des quotas, des droits de douane, etc. Cette solution a été essayée à maintes reprises dans le passé, chez nous et ailleurs, et elle a toujours échoué. Non seulement les concurrents trouvent un moyen de contourner les barrières, mais on constate que l'économie des pays ouverts au commerce international progresse bien plus vite que celle des pays fermés.

 

On constate aussi que la mondialisation a été extrêmement bénéfique aux pays riches comme aux pays pauvres. Et ces constatations confirment l'explication scientifique de la croissance économique due au développement des échanges internationaux, explication qui repose sur la spécialisation de tous les pays et de toutes les entreprises dans ce qu'elles peuvent faire le mieux ou le moins cher, explication connue sous le nom de "Théorie de l'avantage comparatif".

 

Enfin, ce n'est pas parce que certains pays mal gouvernés ou à la démographie explosive ne progressent pas qu'il faudrait empêcher ceux qui peuvent améliorer le niveau de vie de leurs ressortissants de le faire. D'ailleurs qui peut empêcher la Chine et l'Inde de se développer, même si ce développement absorbe tellement de matières premières comme le pétrole et le fer que les prix montent chez nous ?

 

Dans notre économie mondiale ouverte, la concurrence croissante ne peut être bloquée, ni même réduite. Nous n'avons qu'un seul choix, la battre.

La seule stratégie offensive : l'innovation

Dans notre économie mondialisée, une entreprise n'a que trois façons de combattre une concurrente : l'acheter, vendre moins cher ou vendre autre chose. S'entendre avec elle pour se partager le marché n'est plus souvent possible, les ententes étant de plus en plus sévèrement réprimées parce que contraires à l'intérêt des consommateurs.

 

Acheter ses concurrents pour dominer le marché et pouvoir ainsi imposer ses produits et ses prix est la première stratégie des multinationales, mais elle bute de plus en plus sur les lois de protection de la concurrence. L'Union européenne, par exemple, a un Commissariat à la concurrence redoutablement efficace, qui impose souvent de lourdes sanctions aux entreprises qui ont trop bien réussi à éliminer leurs concurrentes ; exemple : Microsoft.

 

Vendre moins cher exige de produire moins cher, c'est-à-dire des délocalisations ou des sous-traitances à des entreprises des pays pauvres. Au bout de quelques années, ces pays acquièrent la compétence pour concevoir eux-mêmes les produits qu'ils fabriquaient pour nous ou sous licence. Ce fut le cas du Japon, après la deuxième guerre mondiale : ce pays commença par fabriquer des automobiles conçues en Europe, puis apprit à les concevoir si bien qu'il nous en vend aujourd'hui des millions, bien plus qu'il ne nous en achète.

 

Vendre moins cher est souvent possible pour les pays émergents parce qu'ils copient nos brevets et nos créations artistiques. On ne compte plus les vols de propriété intellectuelle de Chinois : logiciels, films et jeux sur DVD, objets de luxe, etc. L'Inde, elle, copie des brevets de médicaments pour ne pas faire payer à sa population pauvre le prix demandé par les laboratoires occidentaux qui les ont mis au point. Le phénomène de copie est si grave qu'on peut affirmer que tout ce qui se vend bien sera copié dès que possible.

        Et lorsque copier prend trop de temps, les pays émergents utilisent des transferts de technologie. C'est ainsi que les Chinois apprendront de la France à fabriquer des Airbus dans le cadre d'un gros contrat d'achat dont c'est une clause, comme les Coréens ont appris à fabriquer des TGV.

 

Il ne reste qu'une solution : vendre autre chose, un produit ou un service qui n'a pas de concurrent parce qu'il est nouveau. Cela s'appelle l'innovation (voir définition détaillée en [9]). Nous allons voir que cette solution marche dans bien plus de domaines qu'on n'imagine, à quelles conditions elle marche et ce qu'on peut faire des travailleurs qui ne participent pas au processus d'innovation.

 

Nous pouvons déjà signaler que les études récentes [11], [12] et [28] montrent que plus un pays dépense en R&D [10] privée ou publique, plus la croissance du PIB par habitant est forte, et que plus les dépenses de fonctionnement et le déficit de l'Etat sont élevés, plus elle est faible. Or le PIB par habitant est une des mesures du niveau de vie et la croissance du PIB entraîne celle de l'emploi.

        En outre, [8] rappelle page 103 que les connaissances acquises dans un pays se transmettent à d'autres, qui en profitent lorsqu'ils ont un niveau suffisant pour les assimiler, et qu'il y a des synergies entre les recherches publique et privée d'un pays et celles des autres, ainsi qu'entre les innovations d'une entreprise et celles de ses filiales, fournisseurs et clients. Le rapport [8] confirme aussi que les politiques gouvernementales d'aide à la R&D [10], et à l'innovation en général, s'avèrent payantes.

 

L'économie des pays avancés est de plus en plus dominée par les activités de création, communication et partage des connaissances.

 

L'étude [28] nous apprend même que l'investissement public en R&D, notamment sous forme de recherches dans les universités et centres de recherche d'Etat, ne suffit jamais. Il faut que l'investissement privé en R&D s'ajoute à l'investissement public, et qu'il y ait beaucoup de coopérations entre recherches publique et privée. C'est que les dépenses privées sont plus efficaces, mieux gérées, que les dépenses publiques ; ensuite, avec 1 € de dépense privée et 1 € de dépense publique on fait plus de recherche dans un projet commun qu'avec 2 € dans deux projets séparés.

 

Or en France il y a un problème de manque de confiance réciproque entre chefs d'entreprise et enseignants ou chercheurs ; les premiers reprochent aux seconds (souvent de gauche ou d'extrême gauche) leur hostilité vis-à-vis de l'entreprise et de ses contraintes ; et les seconds reprochent aux premiers leur recherche du profit et leur soutien à une société libérale ; ils n'arrivent donc pas souvent à travailler ensemble et l'Etat doit fréquemment les y contraindre en n'attribuant des subventions qu'à des projets communs.

L'économie de l'information

Voici un paragraphe de [24] page 100 qui explique que, de nos jours, la majeure partie du coût d'un article fabriqué hors matières premières, composants et services achetés, et énergie (c'est-à-dire de sa valeur ajoutée [25]) est du coût de traitement d'informations.

 

"De plus en plus fréquemment, le contenu informationnel dans un produit dépasse, en valeur, son contenu en énergie, en matières premières et en heures de travail manufacturier. Nous entendons par coûts informationnels :

§           études préliminaires du marché, marketing, détermination des besoins du client, analyse de la concurrence, intelligence économique ;

§           coûts de conception : R&D, bureau d'étude, mise au point, élaboration des programmes de CFAO qui piloteront les machines de production (MOCN), suivi dans la pharmacie des tests sur des milliers de patients… ;

§           protection juridique, veille technologique ;

§           coûts de fabrication de la partie immatérielle : élaboration des modes d'emploi, de la documentation technique, écriture des logiciels nécessaires pour le produit,....;

§           coûts du suivi qualité ;

§           coûts de transmission de l'information (télécommunications) ;

§           coûts de traitement de l'information (informatique) :

§           coûts immatériels aux niveaux de l'atelier de production, du bureau des méthodes, de l'organisation des processus de production, des cercles de qualité, de la programmation des machines-outils à commande numérique, des choix techniques réalisés par les opérateurs (définition des paramètres d'usinage, choix des matériaux …) ;

§           recherche de sous-traitants ou de partenaires ;

§           coûts de gestion : procédures administratives relatives au paiement des taxes, aux demandes d'autorisations ou aux questionnaires statistiques, comptabilité, facturation,… ;

§           communication, relations publiques

§           coûts de commercialisation : publicité, conseil au client, catalogue, formation des clients, négociation du prix et des clauses du contrat, recherche de nouveaux distributeurs, de nouveaux clients, de nouveaux marchés ;

§           coûts de gestion du personnel : recrutement, paye, formation des agents ;

§           coûts liés à la logistique : gestion et organisation du transport et du stockage,... ;

§           coûts des services financiers : négociation, optimisations, gestion de trésorerie ;

§           coûts des achats, recherche de fournisseurs, du lancement des appels d'offre, gestion des approvisionnements ;

§           coût de la conduite de projets ou de chantiers ;

§           coûts du service après vente : maintenance, mise à jour, contentieux,....;

§           coût des informations que l'on achète : brevets, licences, accès à des banques de données,.....;

§           etc.

De plus la compétitivité d'une entreprise, liée à la pertinence de ses décisions, dépend largement de la qualité des informations dont elle dispose et de sa capacité à les capitaliser et à les traiter."

 

Au niveau d'un pays entier, la majeure partie de l'activité est désormais du traitement d'informations : on parle d'économie de l'information.

 

Ce point de vue est partagé par le rapport Lévy-Jouyet de novembre 2006 [30], qui décrit l'économie de l'immatériel et fourmille de recommandations au gouvernement.

Les produits de luxe et la mode

L'innovation se manifeste d'abord dans les produits de luxe, dont la marque ou la provenance est synonyme de qualité dans l'esprit des consommateurs du monde entier : haute couture, vins et parfums français, maroquinerie italienne, horlogerie suisse, voitures de prestige allemandes ou anglaises, etc. Mais il ne faut pas croire qu'il suffit à ces marques de proposer leurs produits pour qu'ils se vendent partout ; ces marques innovent sans cesse. La haute couture sort de nouveaux modèles chaque saison, et les imiter permet seulement de fabriquer des vêtements démodés la saison suivante. Les viticulteurs français viennent de s'apercevoir que pour cesser de perdre des parts de marché ils devaient faire comme leurs concurrents : adapter leurs produits aux goûts des étrangers, goûts dont ils ne tenaient pas compte jusqu'à présent. Les parfumeurs lancent sans cessent de nouveaux parfums, les chausseurs de nouveaux modèles, les Suisses de nouvelles montres de luxe et les constructeurs de nouveaux véhicules de prestige. Les produits de luxe ne représentent pas énormément d'emplois, mais ils génèrent de fortes marges et contribuent au prestige de leur pays d'origine.

L'exemple des « alicaments »

Pour échapper à la concurrence des beurres et des margarines, des produits analogues vantent leurs propriétés anti-cholestérol ou « bons pour le système cardio-vasculaire » ; on les appelle des alicaments, contraction des mots aliment et médicament. Il y a ainsi toutes sortes de produits qui justifient leur prix élevé par leur protection de la santé. Le plus connu est sans doute l'eau minérale, eau de source vendue infiniment plus cher que l'eau du robinet parce qu'elle a bon goût et des propriétés médicinales.

La fausse innovation

Pour les produits ordinaires, les vendeurs créent de faux nouveaux produits, en ne changeant que l'emballage, la quantité vendue, ou n'importe quoi qui attire l'attention des consommateurs, des distributeurs ou des médias, qui leur font alors de la publicité en signalant la « nouveauté ». Et souvent, ils en profitent pour monter un peu en gamme, de manière à augmenter le chiffre d'affaires ou le prix. Je pense aux poudres à laver, etc.

L'innovation technologique

Il y a ensuite la course à la technologie, importante par exemple dans les téléphones portables et les voitures allemandes. Les innovations techniques font vendre, il y a des amateurs de technique de pointe prêts à payer plus cher pour avoir le dernier cri. Un nouveau modèle de téléphone portable ou d'appareil photo numérique a une durée de vie avant obsolescence de quelques mois seulement, et les modèles vieux d'un an se bradent ; seuls les nouveaux modèles génèrent des bénéfices.

Les techniques innovantes de fabrication

Indépendamment des innovations visibles par les consommateurs, il y a les nouvelles techniques de fabrication, plus productives, de meilleure qualité ou plus automatisées. Les Chinois, par exemple, installent des usines ultramodernes, dont la capacité de production est prévue pour un marché de taille mondiale, ne laissant pas de place à des concurrents moins automatisés.

 

Les fabricants de PC et de composants (mémoires, microprocesseurs) ont tellement automatisé la production qu'ils n'ont plus intérêt à aller dans un pays lointain pour fabriquer leurs produits : le pourcentage de main d'œuvre dans le prix de revient est parfois de 1 % seulement.

        DELL, premier constructeur de PC, fabrique en Irlande pour l'Europe car la fabrication d'un PC ne demande que 10 minutes de main d'œuvre et l'économie sur ces 10 minutes ne mérite pas de délocaliser ; en outre, en fabriquant en Asie, le transport par bateau jusqu'en Europe ou aux Etats-Unis (principaux marchés) demanderait plusieurs mois, et les PC arriveraient déjà obsolètes ; et le transport en avion serait trop cher. Enfin, la maintenance des chaînes automatisées de fabrication, très complexes, serait moins bien assurée en Asie où on ne dispose pas d'autant de techniciens de qualité et d'une logistique de transport et de télécommunications aussi bonne.

 

La productivité apportée par les innovations a un impact direct sur le niveau de vie d'un pays et sur sa compétitivité. Voir aussi "Compétitivité-prix et compétitivité-coûts".

L'innovation organisationnelle - Internet

Indépendamment de l'utilisation de matériels et technologies plus modernes, la productivité d'une fabrication peut aussi être améliorée par une meilleure organisation. Une meilleure logistique permet de diminuer les stocks, un meilleur contrôle qualité permet de diminuer les rebuts et de fidéliser les clients. L'effort d'organisation des entreprises d'un pays peut être apprécié aux dépenses qu'il fait en Technologies de l'Information et des Communications (TIC), qui comprennent des ordinateurs, des réseaux de communication (réseaux privés et réseau public Internet) et des logiciels de gestion intégrée d'entreprise comme SAP. Le rapport Camdessus [1] insiste sur ce point en ces termes :

"Sectoriellement, la France apparaît sensiblement en retrait vis-à-vis des États-Unis, mais aussi de nombreux partenaires européens (Finlande, Irlande, Suède, Royaume-Uni) en matière de technologies de l’information et de communication (TIC), que ce soit dans le domaine de la production ou en matière de diffusion. Ainsi, sur la période 1996-2001, les investissements en biens TIC ont représenté en France 2.5 % du PIB et 17 % de l’investissement total, contre respectivement 4.5 % et 28 % aux États-Unis et 3 % et 22 % au Royaume-Uni."

 

Voici ce qu'on lit dans [24] au sujet d'Internet :

"Il apparaît aujourd'hui clairement qu'Internet ce n'est ni du contenu, ni du contenant (ce n'est ni un "média", ni des télécom et encore moins une synergie entre ces deux métiers profondément différents), ni pour l'essentiel de la Technologie, ni de la Communication, ni de l'Information (dans NTIC, seul N devrait être conservé !). Les sites web et le commerce électronique ne sont qu'une infime partie des potentialités de l'Internet, outil extrêmement puissant et qui fera la différence dans la compétition. Celui-ci n'est pas pour autant un « gri-gri » qui dispenserait d'avoir un vrai métier avec des vrais produits ou services, avec des vrais clients et un vrai compte d'exploitation

Internet est un outil de réseau, l'outil des transactions qui transmet des instructions opérationnelles autant que des informations. Il change en profondeur l'organisation des entreprises et permet des gains considérables de compétitivité en écrasant les coûts : coûts administratifs permettant un redéploiement du personnel vers les clients, coûts d'achat, coûts de formation, coût du SAV et augmentation de son efficacité, en limitant les stocks et en-cours et donc les besoins de capitaux pour opérer une entreprise, en réduisant temps et coût de conception d'un nouveau produit, (2005 a vu la sortie du premier avion français entièrement conçu ainsi avec une division par deux des délais et des couts) en donnant les moyens d'un suivi logistique performant et en assurant aux « nomades » une connexion à ce réseau aussi efficace qu'aux sédentaires.

C'est un outil de compétitivité, de flexibilité et de réactivité ; c'est en fait le nouveau système nerveux de nos entreprises : son appropriation n'est ni un problème technique, ni financier, mais culturel (organisation autour de la satisfaction du client) et organisationnel (accent sur un fonctionnement en réseau autour de projets avec un déplacement fort des mécanismes de pouvoir).

C'est un outil à la portée des PME par son coût et sa facilité d'usage : on parle de « simplexité » pour souligner cette simplicité de l'usage permise par la complexité des technologies.

C'est aussi un outil de modernisation des administrations, leur permettant d'être plus efficaces, d'avoir des guichets électroniques disponibles en permanence (le 24/7), générant moins de frais pour les administrés grâce à des procédures en ligne et à visage plus humain ; les tâches « de bureau » étant automatisées, les fonctionnaires devraient pouvoir être davantage disponibles pour leurs concitoyens.

Internet, loin de « déshumaniser » réduit toutes les tâches automatisables dans le cadre de process (comptabilité, approvisionnement, organisation de la production, suivi client, archivage, suivi qualité,…) et permet à l'inverse de redéployer les personnes vers des fonctions d'écoute client, de développement de partenariats, d'innovation, de conduite de projet.

Internet entraîne également une mutation profonde de l'organisation du tissu industriel : réduisant les coûts et les délais des transactions interentreprises (production ou conception d'un produit nouveau), permettant l'indispensable traçabilité exigée des processus qualité, il conduit les entreprises à se spécialiser sur leur cœur de métier et à se configurer en réseaux, « entreprise virtuelle » autour de projets (conception et construction d'un avion, chantier petit ou grand de BTP, tourisme,..), en accroissant sa capacité à s'adapter aux fluctuations chaque jour plus brutales du marché…"

 

Une société peut être tellement mieux organisée que ses concurrentes qu'elle est préférée par les clients. Cette organisation supérieure peut se traduire par des délais plus courts, indispensables dans certains cas, ou par une qualité constamment irréprochable, ou une souplesse extrême d'adaptation aux demandes de la clientèle, etc.

 

C'est ainsi que certains vêtements à la mode doivent être produits à la demande en deux jours, avec une qualité parfaite ; la cliente qui veut partir en vacances avec est alors prête à payer cher. Il y a des sociétés françaises qui se sont spécialisées dans ce type de vêtements, où le service rendu compte autant que le produit lui-même.

 

La délocalisation de ce type d'activité est impossible parce qu'il faut une communauté de langue et de culture pour comprendre les désirs des clientes, ainsi que des délais de transport et livraison minimes.

 

Le fonctionnement des multinationales modernes repose beaucoup sur des innovations organisationnelles. Alors que traditionnellement un fabricant informatisait seulement sa gestion de production pour en optimiser le coût, la quantité de stocks et le délai, aujourd'hui une multinationale éclate l'étude et la fabrication d'un article final entre autant de sites industriels qu'il faut pour optimiser aussi bien le coût d'étude, le coût de production et les impôts. Elle profite de ce que les coûts de transport se sont effondrés, et de ce que la communication entre sites par Internet est quasi gratuite et instantanée. Et au passage, la répartition d'une fabrication entre plusieurs sites met davantage l'entreprise à l'abri de mouvements sociaux ou d'événements politiques dans un pays donné.

 

Le constructeur de PC DELL, encore lui, est un excellent exemple d'innovation organisationnelle. Son modèle de distribution permet une rotation des stocks beaucoup plus rapide que celle de ses concurrents : DELL n'a que 5 jours de stock, 10 fois moins que ses concurrents.

 

La France a aussi un savoir-faire organisationnel remarquable, par exemple dans le domaine des paquebots de luxe, où les Chantiers de l'Atlantique construisent des bateaux de rêve dans des conditions de qualité, de prix et de délai uniques au monde.

Importance des divers types d'innovations par secteur d'activité

Source : [23] page 87.

 

 

Importance comparée des divers types d'innovations par secteur d'activité

 

Les services innovants

L'innovation ne concerne pas que des articles fabriqués, elle concerne encore plus souvent les services. Sur Internet, les services de vente en ligne et les moteurs de recherche ont un succès qui se chiffre en milliards. Internet apporte en la matière des avantages décisifs : pour vendre en ligne dans tous les pays il n'y a plus besoin d'y établir des réseaux de vente et de respecter des horaires de travail : grâce aux moteurs de recherche qui font connaître les produits ou les services, on peut en quelques semaines vendre dans des dizaines de pays avec des frais commerciaux et marketing à peu près nuls, donc avec une compétitivité maximale.

        Exemple : le site de la SNCF http://www.voyages-sncf.com/ est le site Internet commercial le plus populaire de France, avec ses offres de billets de train, de réservations d'hôtel, de location de voiture, etc.

Moderniser les services publics

Parmi les services Internet, les sites des services publics http://www.service-public.fr/ font gagner beaucoup de temps aux citoyens parce qu'ils donnent accès aux textes législatifs et réglementaires, aux renseignements administratifs, aux déclarations en ligne d'impôts ou autres, etc. L'existence de tels services fait beaucoup pour la compétitivité du pays, en faisant gagner du temps dans les démarches comme les routes, aéroports et voies ferrées font gagner du temps dans les transports.

        Malheureusement, l'administration française a encore beaucoup à faire pour se moderniser. Voici des citations du ministre de l'Economie et des Finances Francis Mer dans son livre [5] :

§           Page 15

[La productivité du fonctionnaire français] "est donc bien inférieure à ce qu'elle pourrait être s'il utilisait les innovations qui sont à sa disposition tout en changeant de méthode pour continuer à atteindre le même objectif : la satisfaction du client/usager/contribuable au moindre coût pour la collectivité. En investissant intelligemment mais fortement dans l'informatique, tout en réorganisant les processus de production, beaucoup de missions pourraient être effectuées avec beaucoup moins de moyens humains. D'autres seraient simplifiées, voire abandonnées, dès lors que l'on constaterait qu'elles n'ont plus de justification."

§           Page 16

"Ce que j'ai proposé aux fonctionnaires est de libérer leur travail de ses parties les plus répétitives."

Et M. Mer cite page 15 l'exemple de la sidérurgie pour fournir un ordre de grandeur de l'amélioration de productivité qu'on peut espérer d'une informatisation avec réorganisation : "Dans la sidérurgie, le temps humain nécessaire pour produire une tonne d'acier brut a été divisé par trois durant les quarante dernières années."

§           Pages 30 et 31, M. Mer précise :

"Je pense que le potentiel d'amélioration de la productivité dans l'administration se situe entre 20 % et 25 % du coût de fonctionnement. C'est considérable. Une partie de ce gain doit être redistribuée aux chefs et à l'ensemble des équipes. Pas seulement sous forme d'argent mais aussi de conditions de travail, d'autonomie et de liberté."

 

L'opinion de M. Mer est confirmée par [6] pages 68-69, où on lit ceci :

"Dans une lettre au ministre, datée de septembre 1977, le regretté Jean Choussat écrivait : « Au risque de soulever un tollé, disons que les sureffectifs de la fonction publique sont au minimum de 10 %, soit 500 000 agents. » Les dépenses de personnel représentent les deux tiers des dépenses publiques qui s'élèvent à 50 % du PIB; [54.7 % en 2005] c'est donc 3 à 4 % du PIB que l'on pourrait ainsi économiser."

 

Cette information est importante : la modernisation de sa fonction publique (administration d'Etat et territoriale) permettrait à la France de disposer des marges budgétaires nécessaires à une politique volontariste de R&D [10], dont elle n'a pas les moyens aujourd'hui. Et cette modernisation passe par une innovation dans les méthodes de travail et une intensification de l'utilisation des TIC.

L'innovation financière

Dans beaucoup de pays musulmans, les services financiers sont peu développés, parce que le Coran interdit le prêt d'argent avec intérêt. Les gens qui disposent d'argent épargné ne peuvent donc pas facilement le prêter à une banque, pour que celle-ci le prête à son tour à des entreprises. Celles-ci ont donc un énorme problème de financement qui handicape sérieusement leur développement.

 

L'innovation financière a consisté à trouver des montages qui contournent l'interdiction religieuse, pour mettre quand même l'argent des épargnants à la disposition des entreprises. Les banques se sont arrangées, par exemple, pour remplacer l'intérêt servi aux prêteurs par une participation à des bénéfices. L'hypocrisie du système est certaine, puisque l'astuce est de jouer sur les mots, mais il marche !

 

Dans nos pays, les services bancaires innovants en matière de crédit ou de placement ont le vent en poupe.

Le délai de mise sur le marché

Très souvent, plusieurs fournisseurs travaillent à développer des produits semblables, qui se retrouveront en concurrence lors de leur arrivée sur le marché. Celui qui arrive le premier bénéficie alors d'un avantage concurrentiel important :

§           C'est lui que les médias annoncent comme nouveauté, lui faisant ainsi une publicité importante qui le fait connaître, lui seul, pour les fonctionnalités et les services qu'il rend ;

§           C'est donc lui et lui seul que les consommateurs apprennent à connaître pour ces fonctionnalités ;

§           Lorsqu'un second produit arrive sur le marché, il reçoit bien moins d'attention des médias, car ce qu'il offre n'est pas nouveau. Et certains consommateurs ont tendance à préférer le premier produit, parce qu'ils en ont davantage entendu parler ou qu'ils considèrent qu'il a plus d'expérience.

 

Une innovation a d'autant plus de valeur qu'elle arrive tôt sur le marché, avant ses concurrentes.

 

Autre cas important : celui où le fournisseur ne fait que satisfaire la demande d'un client de développer un produit ou un service nouveau.

Exemple : la fourniture par un constructeur de modems d'un nouveau type de modem ADSL permettant un accès téléphonique au réseau Internet à une distance plus grande du central (technologie ReADSL - Reach Extended ADSL, ou ADSL 512K étendu). Cela permet à des clients dont la ligne téléphonique mesure 7 km d'avoir un accès Internet haut débit ADSL, alors que jusqu'à ce jour la distance limite au répartiteur était de 5 km. En vendant de tels modems, un fournisseur d'accès à Internet peut desservir en haut débit beaucoup plus de clients qu'auparavant, sans devoir investir en création de lignes courtes ou de lignes en fibre de verre. Le problème du fournisseur de modems est alors de développer les nouveaux produits très vite, le plus vite possible, pour que son client batte ses concurrents fournisseurs d'accès ; la valeur de l'innovation est d'autant plus grande qu'elle arrive vite sur le marché.

L'agilité

L'aptitude d'une entreprise ou d'un pays à s'adapter très vite à de nouvelles technologies, de nouvelles règles du commerce international, de nouvelles possibilités de transporter ou de communiquer vite et pas cher s'appelle l'agilité. Or celle-ci dépend d'abord de la disponibilité d'hommes et d'organisations capables d'assimiler et de mettre à profit les nouvelles possibilités, c'est-à-dire d'en faire des opportunités ; et ces hommes et organisations ne peuvent donner leur pleine mesure que si la législation (du travail et du commerce) et les mécanismes de financement (notamment le capital risque) sont propices aux évolutions [22].

 

Un pays entier est d'autant plus compétitif qu'il dispose de davantage de spécialistes et d'entreprises capables d'innover, et d'innover vite.

 

Il a besoin pour cela de former le maximum de techniciens de haut niveau, de disposer du maximum de pôles de compétitivité et de centres de recherche, et de la meilleure infrastructure de communications possible (Internet) pour que les chercheurs et les entreprises qui coopèrent à la mise au point des nouveautés puissent travailler ensemble efficacement. Enfin, il a besoin d'investissements de type capital risque prêts à financer des produits innovants.

Un exemple militaire illustre l'impact de la haute technologie. Avec des bombes classiques lancées d'avions, pour détruire un objectif industriel il fallait 10 tonnes de bombes à l'hectare et un bombardier. Avec des missiles air-sol à guidage laser ou GPS il en suffit d'un de 250 kg (deux pour plus de sûreté) et un même bombardier peut traiter une dizaine d'objectifs en une seule mission. L'économie de moyens et de temps est énorme et les dommages collatéraux sont réduits.

 

Par rapport à un pays qui se bat contre ses concurrents grâce à une main d'œuvre abondante et bon marché, un pays qui mise sur le nombre, la qualité et le délai de mise sur le marché de ses innovations a un gros avantage : celui de l'intelligence sur la force brute. C'est le plus gros atout des pays avancés contre la Chine, mais il exige une fuite en avant technologique permanente.

 

Autre problème : quand une entreprise sort une innovation, celle-ci est aussitôt imitée par ses concurrents, qui la rattrapent au bout de quelques mois. De nos jours, le temps pendant lequel l'innovation initiale reste en avance se réduit de plus en plus, parce que les entreprises ont appris à surveiller leurs concurrentes et à réagir de plus en plus vite. La veille technologique et la veille produit sont devenues très importantes. Les universitaires (pour leur enseignement) et les chercheurs sont dans la même situation.

 

L'économie moderne est une économie de la connaissance

 

Les méthodes de vente ou de promotion innovantes

Une innovation peut aussi être purement commerciale : on vend autrement. Avant même de vendre sur Internet, des marques ont fait fortune en vendant par des réunions de mères de famille, comme les boîtes pour réfrigérateur Tupperware. Aujourd'hui, les fabricants d'imprimantes couleur ne gagnent plus d'argent sur celles-ci, vendues une centaine d'euros ; tout leur bénéfice vient des ventes de leurs fournitures consommables, encres et papiers.

 

Autre exemple : les ventes sur Internet n'ont pas tué et ne peuvent pas tuer les ventes en magasin. Il restera toujours des articles pour lesquels le conseil des vendeurs et l'essai ou la prise en main de l'objet sont indispensables. L'innovation pour de tels articles consiste à faire connaître le rôle de conseil et la compétence des vendeurs du magasin. Dans certains cas où ce rôle peut se contenter d'une conversation téléphonique, c'est la vente par téléphone qu'on privilégiera.

Le dynamisme des entreprises innovantes

Voici un exemple, extrait du Figaro économie du 12/10/2005, article "Sans ses usines, Kindy va beaucoup mieux".

§           De 800 salariés en 1999, l'entreprise est passée à 354 en 2005, en délocalisant sa production de chaussettes en Asie.

§           Conséquences : malgré un chiffre d'affaires en recul de 5 % (50 millions d'euros) dû à la baisse des prix, le résultat d'exploitation progresse de 35 % (4.6 millions d'euros) et l'action a pris 31 % depuis le 01/01/2005, après avoir décuplé en 3 ans.

§           Chine et Indonésie représentent 30 % des approvisionnements en 2005. Transports et droits compris, la fabrication en Asie revient 25 % moins cher qu'en Turquie. Kindy a ainsi pu baisser ses prix de 15 % pour résister à la concurrence.

§           Avec son personnel français, Kindy fait beaucoup d'innovations : 20 % de ses produits sont nouveaux : produits en coton équitable, coton bio, fibre de bambou…

§           Bien gérée et profitable, Kindy rachète ses concurrents français en difficulté : Mariner en 1996, Baby Love en 2005.

Classement des activités de fabrication selon leurs budgets de R&D

Selon [8] page 108 les différents types d'activités de fabrication dépensaient en 2002 des pourcentages différents de leur chiffre d'affaires :

 

 

Type d'activité

Pourcentage
de R&D
par rapport au
chiffre d'affaires

Exemples d'industries

Haute technologie

>5 %

Aérospatiale, pharmacie, informatique,
matériel radio, TV et télécommunications,
matériel médical, instruments de précision

Technologie
moyenne-haute

1.5 - 5 %

Appareils électriques, automobile, chimie
non pharmaceutique, matériel de transport

Technologie
moyenne-basse

0.7-1.5 %

Combustible coke et nucléaire, raffinage
pétrolier, caoutchouc et plastiques,
construction navale, métallurgie

Basse technologie

<0.7 %

Fabrications diverses, industries du bois
et du papier, imprimerie et publication,
produits alimentaires, textiles

 

 

Classement des activités de services selon leurs budgets de R&D

Selon [8] page 110 les différents types d'activités de services dépensaient en 2002 des proportions différentes de leur chiffre d'affaires en R&D. Exemples :

 

 

Type d'activité

Pourcentage
de R&D
par rapport au
chiffre d'affaires

Exemples de services

Haute technologie

>5 %

Développement de logiciel : 21.4 %
Recherche sous contrat 17.6 %
Santé : 15.1 %
Conception systèmes d'information : 14.3 %
Ingénierie, architecture : 5.3 %

Technologie
moyenne-haute

1.5 - 5 %

Commerce : 5 %
Services d'information : 4 %
Services aux fabricants : 3 à 4 %
Services aux industries minières : 3.2 %

Technologie
moyenne-basse

0.7-1.5 %

Télévision, radio, télécommunications : 0.7 %

Basse technologie

<0.7 %

Services financiers, assurances, bâtiment et TP : 0.6 %
Transports en entrepôts : 0.5 %

 

Moyenne

3.6 %

 

 

Selon [23] page 25, voici un graphique comparant les ratios R&D / ventes des 700 premières entreprises mondiales :

 

 

Rations R&D / ventes des 700 premières entreprises mondiales

 

Recherche et développement sont la base de l'innovation

(Voir la définition de la R&D en [10].)

 

Le plus souvent, la création d'un produit nouveau ne peut se contenter d'une bonne idée, elle doit commencer par des recherches. C'est ainsi que L'Oréal, leader mondial des cosmétiques, soins du cheveu, maquillage et parfums, avait il y a quelques années plus de docteurs ès sciences en biologie ou biochimie que le CNRS ; dans ses laboratoires, ses chercheurs étudiaient des molécules et combinaisons de molécules capables de soigner et d'embellir. Les centaines d'entreprises du groupe L'Oréal utilisaient ensuite les résultats des recherches pour sortir à jet continu de nouveaux produits. Le site Internet de la recherche L'Oréal, http://www.loreal.fr/_fr/_fr/recherche/homerech.aspx , nous apprend qu'au cours des dix dernières années le groupe a consacré plus de 2 milliards d'euros à la recherche et qu'en 2003 il a déposé 515 brevets.

 

Les résultats issus des laboratoires doivent ensuite être transformés en produits : c'est la phase de développement, qui précède la phase d'industrialisation. La puissance, la croissance et la pérennité d'un groupe reposent aujourd'hui sur sa capacité d'innovation, elle-même assise sur la R&D. Les groupes puissants comme L'Oréal ont une capacité d'innovation telle que des concurrents qui se contenteraient d'imiter ou de contrefaire leurs produits auraient toujours suffisamment de retard pour être obligés de vendre avec des marges faibles.

 

L'impact économique de l'innovation industrielle vient de ce que les produits nouveaux comme la téléphonie mobile et l'informatique multimédia créent des demandes de la part des consommateurs et du chiffre d'affaires pour les vendeurs ; ils sont un moteur de l'économie. Même dans des articles qui ont plus d'un siècle comme l'automobile, ce sont les améliorations et les innovations qui font vendre.

Lien entre recherche et croissance

Selon [23] page 11 :

§           "Le lien existe entre recherche et croissance.

§           La croissance économique dépend, en grande part et à moyen terme, de la dynamique de la productivité, qui trouve elle-même sa source dans la Recherche-Développement.

§           Ce lien passe par l’adoption des innovations dans l’industrie et les services, par du progrès technique, éventuellement incorporé dans le capital, mais aussi par l’enseignement et la formation (capital humain)."

 

Le progrès actuel consiste pour beaucoup à mettre en relation des connaissances, à en permettre la synthèse, grâce aux Technologies de l'Information et des Communications (TIC). Celles-ci ont permis d'ouvrir de nouvelles activités et de changer l'organisation du travail.

 

Selon [23] page 15 :

"…30 % de la croissance américaine entre 1950 et 1993 peuvent être attribués à une amélioration du niveau d’éducation, et 50 % à l’effort de R&D (mondial, pas seulement américain)."

 

Or selon [23] page 20, l'Europe à 15 prend de plus en plus de retard dans ses dépenses de R&D par rapport aux Etats-Unis, puisque ses dépenses qui représentaient 87.9 % de celles des Etats-Unis en 1995 n'en représentaient plus que 55.6 % en 2001.

 

C'est ainsi que [23] page 28 nous apprend que l'écart de productivité croissant entre les Etats-Unis et l'Union européenne vient des TIC : entre 1995 et 2001, les services utilisant des TIC ont vu leur productivité croître de 5.3 % par an aux Etats-Unis contre 1.8 % (le tiers !) en Europe. Et cet écart de productivité explique la différence de croissance du PIB, donc de l'emploi.

        Le graphique ci-dessous, issu de [23] page 39, illustre cette évolution comparée de la productivité du travail pour les périodes 1990-1995 et 1995-2001 :

 

 

Evolution comparée de la productivité du travail

 

La France dépose moins de brevets que ses concurrents

Selon [29] qui cite l'INSEE, en 2001 la France a déposé 7 175 brevets, alors que le Japon en a déposé 18 844, l'Allemagne 23 310 et les Etats-Unis 28 515. En outre, les entreprises françaises font un effort de R&D inférieur à la moyenne de celles des pays de l'OCDE, en y consacrant 1.36 % du PIB, contre 3 % pour la Suède, 2.5 % pour la Finlande et 1.78 % pour l'Allemagne.

Ne pas oublier l'intelligence économique

Pour une entreprise, la connaissance nécessaire à l'innovation passe aussi par l'intelligence économique, c'est-à-dire la connaissance des techniques et des projets de ses concurrents, ainsi que celle des chiffres d'affaires des produits et services des divers acteurs importants de son marché.

 

La première nécessité est de surveiller les publications des concurrents sur Internet : annonces commerciales, budget de R&D, brevets, etc.; il existe des sociétés qui se chargent de cette veille concurrentielle et technologique, et des logiciels qui surveillent automatiquement les nouveautés qui apparaissent sur un site Internet donné. Il y a aussi des logiciels français très performants dans le domaine de l'analyse stratégique des informations, comme Business Objects, mais les données dont ils se nourrissent proviennent souvent de renseignements confidentiels qu'il faut savoir se procurer.

Conséquence politique : évoluer vers la haute technologie

Tous les pays avancés, et parmi eux la France, sont donc condamnés à une perpétuelle fuite en avant consistant à innover pour échapper à la concurrence ou pour la battre. Cette course ne finira jamais, il restera toujours des objets et des techniques à inventer, des procédés à optimiser et des besoins à satisfaire : dans une course contre soi-même, on peut toujours se dépasser.

 

Le rapport [1] résume cela ainsi :

"A régime démographique donné, la seule « source » de croissance qui peut indéfiniment augmenter le PIB est le progrès technique."

[Notez bien : "la seule" ; cela exclut des artifices comme la RTT, qui consiste à produire autant avec plus de personnes qui se partagent le travail, artifice qui coûte très cher à la France.]

 

Comme l'écrivait l'éditorialiste Thomas L. Friedman dans The New York Times du 07/03/2004 :

 

"L'Amérique est la source d'innovations la plus féconde de tous les temps, source qui n'est pas près d'être égalée car elle résulte d'une multitude de facteurs :

§           Une liberté de penser totale ;

§           Une prédilection pour des réflexions indépendantes ;

§           Un flot continu d'immigration de nouveaux esprits ;

§           Une culture qui aime prendre des risques et ne culpabilise pas les échecs ;

§           Une administration non corrompue ;

§           Des marchés financiers et des capitaux-risques qui n'ont pas leur égal dans l'art de transformer des idées nouvelles en produits de classe mondiale."

 

Voilà un message que nos télévisions devraient faire passer jusqu'à ce que les Français aient compris que la réponse aux délocalisations et sous-traitances n'est pas d'interdire les licenciements ou de réclamer des aides, mais de se former, d'innover et d'entreprendre.

L'explosion des demandes de brevet international

Selon l'Organisation Mondiale de la Propriété Intellectuelle (OMPI) et les tableaux de son communiqué [26], le nombre de demandes de brevets internationaux est en augmentation rapide : en 2005 il y en a eu 134 073, soit 9.4 % de plus qu'en 2004. Le Japon se distingue, ainsi que la Corée, la Chine et la Finlande. Les Etats-Unis restent le premier pays en nombre de brevets, suivis par le Japon. Le classement de la France est moyen. Le communiqué met en évidence les domaines d'activité dans lesquels le nombre de brevets croît le plus vite : télécommunications (18.3 % en un an), filtres et prothèses médicales (12.3 %), nouveaux matériaux (10.1 %), etc.

La capacité d'innovation de la France recule

Des dizaines de rapports officiels comme [1] et [2], étudiés à la demande du gouvernement français, recommandent une évolution de toute notre économie vers la haute technologie, la connaissance et l'innovation. Voici une citation de [4] :

"… le groupe de travail a bien évidemment été convaincu de la nécessité de développer bien davantage qu'aujourd'hui les mesures de soutien à l'innovation, à la recherche-développement, à l'intelligence économique et aux activités technologiques de haut de gamme riches en valeur ajoutée [25]. Un triple effort de productivité, de compétitivité et de production de richesses est absolument nécessaire pour que la France rattrape ses concurrents directs traditionnels et évite d'être dépassée par les nouvelles puissances économiques montantes qui, en ce domaine, n'ont déjà plus rien à envier aux vieilles nations industrielles."

 

Le rapport [1] fournit même page 30 un diagnostic précis :

"La France est confrontée, en effet, à trois évolutions majeures qui, ensemble, bousculent un modèle à bout de souffle :

·            La rapidité des évolutions technologiques,

·            le vieillissement démographique des économies européennes,

·            et la poussée de la mondialisation."

"…malheureusement, la France est plutôt moins prompte que ses principaux partenaires à tirer profit de cette évolution majeure. Elle doit fournir un effort signalé de redressement de ses résultats en matière de recherche et d’innovation pour rejoindre le peloton de tête des pays qui relèvent avantageusement ce défi."

 

Le rapport [8] publie pour 1995 et 2001 un indice de capacité d'innovation de divers pays basé sur deux critères : les dépenses, brevets et publications de R&D et les compétences disponibles pour la R&D. Voici les 17 pays les mieux classés de la table des indices de capacité d'innovation (page 114) :

 

 

 

1995

2002

Rang

Pays

Indice

Pays

Indice

1

Suède

0.957

Suède

0.979

2

Finlande

0.947

Finlande

0.977

3

Canada

0.947

Etats-Unis

0.927

4

Etats-Unis

0.946

Danemark

0.926

5

Australie

0.944