Euro : pourquoi accuser la BCE ?
Mise à jour : 07/05/2007
Pendant la campagne en vue des élections 2007, Mme Royal et M. Sarkozy ont accusé la Banque Centrale Européenne (BCE) de pratiquer une politique inacceptable [1], [2]. Après avoir rappelé les principes de maîtrise de l'inflation et la mission de la BCE, nous montrerons que les déclarations citées relèvent de la démagogie et désinforment les citoyens. Nous résumerons enfin la position de M. Bayrou sur ce sujet.
Table des matières
1.3 La croissance indispensable de la masse monétaire
1.5 Difficulté d'une relance par la consommation
1.5.2 Condition de succès d'une relance keynésienne
1.5.3 Exemple de relance keynésienne catastrophique
1.5.4 L'accroissement de la dette
2. Mécanismes de stabilisation des prix
2.1.1 Inflation maîtrisée et taux d'intérêt à long terme
2.1.2 Impact des taux d'intérêt
2.1.3 Principe de la « neutralité à long terme »
2.2 La politique des taux de change de l'euro
2.2.1 Le taux de change de l'euro ne dépend guère de la BCE
2.2.2 Impact du taux de change de l'euro sur les investissements étrangers
2.3 Régulation de la quantité d'argent disponible
2.3.1 Action de la BCE sur la masse monétaire M3
2.4 Mécanisme de transmission des taux d'intérêt aux prix
3. Limites du pouvoir de la BCE
3.1 Engagements de la France au traité de Maastricht
3.3 Ce que la BCE peut et ne peut pas faire
4. Les critiques de Mme Royal et M. Sarkozy
4.1 Quelques performances de la zone euro en 2006
4.2 Critiques des propos de Mme Royal
4.3 Critiques des propos de M. Sarkozy
4.4 Critique des propos de M. Bayrou
Nous résumons ici le chapitre 4 du "Cours d'économie pour citoyens qui votent", auquel on pourra se reporter pour plus de détails.
L'inflation traduit une dépréciation de la monnaie. On l'exprime en général par un taux, en pour-cent par an. Lorsqu'elle se produit :
§ La masse monétaire [6] (du pays ou de la zone euro [5]) a augmenté plus vite que la production nationale ;
§ Un même revenu, fraction constante de la masse monétaire nationale, peut acheter une moindre proportion de la production totale du pays.
Attention : ne pas confondre proportion et quantité fixe !
La masse monétaire [6] d'un pays représente, à un instant donné, la production de ce pays. Il y a inflation si et seulement si le rapport entre la masse monétaire et la production augmente. Une somme d'argent donnée, qu'il s'agisse d'un prix d'article ou d'un revenu personnel, représente donc une certaine proportion de la production nationale, pas une quantité fixe de produit.
Il ne faut pas confondre la déflation, phénomène grave, et la désinflation, qui est une diminution progressive du taux d'inflation sans baisse des prix. C'est ainsi qu'en France le taux d'inflation, qui était d'environ 14 % en 1980-81, est descendu progressivement à environ 0.3 % en 1998. Le graphique ci-dessous, extrait de [15] citant Le Monde, rend compte du phénomène.

Variation du taux d'inflation en France de 1950 à 1998
La désinflation française s'explique par une politique de limitation de la croissance des coûts salariaux et de la masse monétaire, pour mieux résister à la concurrence internationale. Elle s'explique aussi, pendant quelques années, par la baisse du coût du pétrole importé.
Le progrès des matériels, des techniques et de l'organisation (du travail et des échanges) fait croître constamment la productivité d'un pays : à quantité de travail constante (nombre d'heures travaillées constant), la quantité de richesse produite croît chaque année. Cette croissance, en moyenne de 2 % par an de 1998 à 2004 pour l'ensemble de l'économie, est de l'ordre de 1 % dans le secteur des services et de 4.6 % dans l'industrie. A prix constants, il faut donc absolument que la masse monétaire croisse pour que les richesses produites puissent être achetées et que l'économie ne manque pas d'argent.
Il s'ensuit qu'une croissance très rapide, par exemple supérieure à 5 % par an, est automatiquement accompagnée de croissance de la masse monétaire. Dans certains secteurs d'activité, la présence de fortes disponibilités financières, de faibles capacités résiduelles de production et/ou d'une concurrence insuffisante, peut alors entraîner de l'inflation. Une croissance très rapide entraîne donc des risques d'inflation.
L'essentiel de l'inflation est dû aux crédits accordés par les banques aux entreprises, aux particuliers et aux administrations, crédits qui accroissent la masse monétaire M3 [6]. En général, une forte croissance de l'économie favorise l'inflation : lorsqu'une entreprise produit au maximum de sa capacité de production, elle a tendance à augmenter ses prix pour gagner davantage, tout en investissant pour augmenter cette capacité.
De nos jours, la concurrence est beaucoup plus vive qu'il y a une dizaine d'années, du fait de la mondialisation, qui accroît le nombre de pays - donc d'entreprises - qui ont accès à un marché donné sans pénalisation douanière ni coût de transport élevé. Cette concurrence est si vive que les risques de hausse des prix des produits industriels ou agricoles sont beaucoup plus faibles : une entreprise qui augmente ses prix risque de perdre des marchés. On peut donc moins redouter les effets d'une surabondance de liquidités que naguère.
L'inflation est aujourd'hui un phénomène permanent, généré automatiquement par le fonctionnement d'une économie moderne : la valeur de l’unité monétaire est amputée annuellement de 2 % à 4 % pour les pays les moins atteints, comme la France ou les Etats-Unis (sur une période de dix ans), et de 7 % à 10 % pour des pays comme le Brésil et l’Indonésie.
L'économie a constamment besoin d'argent pour financer les investissements des entreprises, des particuliers et du secteur public : s'il n'y a pas assez d'argent disponible, une récession grave peut survenir. Une des principales causes de la crise économique mondiale des années 1930 est un manque d'argent.
Les banques centrales veillent donc à laisser croître la masse monétaire suffisamment vite ; la BCE, par exemple, a un objectif de croissance de M3 de 4.5 % par an. Et comme la masse monétaire croît, les consommateurs ont en moyenne de plus en plus d'argent, ce qui crée en permanence une demande de produits et services supérieure à l'offre.
L’inflation est un simple processus de régulation économique par la dépréciation monétaire. La hausse des prix est le mécanisme par lequel, de nos jours, l'excès permanent de la demande sur l'offre réalise l'équilibre entre offre et demande à un niveau de prix toujours plus élevé.
D'après ce qui précède, l'inflation est inévitable et bénéfique. En fait, si la masse monétaire croît trop vite, l'inflation croît aussi et a des conséquences redoutables :
§ L'inflation accroît l’injustice sociale, en diminuant le pouvoir d’achat des titulaires de revenus fixes (les retraités, par exemple) et en augmentant les profits des industriels et commerçants ; de ce fait, elle avive les antagonismes sociaux.
§ L'inflation stimule la consommation au détriment de l'épargne, puisque avec une somme d'argent donnée c'est en achetant tout de suite qu'on peut obtenir le maximum, pas demain lorsqu'elle vaudra moins ;
Exemple : la hausse des prix de l'immobilier français représente 60 % de 1991 à fin 2004, soit 30 % en termes réels (inflation déduite). Cette flambée est due en grande partie aux taux d'intérêt très bas : comme ils peuvent emprunter en payant peu d'intérêt, environ 4 % début 2005 malgré une inflation de 2.4 %, les consommateurs se comportent comme s'ils avaient beaucoup d'argent et acceptent de payer très cher un bien qu'ils désirent fort. Des taux d'intérêt bas génèrent donc de l'inflation. Et les prix immobiliers qui montent entraînent à leur tour une hâte des acheteurs, car demain les prix seront encore plus élevés qu'aujourd'hui. Cette situation s'est déjà produite dans le passé : une telle « bulle immobilière » a déjà éclaté en France, entraînant des baisses brutales des prix de 50 % ou plus.
§ L'inflation décourage l'épargne, pourtant nécessaire au financement des investissements, à la constitution d'un capital de retraite et à l'assurance contre des aléas divers : décès, chômage, maladie, etc. ;
A l'inverse, la stabilité des prix réduit les primes de risque demandées par les prêteurs de capitaux, donc le coût des investissements. Des investissements à coût abordable permettent à leur tour l'achat de matériels plus performants, permettant une meilleure productivité, donc une meilleure compétitivité, donc des gains de parts de marché et finalement des embauches.
§ L'inflation diminue la compétitivité d'un pays à l'exportation. Lorsque les prix pratiqués par une entreprise augmentent, elle perd des parts de marché à l'exportation. Il en résulte des délocalisations et des suppressions d'emplois.
Toute hausse du niveau général des prix dans un pays plus rapide que celle enregistrée dans les autres pays avec lesquels il entretient des relations commerciales, se traduit par une augmentation des importations et une diminution relative des exportations, donc un déséquilibre de la balance des paiements courants qui est financé par une baisse des réserves de change. Il s’ensuit une fuite des capitaux et une baisse du taux de change de la monnaie nationale.
§ L'inflation masque la concurrence et en diminue l'efficacité, au détriment des consommateurs. En période d'inflation importante, une entreprise peu concurrentielle peut s'en sortir avec des hausses de prix fréquentes ; habitués et résignés aux hausses de prix, ses clients les acceptent le plus souvent. Ils les acceptent d'autant mieux qu'elles sont accompagnées de modifications insignifiantes (mais annoncées comme améliorations significatives !) des produits vendus par l'entreprise.
En période de stabilité des prix, au contraire, la concurrence est très vive, d'autant plus vive que les consommateurs et les entreprises peuvent facilement s'informer sur les prix grâce à Internet. En outre, la monnaie unique de la zone euro [5] permet de comparer facilement les prix dans un marché immense, bien plus grand que le seul marché français. L'intensité de la concurrence contribue à stabiliser les prix, une entreprise risquant de perdre des parts de marché si elle augmente trop les siens.
Une forte concurrence incite chaque entreprise à se dépasser sans cesse, en améliorant ses produits et services, en augmentant sa productivité, en s'adaptant très vite à une attaque de la concurrence ou une opportunité qui se présente, en se développant à l'étranger, etc. Les consommateurs en tirent profit, grâce à des améliorations de produits et de prix, et à un choix de produits plus étendu. Exemples : l'évolution des performances et des prix des PC depuis vingt ans, et le remplacement de technologies dépassées comme la photo argentique par des technologies plus modernes comme la photo numérique.
§ L'inflation fausse les calculs économiques à long terme, provoquant des anticipations inflationnistes ou des décisions erronées (d'investissement, etc.), ce qui sacrifie la croissance future.
On voit à quel point une inflation excessive est dommageable.
L'expérience a montré que l'inflation ne doit pas dépasser 2 % par an, taux comparable à celui du progrès de la productivité. C'est l'objectif que s'est fixé la Banque Centrale Européenne. Elle y parvient en ajustant les taux d'intérêt de référence et en maîtrisant la croissance de la masse monétaire M3. Comme le montre le graphique ci-dessous, issu de [7], la régulation économique due à cette politique monétaire :
§ a produit pour les salariés français une croissance continue du pouvoir d'achat (qui n'a diminué que très rarement d'une année sur l'autre) ;
§ a limité l'inflation française a environ de 2 % par an depuis l'entrée en fonction de la BCE en 1998, alors qu'elle était supérieure à 2 % avant 1992 et a dépassé 3 % en 1987.

France : glissement annuel du salaire
nominal (salaire moyen brut)
et de son pouvoir d'achat inflation déduite
En outre, la France s'est engagée à respecter un critère de stabilité des prix [8].
Il y a en France des politiciens irresponsables (exemple : au Parti socialiste) qui préconisent une forte augmentation instantanée du pouvoir d'achat, censée améliorer le niveau de vie des salariés modestes et relancer l'économie. Une telle augmentation est possible de bien des façons :
§ En augmentant le SMIC, comme les divers gouvernements le font chaque année sans se préoccuper de savoir si le travail ne devient pas trop cher, ce qui crée des chômeurs.
§ En diminuant les impôts.
§ En versant des allocations ou primes diverses, etc.
Une telle politique s'appelle « relance keynésienne ». Nous allons voir pourquoi elle ne marche jamais pendant plus de quelques mois, délai après lequel elle se retourne systématiquement contre le pouvoir d'achat des gens les plus modestes et l'économie du pays tout entier. Pour le comprendre, il nous faut d'abord savoir ce qu'est le « chômage keynésien ».
Le chômage est dit keynésien lorsque la production demandée est inférieure à la production offerte, c'est-à-dire lorsque les capacités de production de l'économie sont sous-utilisées. Le sous-emploi (le chômage) résulte alors de cette sous-utilisation, donc de l'insuffisance de la demande. Ce fut le cas, par exemple, pendant la grande crise économique des années 1930.
L'Etat peut alors être tenté de relancer la consommation en distribuant de l'argent ou en diminuant ses prélèvements, c'est-à-dire en faisant une politique de relance keynésienne (ainsi nommée parce qu'elle a été recommandée par l'économiste John Maynard Keynes dans son célèbre ouvrage de 1936 "La théorie générale de l'emploi, de l'intérêt et de la monnaie".) L'Etat se procurera de quoi financer le déficit budgétaire de cette politique en empruntant, ce qui reportera sur les générations suivantes la charge de remboursement de cet emprunt.
Il faut bien voir que cette politique ne peut réussir que si cette relance de la consommation est pratiquée simultanément par tous les pays d'une vaste zone économique, ou dans un pays à l'économie gigantesque comme les Etats-Unis (où le Plan Bush a relancé l'économie en 2003 à partir de baisses d'impôts).
En effet, lorsqu'ils reçoivent soudain de l'argent sur lequel ils ne comptaient pas, la plupart des gens le dépensent rapidement. Si l'économie du pays est en fort sous-emploi, elle redémarre vigoureusement. En même temps, sachant que les importations représentent en France environ 26 % du PIB, sur chaque euro supplémentaire dépensé, 26 centimes vont à des importations.
Par contre, si la capacité de production de l'économie française ne peut répondre à un accroissement soudain de la demande, ce sont les importations qui satisfont cette demande en explosant ; en même temps, il se produit en France une hausse des prix intérieurs par excès de la demande, hausse qui rend les produits importés moins chers. Et si les principaux partenaires commerciaux ne font pas eux-mêmes une relance keynésienne de la consommation en même temps que la France, non seulement c'est leur capacité de production qui satisfait la demande d'importations supplémentaires de la France (qui a fait la relance toute seule), mais leurs produits étant plus compétitifs parce qu'ils n'ont pas subi d'inflation, leurs exportations en France explosent.
En France, lorsque le gouvernement de gauche Mauroy a pratiqué cette politique de relance de la consommation en 1981 sans que le reste de l'Europe suive, le pouvoir d'achat distribué ne s'est guère traduit par un redémarrage de l'économie française. Il s'est traduit par de l'inflation, une explosion des importations et un déficit commercial insupportable dès 1982, puis par un plan de rigueur en 1983 accompagné de trois dévaluations du franc (dont deux en moins d'un an) : la gauche a alors été obligée d'admettre que son idéologie marxiste lui avait fait commettre une erreur en violant une loi économique connue.
Donc si un politicien français propose à ses concitoyens une politique de relance de la consommation qui ne s'étend pas - au minimum - à l'ensemble de l'Union européenne, c'est un démagogue et il ne faut pas voter pour lui. Il faut que la leçon des années 1982-1983 nous ait au moins appris cela. C'est pourquoi, lorsque le candidat président Chevènement a proposé aux élections d'avril 2002 de faire une relance keynésienne de l'économie française, tout seul et sans s'occuper du reste de l'Union européenne, il est heureux qu'il n'ait pas été élu, car il nous aurait fait subir le même désastre et la même honte que MM. Mauroy et Mitterrand en 1983. Et lorsque des politiciens comme M. Fabius proposent une forte augmentation du SMIC tout de suite après les élections 2007…
Et il ne faut pas se faire d'illusion : même si la France propose à ses partenaires de la zone euro [5] de faire ensemble une relance keynésienne, il n'y a aucune chance pour qu'ils acceptent, car :
§ leurs économies - en général mieux gérées que la nôtre - n'en ont pas besoin ;
§ ils ne tiennent pas à accroître leur dette nationale, dont nous verrons ci-dessous les inconvénients.
En attaquant la politique de la BCE, Mme Royal et M. Sarkozy plaident pour une baisse de ses taux d'intérêt de référence, dont nous verrons ci-dessous qu'elle entraînerait immédiatement une montée de l'inflation et produirait au bout de quelques mois le même genre de désastre économique que celui de la relance Mauroy-Mitterrand de 1981.
En outre, dans la France du XXIe siècle, une relance keynésienne aurait un handicap supplémentaire : beaucoup de Français mettraient l'argent supplémentaire reçu de l'Etat à la Caisse d'Epargne au lieu de le dépenser. La raison est très française : nous sommes un des peuples les plus inquiets du monde quand il s'agit de l'avenir, les ménages français épargnent 15 % de leur revenu disponible, 30 fois plus que des Américains, 3 fois plus que des Anglais. Cela vient de notre peur du chômage et cela freine notre économie.
Il faut bien voir, aussi, qu'une relance keynésienne produit un fort accroissement de la dette nationale, qu'il faudra un jour rembourser avec intérêts. Or pour rembourser cette dette, l'Etat devra avoir un budget en excédent, c'est-à-dire prélever sur les contribuables plus d'argent qu'il n'en dépense pour eux : il devra alors faire le contraire de la relance, en reprenant l'argent distribué augmenté des intérêts. Et comme cela risque de se produire plusieurs années ou même dizaines d'années après, une relance keynésienne se fait toujours aux frais des générations suivantes, ce qui est assez immoral. La seule manière pour que le remboursement de la dette soit peu douloureux est que le pays bénéficie d'une très forte croissance, qui produira alors l'excédent budgétaire sans baisse du niveau de vie des citoyens.
Mais compte tenu de la forte intégration de l'économie française dans celle de l'Union européenne, une très forte croissance de la France a peu de chances de se produire sans une croissance comparable des pays partenaires. Et une telle croissance est peu probable vu le nombre de pays comme la France, l'Allemagne, la Belgique, etc., qui dépensent l'argent public en transferts sociaux et subventions avant que l'économie ait produit les richesses correspondantes, d'où leur déficit et leur fort endettement qui durent depuis des décennies.
Vu les effets néfastes de l'inflation et le danger de récession due à un manque de liquidités, la zone euro stabilise les prix grâce à une politique monétaire : l'inflation ne doit pas y dépasser 2 % par an.
Cette stratégie ne peut constituer qu'un compromis : les économies des pays de la zone restant indépendantes, avec des législations (sociale, du travail, du commerce, des impôts, etc.) différentes, certains pays ont plus d'inflation que d'autres. Certains pays auraient besoin d'une politique monétaire plus accommodante car leur inflation est faible, et d'autres auraient besoin d'une politique plus restrictive pour juguler leur inflation.
La politique monétaire de la zone euro, conduite par la BCE, est basée sur un pilotage des taux d'intérêt à très court terme sur le marché monétaire de l'euro, principalement le loyer de l'argent au jour le jour. Voyons les détails.
Comme tous les pays de la zone euro ont la même monnaie, l'euro, ils doivent avoir les mêmes taux d'intérêt : si un pays A avait des taux plus faibles que ceux du pays B, on pourrait emprunter dans A des sommes qu'on prêterait dans B, en gagnant de l'argent sans rien faire et sans risque. C'est pourquoi la BCE fixe un « taux d'intérêt de référence » identique pour tous les pays de la zone euro : 3.25 % pour des emprunts en euro à court terme au 16/10/2006. Il s'agit là d'un taux interbancaire, les prêts aux particuliers coûtant environ 4.5 % pour l'immobilier, 6.40 % pour les prêts personnels et 14 % pour les découverts de trésorerie… ([9] pages S28 et S29).
Un taux de référence élevé freine le crédit, donc l'économie, et un taux bas l'accélère au risque de favoriser l'inflation. Une modification du taux n'agit qu'au bout de 6 mois ou plus.
Mais ce taux d'intérêt a aussi un effet sur le taux de change de l'euro par rapport aux devises étrangères : dollar, livre sterling, yen japonais, etc.
§ Un taux élevé rémunère beaucoup les prêts d'argent et attire donc en zone euro l'argent étranger : les étrangers achètent donc des euros en échange de leurs propres devises, ce qui les fait baisser et fait monter l'euro.
Un euro qui a une valeur élevée rend les importations de l'Union européenne bon marché, ce qui est favorable aux consommateurs européens, mais rend ses exportations chères, ce qui nuit à la compétitivité des entreprises européennes.
§ Un taux bas a l'effet inverse : il fait baisser l'euro, favorise les exportations et provoque une hausse du coût des importations, donc des prix payés par les consommateurs sur les biens et services importés.
Un taux d'intérêt à long terme dépend toujours de la hausse des prix prévue pendant la durée du prêt, donc de la confiance que les prêteurs peuvent avoir dans la capacité de la banque centrale de maîtriser l'inflation. Il est remarquable que de nombreux prêteurs acceptent aujourd'hui de prêter de l'argent en euros à 30 et même 50 ans, sans pour autant exiger des taux d'intérêt dissuasifs ; cela prouve la confiance qu'ils ont dans l'aptitude de la BCE à maîtriser l'inflation de la zone euro.
Il en résulte aussi un effet très bénéfique pour l'économie, la possibilité d'emprunter à long terme à coût modéré, ce qui est favorable à la consommation et à l'investissement. Du coup, les critiques de la politique monétaire de Mme Royal et de M. Sarkozy apparaissent d'autant plus injustifiées.
A première vue, tous les acteurs économiques voudraient des taux d'intérêt aussi bas que possible :
§ Les entreprises voudraient toujours le taux le plus bas possible, pour que leurs clients disposent du maximum d'argent pour leur acheter quelque chose, et pour que leurs investissements leur coûtent le moins cher possible.
§ Les consommateurs aussi voudraient les taux les plus bas possibles, pour pouvoir emprunter davantage en payant moins d'intérêts.
§ Les gouvernements voudraient aussi les taux les plus bas possibles, pour emprunter au meilleur coût possible de quoi boucher les trous de leur budget.
Mais des taux d'intérêt faibles n'encouragent pas les investisseurs internationaux à prêter des fonds à des emprunteurs de la zone euro. Et des taux d'intérêt plus élevés hors zone euro - par exemple aux Etats-Unis, où fin 2006 le taux directeur est de 5.25 % contre 3.25 % dans la zone euro - encouragent les investisseurs (européens ou non) à prêter de l'argent aux Américains plutôt qu'aux Européens.
Les Etats-Unis, dont le déficit commercial est colossal (en 2005, leurs exportations se sont élevées à 927 milliards de dollars et leurs importations à 1727 milliards de dollars, d'où un déficit de la balance commerciale de 800 milliards de dollars) doivent trouver en moyenne 2.3 milliards de dollars par jour pour financer le déficit de leurs comptes extérieurs. Et le gouvernement américain doit, en plus, financer le déficit de son budget fédéral, voisin de 350 milliards de dollars. C'est pourquoi la banque centrale des Etats-Unis, la Réserve fédérale, offre un taux d'intérêt considérable pour trouver de l'argent à emprunter et pour freiner une économie dont la croissance trop rapide risque d'engendrer de l'inflation. Il est intéressant de constater que l'économie américaine est si dynamique que, malgré le taux d'intérêt élevé de 5.25 % - très au-dessus de celui de la zone euro - la croissance continue et le taux de chômage est stable aux environs de 4.5 %.
On peut en conclure qu'une économie saine et dynamique peut supporter un taux de référence élevé le temps de calmer une croissance trop rapide de certains secteurs économiques et de faire baisser l'inflation, tout en continuant à croître modérément et à avoir peu de chômage. L'économie de la zone euro ayant une taille comparable à celle de l'économie américaine, ce qui est possible aux Etats-Unis doit l'être en Europe. Donc les politiciens français comme Mme Royal et M. Sarkozy qui réclament à cor et à cri une baisse des taux prônent une solution inefficace ; ils devraient plutôt recommander un assainissement des fondamentaux de l'économie, commençant par une baisse des dépenses improductives de l'Etat.
La BCE passe son temps à estimer l'inflation à moyen terme, pour fixer son taux d'intérêt de référence à un niveau juste assez élevé pour maintenir l'inflation moyenne de la zone euro aux environs de 2 %. Si, comme le demandent certains, elle baissait davantage son taux, l'inflation augmenterait, et nous avons vu à quel point c'est dangereux.
A court terme, une baisse des taux de référence de la banque centrale peut, en facilitant les emprunts, relancer la consommation et l'investissement (qui représentent ensemble 90.8 % du PIB), donc l'économie toute entière ; son effet se voit au bout de six mois à un an, et risque d'être accompagné d'une hausse des prix. Ceci suppose, bien entendu, que la capacité de production du pays ne soit pas déjà saturée, sinon on se trouve dans le cas d'une relance keynésienne. Mais une telle relance par les taux n'est qu'une impulsion dont l'effet ne peut durer longtemps. Nous allons voir à présent l'effet à long terme d'une baisse des taux de référence et de la hausse de la masse monétaire en circulation.
Source : Document de la BCE [12] pages 41 et 42.
"…à long terme, c’est-à-dire après que tous les ajustements de l’économie ont été assimilés, une modification de la quantité de monnaie présente dans l’économie se traduit par un changement du niveau général des prix et n’induit pas de modifications permanentes de variables réelles telles que la production réelle ou le chômage."
"Une variation de la quantité de monnaie en circulation représente, en fin de compte, une modification de l’unité de compte (et donc du niveau général des prix) qui laisse toutes les autres variables inchangées, tout comme un changement de l’unité standard utilisée pour mesurer la distance (où l’on passerait par exemple du kilomètre à la lieue) ne modifierait nullement la distance réelle entre deux endroits."
"A long terme, la banque centrale ne peut pas influencer la croissance économique en modifiant l’offre de monnaie."
Elle peut, par contre, influencer durablement les prix.
Page 49, le texte [12] cite la conclusion de différents modèles économétriques de la zone euro concernant l'effet d'une hausse de 1 % du taux directeur de la BCE maintenu ensuite pendant 2 ans :
"Une hausse du taux d’intérêt [de référence de la BCE] à court terme débouche sur une baisse provisoire de la production [PIB de la zone euro] qui culmine environ deux ans après l’impulsion initiale de politique monétaire et revient au niveau de départ par la suite. Dans le même temps, les prix reviennent progressivement à un niveau durablement plus faible."
Les citoyens doivent donc comprendre qu'à long terme aucune politique monétaire de la BCE, aucune baisse des taux d'intérêt directeurs, ne peut créer de la croissance ou combattre le chômage.
Lorsque Mme Ségolène Royal et M. Nicolas Sarkozy accusent la BCE de pratiquer des taux d'intérêt trop élevés, qui pénalisent l'économie, la consommation et le coût des intérêts payés par l'Etat sur ses emprunts, ils ont tort. Une baisse de ces taux ne donnerait qu'un coup de fouet temporaire à l'économie, au prix d'une inflation qui, elle, ferait mal. Elle encouragerait l'Etat à continuer ses dépenses excessives au lieu de pratiquer une politique vertueuse de limitation des transferts sociaux, des subventions innombrables et du nombre de fonctionnaires.
Voici un extrait de [10].
« Considérés séparément, les pays de la zone euro sont, pour la plupart, des économies extrêmement ouvertes. En 1997, la part totale des exportations et des importations de ces pays dans le PIB cumulé de la zone s'est établie à 53 %. En revanche, pour l'ensemble de la zone euro, les échanges de biens, mesurés par le total des exportations et des importations, représentent environ 26 % du PIB, soit un chiffre à peine plus élevé que celui enregistré par les Etats-Unis et le Japon. En conséquence, une variation du taux de change de l'euro a désormais moins d'importance pour l'évolution économique intérieure que n'en avait par le passé une fluctuation de même ampleur du cours de change de la monnaie nationale.
Néanmoins, le taux de change, par son incidence sur l'activité économique et les prix, influe sur les perspectives en matière de stabilité des prix ; dès lors, il continue incontestablement de jouer un rôle important dans la politique monétaire de l'Eurosystème [11]. »
Il ne faut donc pas attendre d'impact important d'une baisse de l'euro par rapport au dollar, à la livre sterling, etc., sur le PIB et le chômage, car une grande partie du commerce extérieur français se fait avec des pays de la zone euro. Donc même si la baisse de l'euro que réclament Mme Royal et M. Sarkozy avait lieu, son effet serait modeste. Et comme cette baisse renchérirait nos importations de pétrole et autres matières premières, elle induirait de l'inflation, dont nous avons vu les effets pernicieux.
Dans la zone euro, c'est l'ECOFIN (Conseil des affaires économiques et financières, qui regroupe les ministres des finances des pays membres) qui fixe les taux de change de l'euro par rapport aux autres devises : dollar, livre sterling, yen, etc. L'Union européenne a attribué cette responsabilité à des politiques au lieu de la BCE, ce qui permet en principe aux gouvernements de prendre, en fixant un certain taux de change de l'euro par exemple par rapport au dollar, des décisions qui nuisent à la stabilité des prix. Si la BCE avait eu la responsabilité des taux de change de l'euro, elle aurait pu trouver le meilleur compromis possible entre inflation et taux de change favorable à la croissance économique. Le système actuel est donc bancal et conflictuel par nature. A ce propos, [10] précise :
« …dans un monde caractérisé par des marchés internationaux de capitaux intégrés et très liquides, il est fort douteux que la solution consistant à fixer des taux de change ou à déterminer des cibles de taux de change puisse être mise en œuvre avec succès. De nos jours, en raison de la sophistication, de la profondeur et de la liquidité des marchés de capitaux, les banques centrales éprouvent de plus en plus de difficultés à défendre un taux de change pendant une période prolongée. »
Donc la baisse volontariste de l'euro que réclament Mme Royal et M. Sarkozy n'a guère de chances de réussir contre les marchés financiers, à supposer en outre que nos partenaires de la zone soient convaincus de son utilité…
Mais les membres de l'ECOFIN ont décidé en décembre 1997 de n'intervenir sur les taux de change qu'en dernier ressort, dans des circonstances exceptionnelles : ils laissent faire les marchés de capitaux. En pratique, donc, le taux de change utilisé sur le marché pour convertir des devises d'une économie A vers une économie B dépend des fondamentaux des deux économies : inflation, croissance, taux d'intérêt, déficits, balance des paiements, etc. Il dépend aussi et surtout des anticipations des opérateurs, qui spéculent sur le fait qu'une des devises va monter par rapport à l'autre.
L'euro « fort » résulte donc pour l'essentiel d'anticipations (de hausse des bourses européennes, des taux de change effectifs et des taux d'intérêt) par les détenteurs de capitaux, qui achètent des euros en pariant sur ces hausses. La BCE pratiquant toujours les taux d'intérêt les plus faibles possibles compatibles avec la maîtrise de l'inflation à moyen terme, ses décisions de hausse ou de baisse des taux sont assez prévisibles. En définitive, l'euro fort résulte surtout d'une conjoncture où, pendant un certain nombre de mois, la croissance économique européenne accélère pendant que la croissance américaine ralentit : la BCE n'est en rien responsable. On peut résumer cela en disant que « l'euro fort » traduit surtout un dollar faible !
C'est l'énormité du déficit de la balance commerciale américaine qui est la première cause de la baisse du dollar (qui doit être maintenu bon marché pour rendre les exportations américaines moins chères et les importations plus chères).
La deuxième cause de l'euro fort est le yen faible (l'économie japonaise est la deuxième du monde) : les taux d'intérêt de la Banque du Japon sont au voisinage de 0 % (vous avez bien lu !) depuis des années.
La dernière cause de l'euro fort est le yuan chinois, largement sous-évalué pour accroître artificiellement la compétitivité de ce pays, aux coûts de production pourtant déjà bien faibles.
Remarque : le meilleur moyen d'assurer la stabilité du taux de change de l'euro est une politique des pays membres structurellement saine, avec des budgets stables et équilibrés.
La France investit chaque année à l'étranger deux fois plus que les étrangers investissent en France. Il s'agit de sommes considérables et nos filiales étrangères nous rapportent beaucoup d'argent [20]. Comme nous investissons deux fois plus que nous recevons d'investissements, nous avons intérêt à ce que l'euro soit fort : nos investissements étrangers nous coûtent ainsi moins cher.
Et l'euro fort ne décourage pas les investisseurs étrangers en France. C'est ainsi qu'en 2005, selon l'OCDE [21], ils ont investi en France 63.5 milliards de dollars contre 72 milliards de dollars en Chine, pays infiniment plus grand, à croissance plus rapide et main d'œuvre meilleur marché. Et au 1er semestre 2006, les étrangers ont investi en France 40.4 milliards de dollars, chiffre en forte croissance sur le 1er semestre 2005.
Le taux d'intérêt de référence n'est pas le seul moyen à la disposition de la BCE pour assurer la stabilité des prix, elle peut aussi jouer sur la quantité d'argent dont les banques disposent pour financer des prêts. Elle dispose des instruments financiers suivants :
§ Les facilités permanentes, qui permettent soit d’accroître la liquidité bancaire lorsqu’elle manque, soit de l’absorber lorsqu’elle est en excès ;
§ Les réserves obligatoires que les établissements de crédit doivent constituer auprès de leur banque centrale nationale ;
§ Les opérations d’open-market, qui consistent essentiellement dans des opérations de vente ou d’achat fermes de titres ou de prises en pension.
Ces instruments permettent de moduler les conditions de refinancement des banques de second rang ou leur besoin structurel de liquidités, et ce faisant, d’agir indirectement sur le crédit, en rendant son accès plus facile ou plus difficile.
Comme le rappelle [13], la BCE n'a pas elle-même de fonction de « prêteur en dernier ressort » (appelé aussi « prêteur ultime ») dans la zone euro.
(Un tel prêteur est capable de consentir des prêts d'urgence à des établissements qui, bien que solvables en régime normal, se trouvent confrontés à une pénurie de liquidités. Une telle situation est généralement susceptible d'être gérée par n'importe quelle banque centrale, puisqu'aussi bien ces institutions disposent d'une capacité illimitée de créer de la monnaie.)
La BCE confie aux banques centrales nationales le soin d'exécuter d'éventuelles décisions de prêteur ultime prises par elle dans le cadre des décisions du Conseil des gouverneurs de la BCE.
C'est pour éviter à la fois l'inflation et le manque de liquidités que les diverses banques centrales (BCE, Réserve fédérale des Etats-Unis, etc.) s'arrangent pour que la masse monétaire M3 croisse constamment sans fluctuer trop vite ; cette croissance - fixée en principe à 4.5 % par an par la BCE - favorise une inflation modérée et empêche le manque de liquidités qui pourrait freiner l'économie. En pratique, la BCE laisse M3 croître plus vite que la vitesse de référence de 4.5 % tant qu'elle anticipe une inflation modérée, comme le montre le graphique ci-dessous, issu de [9] :

Croissance de M3 d'après la Banque Centrale Européenne
On voit que depuis 2004 la BCE, ne redoutant pas une trop forte inflation dans la zone euro, laisse croître M3 de plus de 4.5 % par an ; cette croissance dépasse même 8 % par an en 2006. Ce n'est qu'en 2000, au plus fort de la croissance euphorique de l'époque, que la BCE a freiné la croissance de M3 au-dessous de 4.5 %. La BCE fait donc bien tout ce qu'elle peut pour la croissance économique, contrairement à la politique malthusienne dont on l'accuse.

Mécanisme par lequel la BCE stabilise les
prix en jouant sur les taux d'intérêt de référence (taux directeurs) qu'elle
pratique, selon [12] page 45
Le graphique montre aussi, à droite, des influences extérieures échappant au
contrôle de la BCE
La BCE a pour rôle essentiel d'empêcher l'inflation à moyen terme grâce à une politique de taux d'intérêt à court terme et de contrôle de la quantité de crédits disponibles. Il y a donc un « délai de transmission » entre une modification du taux de référence par la BCE et des effets visibles sur l'économie, délai souvent supérieur à 6 mois.
En adhérent au traité de Maastricht qui a fondé la BCE en 1992 (référendum du 20/09/1992), la France s'est engagée à respecter [8] :
§ un critère de stabilité des prix,
§ des limites de déficit et de dette,
§ et un critère de taux maximum d'intérêt à long terme.
Ces critères ont été établis d'un commun accord, tous les pays s'engageant à les respecter parce qu'ils y trouvaient leur intérêt. Notons en particulier que Mme Royal et M. Sarkozy ont tous deux approuvé ce traité, dont ils critiquent aujourd'hui les dispositions.
Source : [14]
La BCE est indépendante des gouvernements des pays membres. Ni la BCE, ni les banques centrales nationales, ni un membre quelconque de leurs organes de décision ne peuvent solliciter ni accepter des instructions des institutions ou organes communautaires, des gouvernements des États membres de l’Union européenne ou de tout autre organisme. Les institutions et organes communautaires ainsi que les gouvernements des États membres se sont engagés à respecter ce principe et à ne pas chercher à influencer les membres des organes de décision de la BCE.
Il est interdit à l’Eurosystème [11] d’accorder des prêts aux organes communautaires ou à toute entité nationale du secteur public, ce qui accroît son indépendance en le mettant à l’abri de toute influence des autorités publiques.
L’Eurosystème est aussi indépendant d’un point de vue fonctionnel. La BCE dispose de tous les instruments et de toutes les compétences nécessaires pour la conduite d’une politique monétaire efficace, et elle est habilitée à décider de façon autonome de leur utilisation.
Cette indépendance a été voulue pour priver les gouvernements de la possibilité de jouer avec les taux d'intérêt et l'inflation ; elle a fait ses preuves en Allemagne et aux Etats-Unis, par exemple.
Nous avons vu que la BCE maîtrise le taux d'intérêt de référence de la zone euro, mais pas la politique de change de l'euro [8] (c'est-à-dire les cours de l'euro par rapport à d'autres devises), qui est du ressort du conseil ECOFIN [8] (qui rassemble les ministres des Finances des États membres) et surtout des marchés financiers.
Plus généralement, la BCE n'a pas de pouvoir sur les politiques économiques des états membres, dont la coordination relève du conseil ECOFIN. Elle n'a pas non plus une fonction prudentielle (surveillance de la solvabilité des banques centrales), ni une fonction de prêteur ultime direct d'argent à ces banques.
La BCE a donc les moyens de lutter contre l'inflation, mais pas de soutenir la croissance, ni de maîtriser la politique de change de l'euro, toutes prérogatives dont dispose son homologue américaine, la Réserve Fédérale. Cette situation a été voulue par les pays membres, il ne faut pas aujourd'hui accuser la BCE de ne pas faire ce qu'on ne lui a pas permis de faire.
Avant le premier tour de l'élection présidentielle française de 2007, les candidats Royal et Sarkozy ont critiqué la politique de la BCE et l'euro fort. Leurs propos sont présentés et commentés ci-dessous. Mais avant de les examiner il est utile de faire le point sur l'économie de la zone euro telle qu'elle est présentée par la très officielle Commission européenne dans son rapport annuel 2007 [23] publié le 3 mai 2007.
Source : [23]. Malgré l'euro accusé d'être trop fort :
§ La croissance de la zone euro s'est établie à 2,7 % en 2006. Il s'agit de la performance la plus élevée depuis 2000, qui se situe également bien au-dessus de sa moyenne de long terme.
§ La croissance de l'emploi s'est accélérée en 2006 pour atteindre environ 1,5 %, soit l'équivalent de près de deux millions d'emplois nouveaux.
§ L'inflation est restée autour de 2 %, mais elle a reculé en fin d'année lorsque les prix de l'énergie se sont repliés.
§ Le taux de chômage est revenu à 7,5 % en décembre 2006, soit son niveau le plus bas depuis 15 ans.
§ La croissance de la productivité du travail s'est établie à 1 % en 2006, contre une augmentation annuelle moyenne de 0,7 % pendant la dernière décennie.
§ Les perspectives de croissance économique de la zone euro sont plus favorables en 2007 qu'elles ne l'ont été pendant de nombreuses années.
[Elles ne le seraient pas si l'euro était trop fort !] Pourtant :
§ Sur l'année, l'euro s'est apprécié d'environ 11 % par rapport au dollar américain et d'environ 12,5 % par rapport au yen japonais.
[Et ni la croissance du PIB ni celle de l'emploi n'en ont souffert, ce dernier accélérant même !]
§ Sur l'ensemble de l'année, le déficit courant américain, s'est creusé pour atteindre un niveau record de 857 milliards de dollars. […] [alors que] le solde des comptes courants de la zone euro est proche de l'équilibre.
[Si l'euro était trop fort, les exportations européennes devraient s'effondrer alors que les importations devraient exploser, et l'économie européenne ne devrait guère attirer d'investissements étrangers faisant rentrer de l'argent. Le solde des comptes courant devrait donc être fortement déficitaire. Or il n'en est rien : l'euro soi-disant trop fort ne nous pénalise guère…]
Voir [1].
La BCE et son président sont accusés de décider de l'avenir de l'économie européenne sans en avoir le droit. Or nous avons vu que la BCE n'a pas de pouvoir sur l'avenir de l'économie européenne, car les décisions économiques des pays membres ne sont pas de son ressort.
§ Ce n'est pas la BCE, par exemple, qui décide du niveau des formidables transferts sociaux français (30 % du PIB !), qui font des Français un peuple d'assistés.
§ Ce n'est pas la BCE qui décide de nos milliers de subventions et dégrèvements fiscaux, qui plombent notre économie.
§ Ce n'est pas la BCE qui décide de la proportion de fonctionnaires parmi les travailleurs français, plus élevée donc plus coûteuse que dans n'importe quel autre pays avancé.
§ Ce n'est pas la BCE qui rédige notre législation du travail, qui handicape les embauches…
§ La politique de taux d'intérêt de la BCE ne peut pas avoir d'impact à long terme, nous l'avons vu. Aucune politique monétaire de la BCE, aucune baisse des taux d'intérêt directeurs, ne peut créer de la croissance ou combattre le chômage.
§ En accusant la BCE de décider de l'avenir économique, Mme Royal fait dépendre cet avenir de la politique de lutte contre l'inflation de la BCE. Implicitement, elle affirme que la BCE devrait laisser filer l'inflation dans l'intérêt de l'économie, ce qui, nous l'avons vu, est une absurdité.
En fait, Mme Royal - qui avait appelé à voter le Traité constitutionnel de l'Union européenne - continue la même erreur que la plupart des politiciens français, erreur qui a amené les Français à craindre l'approfondissement de l'Union : elle accuse "Bruxelles" des maux de la France.
Il est piquant de constater qu'un pays comme l'Irlande, membre comme la France de la zone euro, a un taux de chômage de 4.3 % (moins de la moitié du taux français) et un PIB par habitant à parité de pouvoir d'achat 39 % plus élevé que le nôtre et voisin de celui des Etats-Unis. Et que dire de la compétitivité de l'Allemagne, premier exportateur mondial malgré une population près de 4 fois moins élevée que celle des Etats-Unis…
La vérité est que les maux de la France sont la conséquence des politiques de nos gouvernements successifs depuis 1981. Il est de mauvaise foi d'en accuser Bruxelles. Il est irresponsable de réclamer un assouplissement de la politique anti-inflation de la BCE, car l'inflation appauvrirait d'abord les plus défavorisés des Français puis minerait notre économie.
Voir [2].
« La surévaluation de l’euro est une erreur.
Elle rend le travail européen cher et le travail du reste du monde moins cher. »
Le taux de change de l'euro n'est pas fixé par la BCE et ne résulte pas de son action, comme M. Sarkozy semble l'insinuer. Il dépend des marchés financiers, dont nous avons vu qu'ils dépendent à leur tour des fondamentaux de l'économie et des anticipations des détenteurs de capitaux. Or ce sont les Etats qui, par leur politique économique, sont responsables de ces fondamentaux. Et les anticipations des opérateurs dépendent de comparaisons entre économies, dont la BCE n'est pas responsable.
En fait, le raisonnement de M. Sarkozy est simpliste.
§ Il fait comme si la BCE, en fixant des taux d'intérêt trop élevés, faisait monter l'euro, handicapant ainsi notre compétitivité. Nous avons vu que les taux d'intérêt et la masse monétaire sont régulés avec le seul souci de l'inflation, dont l'excès est grave. Nous avons vu que la BCE laisse croître la masse monétaire M3 aussi vite que possible, favorisant ainsi les investissements, donc la croissance économique.
§ Si la BCE faisait baisser l'euro avec des taux d'intérêt plus bas, l'inflation ferait remonter nos coûts de main d'œuvre, et les importations (26 % du PIB) nous coûteraient plus cher ; après quelques mois, notre compétitivité serait de nouveau mauvaise. C'est pourquoi il a fallu au gouvernement Mauroy 3 dévaluations successives du franc, dont deux en moins d'un an, pour rétablir notre balance des paiements après une relance keynésienne à contre-temps, et ces dévaluations n'ont pas fait baisser notre chômage.
« Elle tire les salaires vers le bas. Elle pénalise nos industries. »
M. Sarkozy se contredit : comment un travail européen plus cher (qu'il vient de stigmatiser) tire-t-il les salaires vers le bas ? Où a-t-il vu une entreprise qui baisse ses salaires lorsque le taux de l'euro augmente ?
Si nos salaires sont trop élevés, c'est la faute aux « coups de pouce » répétés au SMIC, aux charges sociales et à la fiscalité qui pèse sur le travail, pas à l'euro. C'est donc la faute à nos gouvernements successifs, notamment à ceux auxquels M. Sarkozy a participé.
Autre contradiction : si nos salaires sont tirés vers le bas, en quoi nos industries sont-elles pénalisées ? Dans la concurrence avec les nouveaux géants industriels, au premier rang desquels on trouve la Chine, ce n'est pas une différence de quelques pour-cent du cours de l'euro qui pèse lourd devant des différences de coût du travail de l'ordre de 1500 %.
« Elle incite aux délocalisations. Continuons comme cela et on ne pourra plus fabriquer un Airbus en Europe. »
Si on délocalise, ce n'est pas pour économiser quelques pour-cent, proportion due à une éventuelle surévaluation de l'euro, c'est pour profiter des 1500 %.
Quant à l'impossibilité de fabriquer des Airbus en Europe à cause des coûts, cette affirmation est contredite par les faits :
§ Selon EADS, la maison mère d'Airbus [3], la moitié du coût d'un Airbus provient d'achats en dollars, et baisse avec le dollar si l'euro monte. Et comme EADS utilise des mécanismes de couverture des risques de change, une variation de 0.10 € du taux de change euro-dollar n'impacterait le chiffre d'affaires consolidé d'EADS que de 2 % (1 milliards d'euros), c'est-à-dire autant que la hausse naturelle des salaires annuelle, et moins que la hausse de la productivité. Bref, il faudrait que l'euro augmente énormément par rapport au dollar pour que la fabrication des Airbus en Europe cesse d'être rentable à cause de son taux de change.
§ Selon [4], le bilan 2005 d'EADS est exceptionnel, avec une hausse des commandes de 110 %. Est-ce là l'effet d'un euro surévalué, pourtant déjà à sa valeur actuelle en 2005 ?
Le véritable effet du taux de change de l'euro, selon EADS, s'énonce ainsi :
« Ce carnet de commandes exceptionnel a bénéficié d’un taux de clôture du dollar US plus favorable de 1 € = 1,18 $ (2004 : 1 € = 1,36 $), générant ainsi une incidence positive du dollar US sur la partie du carnet de commandes d’Airbus non couverte contre les risques de change (soit environ 10 milliards d’euros). »
La vérité comptable fournie par EADS à ses actionnaires est donc l'exact contraire des affirmations de M. Sarkozy : la société n'est nullement menacée par la surévaluation de l'euro.
§ L'Allemagne a autant d'intérêt à la survie et la rentabilité d'Airbus que la France. Or le gouvernement allemand ne trouve guère nécessaire de jouer sur le taux de change de l'euro (ou les taux d'intérêt de la BCE) pour résoudre par un artifice monétaire ou politique un problème de fond qui est industriel : mauvais management par coordination insuffisante du projet A380, qui a abouti au problème de câblage et des promesses inconsidérées de date de livraison.
« Il n’y a pas un pays au monde où la monnaie ne soit pas un instrument de politique économique au service de la croissance et de l'emploi. »
M. Sarkozy, qui a approuvé le Traité de Maastricht créant une BCE indépendante, veut donc que la France revienne sur son engagement. Il veut que le gouvernement français puisse de nouveau, comme par le passé où la Banque de France était aux ordres, créer de la croissance artificielle à coups de déficits et aux frais des générations suivantes. C'est irresponsable et a été reconnu comme inefficace par l'ensemble des pays qui se sont associés dans la zone euro. Il est temps que cesse la démagogie de politiciens qui veulent se faire élire ou réélire en distribuant des revenus, des subventions et des avantages sociaux provenant de déficits publics au lieu de la productivité de l'économie.
« Il n’y a pas un pays au monde où la Banque Centrale ne dialogue pas avec le gouvernement. »
Contre-vérité flagrante : à part celle de la zone euro, la banque centrale est aussi indépendante aux Etats-Unis…
« On ne peut pas continuer sans un gouvernement économique de la zone euro. »
Là M. Sarkozy a raison, il faudrait intégrer les économies européennes le plus possible et le plus vite possible. Cela exige seulement que les politiciens jaloux de leur pouvoir qui ont conçu l'actuelle l'Union européenne réduite à un Marché commun renoncent à un peu de leur pouvoir au profit d'un pouvoir de l'Union, et acceptent de considérer que l'intérêt de l'Union européenne est très souvent compatible avec celui de leur pays…
« On ne peut pas continuer à faire de l’euro un handicap alors qu'il a tout pour être un atout ! »
Handicap, l'euro ? Voici des chiffres récents cités dans [16] :
« Depuis 8 ans, c'est-à-dire depuis la mise en place de la monnaie unique, l'emploi a augmenté [dans la zone euro] de 9.2 % et le chômage a baissé de 1.9 %. Je voudrais aussi souligner que si l'on compare les deux périodes de 8 années avant et après l'arrivée de l'euro, nous avions créé 2.65 millions d'emplois avant l'arrivée de l'euro et 11.73 millions d'emplois après. »
Et les statistiques officielles [22] montrent que depuis sa création la zone euro a créé autant d'emplois que les Etats-Unis !
Ou M. Sarkozy, ancien ministre de l'économie, ne connaît pas les statistiques économiques, ou il se trompe lourdement. Et il faut ajouter que la taille de la zone euro nous met à l'abri des attaques spéculatives de la monnaie dont nous avons souffert par le passé : est-ce là un autre handicap ?
« On ne peut pas continuer à détruire des milliers d’emplois, à amputer le pouvoir d’achat de millions de salariés, avec une politique qui échappe à tout contrôle démocratique ! »
Nous venons de voir qu'il y a eu création d'emplois depuis l'adoption de l'euro, et même création plus rapide qu'avant l'euro. La destruction de milliers d'emplois évoquée par M. Sarkozy est donc purement imaginaire. Du reste, le phénomène des délocalisations dont on parle tant est parfaitement minime : d'après [19] :
« Les délocalisations sont détectées lorsque l’emploi diminue ou disparaît au sein d’un établissement et que les importations du groupe détenant l’établissement touché augmentent pour le type de biens auparavant produits en France. Sur la période 1995-2001, le nombre d’emplois délocalisés serait en moyenne d’environ 13 500 par an, dont un peu moins de la moitié à destination des pays émergents. »
Sachant que chaque jour ouvrable l'économie française détruit 10 000 emplois et en crée autant, 13 500 emplois représentent à peine une journée de la vie économique normale, c'est-à-dire pratiquement rien. Du reste, il y a chaque jour, en France, 27 000 personnes qui quittent leur emploi.
Concernant le pouvoir d'achat, les chiffres officiels de l'INSEE [17] montrent que le pouvoir d'achat a augmenté en moyenne de 2.4 % par an en euros constants entre 1996 et 2002, contre une diminution de 4.2 % par an entre 1993 et 1996. Sachant que l'euro a été introduit en 1998, son effet bénéfique jusqu'en 2002 compris est évident ! Et pour la suite, voici un graphique issu de [18] montrant l'évolution du revenu disponible et du pouvoir d'achat entre 2002 et 2005 :

France : évolution du revenu
disponible et de son pouvoir d'achat :
sur 13 trimestres, ils n'ont baissé qu'une fois
On voit que la croissance du revenu disponible et de son pouvoir d'achat a eu lieu 12 trimestres sur 13. Donc sur ce point aussi, M. Sarkozy se trompe et trompe ceux qui l'écoutent.
Enfin, lors de l'émission "A vous de juger" de France 2 du 08/03/2007 qui lui était consacrée, M. Sarkozy a expliqué qu'« il ne fallait pas redouter une hausse des prix [qui serait due à un euro faible, lui-même résultant d'une baisse des taux d'intérêt], parce que la concurrence est si forte qu'elle suffit à empêcher cette inflation ».
C'est là une erreur de plus, à moins que ce soit un argument faux utilisé par M. Sarkozy devant des téléspectateurs trop peu compétents pour connaître la vérité.
§ Si la BCE baisse les taux d'intérêt, les prix de l'immobilier s'envoleront encore plus, parce qu'il n'y a pas assez de concurrence : un appartement à vendre à Paris n'est concurrencé que par un autre appartement à Paris, où il y a plus de candidats acheteurs que d'appartements disponibles. Une baisse des taux d'intérêt augmente le nombre de candidats acheteurs d'immobilier, donc les prix de l'immobilier : la concurrence est entre acheteurs, pas entre vendeurs ! Et plus les appartements sont chers, plus il y a de Français modestes pour qui ils sont inaccessibles.
§ Si l'euro baisse, le prix des produits importés (comme les produits pétroliers) augmente. Et pour les consommateurs il augmente encore plus, du fait des taxes prélevées par l'Etat. Or le chauffage et les carburants constituent un poste de dépense important pour les Français. Dans ce cas-là aussi, la concurrence ne joue pratiquement pas.
En fait, l'argument « concurrence » de M. Sarkozy ne joue positivement que dans certains secteurs de l'économie, et il joue négativement dans d'autres.
Toutes les comparaisons d'effet économique d'une baisse du taux de change de la monnaie entre la Zone euro, les Etats-Unis, le Japon et la Chine sont suspectes. M. Sarkozy, qui s'en sert pour dire « leurs monnaies sont faibles, pourquoi pas la nôtre ? » devrait savoir que la comparaison n'a guère de sens : les contextes économiques sont trop différents. A l'intérieur même de la Zone euro, les comparaisons sont trompeuses : l'Allemagne (1er exportateur mondial) ne se plaint pas de l'euro fort, alors que des politiciens français comme M. Nicolas Sarkozy et Mme Ségolène Royal s'en plaignent…
Dans son discours du 23/02/2007 proposant la « social-économie », M. Bayrou :
§ défend la BCE au lieu de l'attaquer comme Mme Royal et M. Sarkozy ;
§ propose d'interdire le déficit budgétaire, ce qui restaurerait nos marges de manœuvre financières, indispensables pour investir pour notre avenir, et nous obligerait à éliminer des gaspillages de fonds publics ;
§ propose d'aller vers une politique économique européenne, harmonisant les conditions de concurrence et nous permettant de négocier unis face aux grands pays concurrents.
A l'évidence, le désir de Mme Royal et de M. Sarkozy de se faire élire est si fort qu'ils se permettent de prendre des libertés avec la vérité. Pourtant, Mme Royal parle souvent « d'ordre juste » et M. Sarkozy déclare aussi souvent « qu'il faut dire la vérité aux Français ».
Tous deux profitent de l'ignorance crasse en matière d'économie de l'immense majorité des Français, et du fait que les journalistes n'osent pas les contredire quand ils énoncent des contrevérités aussi énormes.
Tous deux disent aux Français ce qu'ils ont envie d'entendre. Et comme les citoyens ont peur de l'Union européenne, de la mondialisation, du libéralisme, des marchés financiers, des licenciements boursiers, des OGM, du nucléaire, des ondes malfaisantes des radiotéléphones et de leur ombre, ils jouent sur ces peurs en promettant de les en protéger s'ils sont élus.
Pour ma part, je suis extrêmement déçu. Que chacun des deux candidats en tête des sondages à quelques mois des élections soit aussi peu honnête avec ceux dont il sollicite les suffrages m'inquiète : que fera-t-il une fois élu et à l'abri d'une défaite ? Ne peut-on pas faire campagne sans tromper et désinformer les électeurs ?
[1] Le Monde du 07/12/2006, article « Ségolène Royal s'en prend à la BCE et prône une "Europe des gens" » http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-823448,36-843277,0.html?xtor=RSS-3208 . Extraits :
La candidate du PS a l'élection présidentielle française de 2007, Ségolène Royal, a sévèrement critiqué jeudi 7 décembre, à Porto (Portugal), la Banque centrale européenne (BCE) et son président, Jean-Claude Trichet, leur déniant "le droit de décider de l'avenir" de l'économie européenne.
"Ce n'est plus à M. Trichet de décider de l'avenir de nos économies, c'est aux dirigeants démocratiquement élus" a lancé Mme Royal. »
L'indépendance de la BCE est inscrite dans les traités européens qui stipulent qu'elle ne doit recevoir d'instructions d'aucun gouvernement dans la conduite de la politique monétaire.
[2] Site UMP : Intervention de M. Nicolas SARKOZY - Discours pour la France qui souffre - Charleville-Mézières – lundi 18 décembre 2006 - Nous allons faire revivre l'espoir http://www.u-m-p.org/site/index.php/ump/s_informer/discours/nous_allons_faire_revivre_l_espoir
Extraits :
« La surévaluation de l’euro est une erreur.
Elle rend le travail européen cher et le travail du reste du monde moins cher.
Elle tire les salaires vers le bas. Elle pénalise nos industries.
Elle incite aux délocalisations. Continuons comme cela et on ne pourra plus fabriquer un Airbus en Europe. »
« Il n’y a pas un pays au monde où la monnaie ne soit pas un instrument de politique économique au service de la croissance et de l'emploi. »
« Il n’y a pas un pays au monde où la Banque Centrale ne dialogue pas avec le gouvernement. »
« On ne peut pas continuer sans un gouvernement économique de la zone euro. »
« On ne peut pas continuer à faire de l’euro un handicap alors qu'il a tout pour être un atout ! »
« On ne peut pas continuer à détruire des milliers d’emplois, à amputer le pouvoir d’achat de millions de salari