La France peut supporter la vérité
par François FILLON - Editions Albin Michel - octobre 2006
Compte-rendu de lecture en novembre 2006
Moins bien connu que Nicolas Sarkozy, François Fillon est engagé avec lui dans la bataille pour les présidentielles 2007. J'ai voulu lire son livre pour mieux connaître l'homme, son expérience politique et ses propositions pour 2007.
C'est un bon livre, bien écrit et facile à lire. Le français de M. Fillon est remarquable : cela fait même longtemps que je n'avais pas lu de texte dont l'auteur utilise aussi correctement l'imparfait et le plus-que-parfait du subjonctif !
Comme tout ancien ministre, M. Fillon tient d'abord à expliquer et justifier son action au gouvernement. On comprend mieux ce qu'il a voulu faire - et ce qu'on lui a laissé faire - en matière de retraites, d'enseignement public et de dialogue social.
J'écris "ce qu'on lui a laissé faire" parce que son livre montre bien en quoi certains syndicats sont des ennemis de la France. Son expérience de travail au côté du président Chirac confirme celles que j'ai lues par ailleurs : c'est un homme qui n'a pas de vision pour la France et pas de programme d'action bien établi. Au contraire, il hésite beaucoup et change souvent d'avis. Il n'écoute pas toujours ses collaborateurs, mais il a très peur des syndicats et de la rue. Son action à la tête du pays a été très négative, M. Fillon explique en quoi.
Le diagnostic de M. Fillon sur la France est clair et précis, que ce soit en matière d'économie, de relations sociales ou de politique. Il montre à quel point l'idéologie marxiste perdure parmi nos concitoyens, et par quelles actions et prises de positions la gauche désinforme les citoyens et leur donne de faux espoirs. C'est un politicien de droite qui a l'honnêteté de ne pas s'en cacher et de justifier ses opinions.
Enfin, M. Fillon fait des propositions pour 2007 qui méritent d'être lues et méditées, notamment par les électeurs de gauche qui ont l'esprit assez ouvert pour comprendre l'absurdité économique des positions socialiste, communiste, trotskyste et altermondialiste.
Quelques extraits du livre et mes commentaires
Sur l'Education nationale
Le ministre cite, pages 82-83, des exemples de propagande d'extrême gauche enseignée aux élèves français :
"Certains manuels donnent une présentation très engagée de la lutte des classes : « Les prolétaires, abrutis par le travail exigé, vont progressivement prendre conscience de leur situation misérable… En se libérant de l'oppression bourgeoise, la classe ouvrière débarrassera l'humanité de toute domination de classe et ouvrira une ère de réconciliation de l'homme avec lui-même » (Echaudemaison, première ES, éditions Nathan)"
Il est scandaleux que des enseignants recommandent à leurs élèves des livres de propagande politique, des livres qui propagent une idéologie marxiste devenue avec le temps contraire à la vérité et qui les incite à se révolter contre l'orientation libérale prise par la France dans le cadre du Marché commun de l'Union européenne.
Autre exemple, issu de la page 86 :
"A l'occasion de l'examen du BEPC, le brevet des collèges, une académie avait choisi un texte à commenter qui était un article d'une violence rare sur le Président des Etats-Unis. Pas un article critique, mais un article franchement injurieux pour lui et son gouvernement."
Nous avons beaucoup de professeurs, en France, qui enseignent un antiaméricanisme haineux et injurieux.
Page 87, le ministre cite son prédécesseur, ministre de l'Education nationale dans le gouvernement socialiste de M. Lionel Jospin, M. Claude Allègre :
"Claude Allègre est un homme de gauche. Conseiller spécial de Lionel Jospin lorsque celui-ci fut ministre de l'Education nationale, il connaît parfaitement le fonctionnement de l'institution. Son diagnostic est évidemment pertinent, même si sa formulation était sans doute trop brutale : « L'Education nationale, c'est le Gosplan qui uniformise et démoralise les meilleurs. »
(Le Gosplan était l'organe central de la planification soviétique. Il traduisait dans les plans spécifiques les objectifs fixés par le Parti communiste et le gouvernement de l'URSS.)
Page 114, le ministre Fillon explique comment la gauche a réformé l'Université française :
"Après la nationalisation éphémère des banques et de quelques grands groupes industriels, il y a eu la funeste loi Savary sur l'Université. Cette réforme, dont son auteur lui-même confiait qu'elle était une concession au parti communiste, a sonné le début du déclin de l'Université française qui figurait pourtant depuis huit siècles au tout premier rang mondial. En cédant à une très ancienne revendication des organisations syndicales les plus marxistes de l'enseignement supérieur, la gauche a organisé la paralysie de la gouvernance de l'Université. Au lieu d'être choisis pour leurs qualités académiques et leur aptitude à conduire une université, les présidents le sont désormais par les organisations syndicales, qui ont transformé les conseils d'administration en « soviets » aussi inefficaces que partisans."
Sur nos institutions
Pages 162-163, sur la valse du périmètre d'action des ministères
"Lorsqu'en 1993 Édouard Balladur m'a confié le ministère de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, il m'a fallu construire de toutes pièces une organisation qui n'existait pas. Près de dix-huit mois me furent nécessaires pour obtenir les personnels, les locaux et les moyens financiers qui donneraient une réalité à ce nouveau ministère.
La bataille fut rude. Contre l'Éducation nationale que dirigeait alors François Bayrou. Contre le ministère de l'Industrie qui avait l'habitude de piloter une partie de la politique de recherche. Je me suis épuisé à démontrer chaque jour la pertinence du choix du Premier ministre et la synergie évidente entre l'enseignement supérieur et la recherche.
Deux ans plus tard, en 1995, au lendemain de l'élection présidentielle, Alain Juppé me confia le ministère des Technologies de l'information et de la Poste. L'enseignement supérieur fut, quant à lui, replacé sous la tutelle de la rue de Grenelle et la recherche dispersée comme auparavant entre l'Industrie, la Défense, l'Éducation nationale et... mon ministère. Tous ces efforts pour rien ! Tous ces personnels déplacés pour rien ! Toutes ces procédures réécrites pour rien.
(Dans son livre "Comment peut-on être ministre ? - Essai sur la gouvernabilité des démocraties" M. Luc Ferry décrit une mésaventure semblable, qui lui est arrivée à l'Education nationale. Il en conclut que le président Chirac se moque des résultats effectifs des actions politiques qu'il lance, dont il ne recherche que l'effet médiatique lors de l'annonce).
Depuis, le ministère de la Recherche s'est encore déplacé en moyenne tous les deux ans à l'intérieur des limites gouvernementales. Bien d'autres exemples pourraient confirmer ce jeu de Meccano permanent. Un jour c'est un ministère du Temps libre que l'on crée sous le règne de Mitterrand, un autre, c'est, avec l'accord de Chirac, un ministère des Droits des victimes. Ce ministère avait été confié à une brillante avocate qui chercha désespérément pendant un an à exister avant qu'un remaniement ne la renvoie vers un horizon professionnel qui s'était entre-temps évaporé. Et on n'entendit plus jamais parler des droits des victimes. Quel gâchis !"
"La pléthore de ministères qui n'a d'autre objectif que de satisfaire les candidats à ces postes rend impossible tout réel débat au sein du gouvernement. A quarante, les réunions du gouvernement sont tout au plus des réunions d'information. Un tour de table prend une heure. Une simple discussion devient un grave désaccord dont le compte rendu intégral est disponible dans la presse un quart d'heure après la fin de la réunion."
(Grave accusation, constat accablant !)
Pages165-167, sur le Parlement
"Aucun Parlement en Europe n'est aussi faible que celui de la France. Non seulement il ne maîtrise pas son ordre du jour, mais il peut être dissous à tout moment par le président de la République. Il n'a pas le droit de proposer des dispositions qui conduiraient à un accroissement des dépenses publiques. Il n'a que de très faibles pouvoirs en termes de contrôle de l'action du gouvernement et de l'administration. Et qui plus est, l'exécutif dispose de tout un arsenal pour le contraindre à accepter docilement sa politique."
"Le gouvernement dispose de toutes les armes possibles pour contraindre sa majorité : de l'article 49.3 [de la Constitution] qui permet au gouvernement d'engager sa responsabilité sur n'importe quel texte [c'est-à-dire de menacer de démissionner si les députés ne le votent pas], à l'article 44.3 qui l'autorise à demander un vote sur l'ensemble d'un texte, en passant par le droit de dissolution [de l'Assemblée nationale]."
"Dans la plupart des grands pays, le débat se déroule au Parlement. Chez nous il se tient partout sauf là."
"Les commissions [groupes de députés de l'Assemblée nationale réunis pour étudier un sujet comme le budget ou la défense nationale, et qui rédigent des propositions de textes de loi] font souvent un travail remarquable. Hélas, ce n'est pas sur ce travail qu'on débat en séance, mais sur le texte du gouvernement."
Pages 171-172, sur les innombrables "observatoires"
"Pour donner au Parlement les moyens de remplir cette fonction de contrôle et d'évaluation des politiques menées, on pourrait regrouper et placer sous son autorité quelques-uns des innombrables observatoires que nous avons créés ces dernières années à un rythme effréné. A croire que la création d'un observatoire dispense de traiter au fond les problèmes. J'ai dénombré plus de cinq cents observatoires publics. Rien que pour les nouvelles technologies de l'information et de la communication on trouve : l'observatoire des territoires numériques, l'observatoire de l'Internet haut débit, l'observatoire des stratégies et technologies de l'information, l'observatoire de l'administration électronique, l'observatoire des réseaux de télé-santé, l'observatoire régional des télécommunications, l'observatoire des télé-services publics, l'observatoire de l'Internet politique, l'observatoire des marchés des télécommunications, l'observatoire des autoroutes de l'information, l'observatoire du multimédia de formation, l'observatoire des télécommunications dans la ville…"