Universitaires français et boycott d'Israël

 

 

Dans une dépêche du 19/12/2002, l'AFP signale que "Le conseil d'administration de l'université Pierre et Marie Curie (Paris VI) vient de voter une motion demandant à l'Union européenne de ne pas renouveler son accord-cadre de coopération universitaire avec Israël, accord quadriennal qui arrive à expiration début 2003."

 

Le vote, acquis par 22 voix contre 4 et 6 abstentions, affirme que "l'occupation israélienne des territoires de Cisjordanie et de Gaza rend impossible l'activité d'enseignement supérieur et de recherche de nos collègues palestiniens". La motion demande également à la conférence des présidents d'université française de se saisir de la question.

 

Ainsi donc des universitaires et chercheurs français ont enfreint une règle aussi vieille que la recherche universitaire elle-même: séparer l'enseignement et la recherche de la politique. Leur action a soulevé une tempête d'indignation. Le Figaro du 19/01/2003 publie, page 13, un appel dont voici un extrait:

 

"La science, vecteur de progrès pour l'humanité entière, se développe par l'échange des connaissances et la coopération entre les chercheurs, sans distinction d'appartenance ethnique ou religieuse et sans interférence politique. Tenter de faire obstacle à une telle coopération, c'est donc mettre en danger la science, son message d'universalité et, en définitive, la contribution qu'elle peut apporter à la paix, notamment dans le cadre du conflit du Proche-Orient.

 

Les universités israéliennes, qui se signalent par le haut niveau de leurs études et les qualités humaines, unanimement reconnues, de leurs enseignants et de leurs chercheurs sont, en cette dramatique période, l'un des lieux où Juifs et Arabes vivent, côte à côte, dans le même idéal éducatif.

 

Notre devoir est de nous élever contre cette tentative d'instaurer une nouvelle forme d'exclusion, porteuse de haines et de souffrances pour tous."

 

Cet appel est signé par six prix Nobel: Georges CHARPAK, Claude COHEN-TANNOUDJI, Jean DAUSSET, Pierre Gilles de GENNES, François JACOB, Jean-Marie LEHN et Rita LEVI-MONTALCINI, ainsi que de nombreuses personnalités scientifiques françaises de premier plan dont les travaux font honneur à notre pays.

 

Nous déplorions déjà, dans notre pays, d'innombrables actes antisémites ou antisionistes, contre les synagogues, les cimetières et de nombreux Juifs : voir, par exemple, "Les territoires perdus de la République". Perpétrés le plus souvent par des jeunes issus de l'immigration maghrébine, ils reflètent une volonté de mêler la France à la guerre du Proche-orient et d'exprimer une haine des Juifs. Nous pouvions nous consoler en pensant que ces jeunes étaient le plus souvent ignorants et d'intelligence limitée. Mais avec l'incident de Paris VI, voilà que des universitaires et des chercheurs, dont les niveaux de connaissance et d'intelligence sont au-dessus de la moyenne, se livrent, eux aussi, à une action d'exclusion haineuse.

 

Ce n'est pas la première fois que des scientifiques se déshonorent en mêlant science et politique, et que d'autres doivent les rappeler à l'ordre. Au début de la guerre de 1914, Einstein était à Berlin, directeur du département des sciences de l'Institut Kaiser Wilhelm. Des personnalités allemandes rédigèrent un manifeste où elles déclaraient que la culture allemande et le militarisme sont une seule et même chose, et que la profondeur de la science allemande contrastait avec la légèreté et la superficialité des sciences française et anglaise. Einstein refusa de signer ce manifeste et soutint une contre-déclaration pacifiste, le "Manifeste aux Européens". Son action l'isola dans le milieu académique allemand, mais il persista dans son refus de mélanger politique et science. Et en 1933, incapable de supporter la montée du racisme nazi, il émigra aux Etats-Unis.

 

En 1872, le jeune mathématicien suédois Gösta Mittag-Leffler vient à Paris suivre les cours de Charles Hermite, célèbre pour ses travaux sur la théorie des invariants, les fonctions elliptiques et abéliennes, ainsi que la théorie arithmétique des formes quadratiques. Comprenant ce que Mittag-Leffler vient apprendre de lui, Hermite lui conseille d'aller plutôt à Berlin suivre les cours du professeur Weierstrass, qu'il qualifie de "notre maître à tous" pour ses travaux sur l'analyse. Un an après la guerre de 1870-71, qu'un scientifique français reconnaisse ainsi la supériorité d'un scientifique prussien est une belle preuve d'honnêteté intellectuelle et de mise de la science au-dessus de la politique.

 

Voilà pourquoi, tout en rappelant nos règles de neutralité aux gens issus de l'immigration qui sont aigris parce que mal intégrés, il faut travailler à cette intégration: le communautarisme est une source infinie de problèmes dans la société française.

 

Daniel MARTIN,  09/01/2003

 

 

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